Des courses à pied connectées… mais pas trop

De nombreuses courses proposent aux participants de courir à distance, en mesurant leurs performances avec leur montre ou une application. Crédit : Pixabay

En cette année de crise sanitaire, pas de foule dans les rues pour courir des marathons ou autres courses. Mais à l’aide des technologies numériques, plusieurs de ces manifestations ont quand même eu lieu. Dans une ambiance bien différente

Tous les ans, en décembre, des milliers de Père Noël s’élancent habituellement dans la ville d’Issy-les-Moulineaux. Pas pour une distribution massive de cadeaux, mais dans le cadre de la corrida de Noël. Cette course à pied est organisée dans la ville depuis 1977. Mais confinement et interdiction de rassemblement obligent, l’édition 2020 a d’abord été annulée. Les organisateurs n’ont pas baissé les bras : ils l’ont convertie en course connectée, à réaliser individuellement du 1er au 24 décembre sur l’un des cinq parcours répartis dans la ville. Les participants peuvent ainsi courir tout en respectant les règles de distanciation de vigueur avec l’épidémie de Covid-19.

Ce concept de course connectée s’est démocratisé dès le premier confinement. Face à l’impossibilité de rassembler un grand nombre de personnes s’est imposée la solution de les faire courir à distance. Les concurrents courent ainsi où ils veulent, sur une étendue définie par les organisateurs. Comme d’autres grandes courses, le marathon de New York, par exemple, a convié les participants à une compétition connectée. Du 17 octobre au 1er novembre, les coureurs, basés dans 130 pays, ont parcouru les 42,195 kilomètres depuis chez eux. Selon New York Road Runners, qui organise le marathon, seuls 21 % d’entre eux venaient de la métropole américaine.

Esprit de compétition et dimension caritative

Pour mesurer leur performance, les participants rentrent leurs informations dans leur montre connectée ou une application. Comme l’appli Strava, très utilisée par les coureurs et les cyclistes. Boris Pourreau, confondateur de la plateforme Sport Heroes, interrogé par Le Parisien, explique l’importance de la technologie pour l’organisation de ces événements. « Puisqu’il n’y a plus d’épreuves, il faut trouver une manière de les reproduire. Avec des outils connectés, on a désormais des solutions de repli aux grands événements. » Selon lui, ce type de courses peut compenser le désir de compétition ressenti par les coureurs. « Pour se motiver, le sportif a besoin d’étapes intermédiaires, de s’inscrire à une course, de la préparer. » 

Mais ces manifestations ne riment pas seulement avec compétition. Elles soutiennent souvent des associations et des actions caritatives. Les maintenir cette année permet de prolonger ce soutien. Pendant Octobre rose, mois de sensibilisation au cancer du sein, de nombreux événements sont devenus connectés. Parmi eux, les courses caritatives de l’association Odyssea. Les bénéfices de l’édition parisienne sont par exemple reversés à l’hôpital Gustave Roussy à Villejuif, spécialisé dans la lutte contre le cancer. 

Difficile de garder l’ambiance de la course

Même si la compétition et la visée caritative sont conservées, de nombreux organisateurs regrettent que la forme connectée fasse disparaître l’esprit de la course. « Rendre la compétition individuelle enlève le côté festif et chaleureux. Ce n’est pas vraiment la corrida qu’on connait« , reconnaît Jérémy Pommier, de l’Office municipal des sports de la ville d’Issy.  L’expérience connectée ne sera selon lui pas renouvelée, à moins que les conditions sanitaires l’imposent. Car plusieurs participants le lui ont dit : « L’objectif de la corrida de Noël, c’est d’abord de courir tous ensemble dans la ville, déguisés en Père Noël. »

Une déception partagée par Ahmed Rachid, directeur du centre Ressources d’Aix-en-Provence, interrogé par 20 Minutes. L’établissement organise tous les ans pour Octobre rose la Foulée ressource, transformée cette année en compétition connectée. «  Au-delà de la course, c’est une journée de fête, explique-t-il au quotidien gratuit. Un peu comme une kermesse avec des structures gonflables, du maquillage, des cours de danse… […] Le virtuel, ça ne casse pas l’isolement. » 

Les organisateurs déplorent aussi la participation nettement plus faible que d’habitude. Jérémy Pommier rapporte qu’à quelques jours de la fin de la corrida, seulement 239 personnes s’étaient inscrites. Un chiffre loin de l’objectif de l’Office municipal des sports, qui visait entre 1000 et 1500 participants. Et encore plus éloigné des chiffres habituels. Près de 12 000 Père Noël parcourent les rues d’Issy-les-Moulineaux habituellement. La version connectée d’Odyssea Paris a également souffert de ce format. Cette année, seulement 126 000 euros ont été collectés pour l’hôpital Gustave Roussy. Un montant cinq fois moins important que celui de l’édition 2019, qui avait permis de recueillir 635 000 euros.

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