A la Réunion, les archives de l’esclavage s’exposent pour que vive la mémoire

musée Villèle
Le musée Villèle, ancienne habitation coloniale devenue musée historique accueille à partir du 20 décembre une exposition sur l‘esclavage. Crédits : Isma Le Dantec
L’esclavage, sur l’île de la Réunion, a été officiellement aboli le 20 décembre 1848. Mais cet anniversaire n’est commémoré que depuis 1983. Cette année, le musée Villèle expose des archives inédites dans une ancienne habitation coloniale devenue lieu de mémoire collective.

Dès le portail du musée de l’habitation et de l’esclavage, jardiniers et électriciens s’affairent de toute part. Dimanche, ce musée historique sera au cœur des célébrations annuelles du 20 décembre, aussi appelée en créole Fètkaf. « Un trauma aussi fort que l‘esclavage laisse des traces dans l’inconscient collectif. Aujourd’hui le devoir de mémoire est capital », explique le guide Nicolas Bruniquet. Au programme dans les jardins du musée Villèle : prises de parole, Kabar dansant, projections, et présentation de l’exposition « L’esclavage à Bourbon ». Elle complète la visite classique de l’habitation Villèle, devenue musée dans les années 70.

https://twitter.com/IsmaLeDantec/status/1338778049677029376
Le musée Villèle en visite guidée, comme si vous y étiez.

A l’occasion du 20 décembre 2020, s’ajoute à cette traditionnelle visite une collection d’archives inédites : textes de loi, monnaies d’époque, tableaux et cartes qui relatent l’arrivée d’esclaves venus du Mozambique, de Madagascar ou d’Inde. Cette semaine, l’exposition est seulement accessible aux écoliers en avant-première, explique Dominique Dindar-Euphrasie, responsable du service éducatif du musée Villèle : « Certains petits, pourtant nés ici, descendants d’esclaves et de colons, connaissent mal ce patrimoine historique. Leur raconter l’histoire avec des objets à l’appui provoque beaucoup d’émotions. Ce matin, une élève a eu les larmes aux yeux en comprenant que les pièces de monnaie exposées servaient à la vente d’esclaves. » Dès dimanche et jusqu’au mois d’avril, cette exposition sera accessible à tous.

Parmi les archives exposées, des pièces de monnaie du XVIIIe siècle qui ont probablement servi à l’achat d’esclaves. Crédits : Isma Le Dantec

« Le devoir de mémoire est capital »

Si l’esclavage a été aboli en 1848, des conditions quasiment semblables ont persisté sous le régime de l’engagement tout au long du XIXe siècle. Les engagés gagnaient à peine assez pour payer le gîte et le couvert dans la demeure du propriétaire terrien qui les embauchait. « On retrouve des traces de plaintes pour mal traitement des engagés jusqu’à 1920 », précise Nicolas Bruniquet, le nez dans les archives.

https://www.youtube.com/watch?v=8CJwstB3clA
https://www.youtube.com/watch?v=8CJwstB3clA Un morceau de maloya de Danyel Waro qui relate la trajectoire des esclaves sur les bateaux.

Autre source de traumatisme, le maloya, musique chantée et jouée originellement par les esclaves à la Réunion dans les champs de canne à sucre, a été interdite sur les ondes et dans l’espace public jusqu’en 1982. L’appropriation par la population réunionnaise de sa propre histoire tourmentée est récente, et loin d’être finie. Outre cette exposition au musée Villèle, des évènements sont prévus sur toute l’île pour commémorer l’abolition de l’esclavage.

Il existe également une version numérique de l’exposition « L’esclavage à Bourbon » disponible ici.

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