Universités : sans directive, les présidents ne peuvent organiser la réouverture

Les Universités sont fermées depuis le 30 octobre, sauf pour les partiels et travaux pratiques. Photo : Pixabay

Les vacances de Noël débutent en ce week-end du 19 décembre, et personne ne sait quand ni comment les amphithéâtres pourront à nouveau accueillir du public. De nombreux étudiants témoignent pourtant d’une grande détresse face au télétravail, et plusieurs ont déjà décroché.

Les universités françaises sont fermées depuis le 30 octobre, et pour l’instant, aucune date de réouverture n’a été officiellement annoncée. Au vu de la détresse causée par la situation chez certains étudiant, les présidents d’universités militent pour une réouverture rapide. Dix d’entre eux ont d’ailleurs signé, le 25 novembre, une tribune appelant à un déconfinement des facultés dès le mois de janvier.

Les professeurs aussi militent pour un retour en présentiel. A l’image d’Olivier Ertzscheid, enseignant chercheur au département Information communication de l’IUT de La Roche-sur-Yon, qui a donné cours en plein air à ses étudiants le 15 décembre, comme le rapporte France 3.

Les facultés n’ont d’autre part reçu aucune consigne de préparation de la part de leur ministère de tutelle. Ni sur les mesures sanitaires à mettre en œuvre, ni sur un éventuel soutien psychologique renforcé pour aider les étudiants ayant le plus souffert de la situation. Ce qui laisse le personnel de l’enseignement supérieur dans le flou.

L’absence de directives empêche l’organisation en amont

Pascal Guénée, directeur de l’institut Pratique du Journalisme de Dauphine et Président de la Conférence des Ecoles de Journalismes (CEJ) regrette surtout la « politique du tout et son contraire » du gouvernement. En effet, le Président de la République, le 24 novembre, avait évoqué une réouverture au mois de février. Mais Jean Castex, le 4 décembre, a ensuite mentionné une ouverture « partielle » pour certains étudiants « ciblés » dès le 4 janvier. Une volonté confirmée le 17 décembre par la ministre de l’enseignement supérieur Frédérique Vidal. Le Premier ministre a cependant ensuite annoncé une troisième date dans son allocution du 10 décembre : « l’échéance du 20 janvier est toujours d’actualité », avait-il déclaré.

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Cela laisse à Pascal Guénée « l’impression d’une grande improvisation » au sein du gouvernement. Il s’inquiète également du « silence » du ministère de l’enseignement supérieur. À ce jour, aucune directive ministérielle n’est en effet parvenue aux directeurs d’établissement. Or « le personnel des universités va prendre des vacances de Noël, bien méritées. Si la directive nous parvient le 23 décembre, il n’y aura personne pour la faire appliquer, il est donc inimaginable que la mise en place des nouvelles mesures sanitaires soit opérationnelle en janvier»  Un constat partagé par Valérie Gibert, Directrice Générale des Services (DGS) de l’Université de Strasbourg et vice-présidente de l’Association des DGS d’établissements publics d’enseignement supérieurs, qui espère tout de même une réponse « cette semaine ».

Une réouverture dans des conditions inconnues

Si les établissements ne savent pas quand ils pourront rouvrir, ils ne savent pas non plus dans quelles conditions : « Certains parlent d’une jauge de 50%, d’autres pensent plutôt à une jauge d’un tiers. Mais personne ne sait si cette jauge doit être calculée par rapport à l’effectif habituel ou par rapport à la capacité des salles. Sauf que ça change toute l’organisation ! » regrette Pascal Guénée.

Il faudra également gérer le retour sur le campus d’étudiants ayant particulièrement souffert du confinement, ou s’y étant adapté au point de ne plus vouloir retourner en présentiel. « Il y a déjà des aides psychologiques qui sont en place, notamment les BAPU (Bureau d’aide psychologique universitaire, ndlr), affirme Valérie Gibert, mais on va faire plus de publicité sur ces dispositifs auprès de nos étudiants, et recruter des tuteurs. » Aucune consigne ne leur a en tout cas été donnée pour mettre en place des mesures exceptionnelles.

Des décrochages massifs qui inquiètent les universités

Mais ce qui inquiète le plus les universités, ce sont les décrochages. En effet, nombre d’étudiants, n’arrivant pas à se concentrer devant leur ordinateur, ou souffrant de troubles dépressifs dus au confinement, sont en décrochage scolaire. Pour Valérie Gibert, la réouverture devrait permettre de retrouver ces étudiants :  « On milite pour une réouverture dès janvier, car c’est ce qu’attendent les étudiants, notamment ceux en décrochage, pour pouvoir retrouver une vie sociale. »

Interview de la psychothérapeute Bénédicte Bonnet-Vidon sur les risques psychologiques du confinement et du télétravail pour les étudiants.

 « Même chez nous il y a des décrochages ! soupire Pascal Guénée. D’habitude, ça n’arrive pas, car on a de très petits effectifs d’étudiants, très encadrés et très proches de nous. » Mais depuis le début du confinement, Pascal Guénée et ses homologues constatent certaines « disparitions » d’étudiants, qui ne se connectent plus en cours et ne donnent plus de nouvelles. Cela reste marginal dans les Ecoles de Journalisme, mais pour lui elles sont un « micro-observatoire » de ce qui se passe dans les universités, aux effectifs bien plus massifs. Plus inquiétant encore, les étudiants décrocheurs des écoles de journalisme ne sont pas nécessairement des étudiants isolés. Certains vivent en famille et ne vivent pas une situation particulièrement difficile. Il n’y a donc pas un profil « type » du décrocheur en période de confinement.

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