En salle comme en cuisine, les intermittents plongent

Les extras ont manifesté à Paris le 14 décembre pour alerter le gouvernement sur leur situation.

Les professionnels de la restauration manifestaient lundi dernier à Paris pour demander la réouverture des restaurants. Parmi les plus touchés, les intermittents de la restauration demandent une refonte de leur assurance-chômage, mise à mal depuis six ans.

Sous les fenêtres du ministère du Travail, à l’angle de la rue de Grenelle et du boulevard des Invalides, une petite foule composée de travailleurs intérimaires se masse devant un square. Tous portent un accessoire rouge : une cravate pour les maîtres d’hôtel et un foulard pour les cuisiniers.

On les appelle « extras ». Ces cuisiniers, serveurs et traiteurs travaillent lorsque l’on fait appel à eux. Jamais dans le même restaurant. La plupart sont des intérimaires venus se faire entendre. « Nous ne travaillons plus depuis le 5 mars, déplore Dominique, traiteur. Je n’ai bossé que 15 jours cette année. »

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Ils sont ceux que l’on ne voit jamais, nous servent au restaurant, officient pendant les salons, les réceptions privées ou cuisinent à l’abri des regards. Ils nous ont ainsi un jour servi notre verre en terrasse et pourtant ces intérimaires trinquent plus que les cuisiniers et maîtres d’hôtel salariés. A l’inverse de ces derniers, les « extras » n’ont pas le droit au chômage partiel.

Pour tenter de leur venir en aide, une proposition de loi « pour la reconnaissance de l’activité des intermittents du travail de la restauration, de l’hôtellerie et de l’événementiel » a été déposé au Sénat le 30 octobre, par le sénateur des Hauts-de-Seine Xavier Iacovelli (LREM).

Une réforme qui a supprimé les droits des extras

Le texte ambitionne de « poser les bases d’un futur régime d’assurance-chômage particulier pour les intermittents du secteur RHE » et de « revenir à la situation antérieure à la réforme de l’assurance-chômage de 2014 ».

Car il y a six ans, ces intérimaires « extras » ont vu leur régime spécifique d’assurance-chômage disparaître. Ce dernier leur ouvrait le droit à des indemnités pendant les mois creux, comme l’est, en général, le mois de février. Mais depuis 2014, bien qu’ils travaillent avec les mêmes contrats que les intermittents, « un CDD d’usage », les extras ont été reversés au sein du régime général de l’Unedic.

« Depuis 2014, nous ne sommes plus identifiés comme intermittents, explique Thierry Claudios, porte-parole de l’Organisation du Personnel de la Restauration dans l’Evénementiel (OPRE). C’est aujourd’hui une justification pour nous refuser une année blanche. Ils ont mis 15 jours à l’accorder aux intermittents du spectacle, mais rien pour nous. »

A présent, pour obtenir l’ouverture des droits au chômage, il leur faut travailler 910 heures sur les 12 derniers mois. Et en raison des décisions gouvernementales prises pour enrayer l’épidémie de Covid-19, c’est mission impossible. « J’ai mangé mes quelques mois d’indemnités, explique Frédéric, cuisinier en intérim chez Adecco. Or depuis septembre, je ne touche plus rien. Et j’ai mon loyer à payer. »

Pour d’autres, le manque de travail remonte même au mois de février, traditionnellement peu chargé pour les extras. Certains jettent l’éponge. « Je n’ai presque pas travaillé en un an, maugrée Joël, maître d’hôtel. En fait, je suis juste venu soutenir les copains parce que moi j’ai craqué : j’ai vendu mon appartement à Paris pour aller vivre à Nantes et me reconvertir. » Dans quoi, il ne sait pas encore.

Un chômage partiel déguisé

C’est pour tenter de venir en aide à ces travailleurs précarisés que Jean-François Mbaye, député LREM du Val-de-Marne, et Xavier Iacovelli défendent la proposition de loi « pour la reconnaissance de l’activité des intermittents du travail de la restauration, de l’hôtellerie et de l’événementiel ».

« Beaucoup se trouvent dans une précarité telle, qu’elle met en péril leur équilibre psychologique voire familial, écrivent-ils. Dans le contexte actuel, nous nous devons de protéger ces professionnels qui représentent l’excellence et l’art de vivre à la français. »

Le texte prévoit également la création d’une aide pour les intérimaires de la restauration. Cette aide serait, si elle est votée, à peu près équivalente à un potentiel chômage partiel. Mais selon l’entourage du sénateur Iacovelli, les députés ne la voteront pas avant juin 2021. En attendant le gouvernement a proposé une aide de 900€, bien en-deçà des besoins des « extras ».

« Qu’Elisabeth Borne [ministre du Travail, ndlr] essaie de vivre avec 900€ par mois, réplique Thierry Claudios. Autour de moi, certains ont vendu leur appartement, leur voiture. D’autres sont retournés chez leurs parents à 50 ans. »

Une réforme Macron crainte par les « extras »

La proposition de loi a été élaborée en concertation avec l’OPRE qui soutient le projet. « L’initiative est suffisante. On ne reviendra pas au même traitement qu’avant 2014, de toute évidence, mais nous voulons être reconnus », approuve le porte-parole de l’organisation.

Reste un autre problème : une nouvelle réforme de l’assurance-chômage est entrée en vigueur le 1er septembre. « Avec cette réforme, on va diviser le salaire brut de l’année par le nombre de jours calendaire, charge Thierry Claudios. On se rend compte qu’aucun extra ou intérimaire ne pourra toucher plus de 30€ par jour, 900€ par mois. C’est une somme en-dessous des minimas sociaux. On va vers un modèle anglais à donner moins que le SMIC à des gens en galère. »

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