Climat : Macron reporte l’interdiction des voitures très polluantes aux calendes européennes

Image par J W. de Pixabay

Le gouvernement est loin de reprendre « sans filtre » toutes les propositions de la convention citoyenne pour le climat. C’est le cas de l’interdiction de commercialisation des voitures les plus émettrices de CO₂, qu’il renvoie devant la Commission européenne.

Le transport est le mauvais élève de la lutte contre le réchauffement climatique. Face aux membres de la convention citoyenne pour le climat, réunis lundi 14 décembre, en présence d’Emmanuel Macron et d’une partie du gouvernement, le ministre de Transports Jean-Baptiste Djebarri l’a lui-même rappelé. Ce secteur concentre à lui seul 30% des émissions de gaz à effet de serre en France.

Un pourcentage à réduire drastiquement pour atteindre la neutralité carbone, en 2050, comme la France s’y est engagée. Lors de cette rencontre, le Président a promis de reprendre « sans filtre » les 146 mesures pour le climat de la convention, dont un tiers concerne les transports et la mobilité. A y regarder de plus près, l’exécutif écarte déjà de nombreuses propositions. Emmanuel Macron renvoie par exemple à l’Union européenne la responsabilité d’interdire la mise sur le marché des véhicules les plus polluants.

« Nous ne pouvons pas, nous pays seul, dire “tel ou tel véhicule n’est plus autorisé à la commercialisation dans notre pays” », a répondu Emmanuel Macron. S’il n’est pas favorable à la « philosophie » de la mesure, il s’est engagé « à émettre cette proposition au niveau européen ».

Voyant les sourcils se froncer dans l’auditoire, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili a pris le micro. Elle souhaite quand même inscrire l’interdiction dans le projet de loi « climat », qui sera présenté en Conseil des ministres, en janvier 2021. Pour servir d’ « impulsion », a-t-elle précisé. « En revanche, a-t-elle ajouté, pour que ça puisse entrer en vigueur, il faut qu’on s’attaque au niveau européen ».

Dix ans pour convaincre l’Union européenne

Avec cette mesure, la Convention citoyenne souhaitait développer un parc automobile français moins nocif pour l’environnement. Cela, pour respecter la loi sur les transports de 2019, qui fixe l’objectif de zéro vente de véhicule neuf utilisant de l’énergie fossile avant 2040. Pour ce faire, elle propose d’interdire progressivement la vente de certaines voitures. D’abord, celles rejetant 110 g/km de CO₂ dès 2025, avant de s’attaquer, en 2030, à celles qui émettent plus de 90 grammes de CO₂ par kilomètre.

En plus de renvoyer la décision à l’UE, la ministre de la Transition écologique élève le seuil à 95 grammes (au lieu de 90) et décale le calendrier de cinq ans. « Cela nous donne dix ans. Je pense qu’on va y arriver! », se satisfait-elle.

La France peut-elle se permettre d’attendre si longtemps ? Dans dix ans, nous serons en 2030, date à laquelle la France s’était engagée à réduire de 40 % ses émissions de gaz à effet, par rapport au niveau de 1990. Le secteur des transports, premier émetteur en France, est une de marge de manœuvre clé pour y parvenir. Dès 2013, la courbe des émissions aurait dû s’inverser, pour atteindre la « neutralité carbone » en 2050.

« Pour l’instant, on est très en retard », juge Cécile Foulon, consultante pour le cabinet de conseil Carbone 4, spécialiste de la stratégie « bas-carbone ». Avec des voitures neuves d’une durée de vie moyenne de dix ans, « il y a un décalage dans le temps, c’est pour cela qu’il est urgent de prendre des mesures dès maintenant », explique-t-elle.

Il faudrait une chute drastique des émissions pour que la France respecte ses objectifs.
Source : ministère de la Transition écologique

Dans le secteur automobile, l’interdiction de la commercialisation n’est pas un renoncement isolé. Le gouvernement a également repoussé l’arrêt de la vente des véhicules géothermiques à 2030, au lieu de 2025. Pareil pour la baisse de l’avantage fiscal sur le gazole pour les poids-lourds, décalée elle aussi de cinq ans.

Des objectifs toujours plus ambitieux

Malgré ces reculs, la France a revu son ambition à la hausse. À l’issue d’un conseil européen, les États-membres ont annoncé, le 11 décembre, vouloir réduire, non pas de 40 %, mais de 55 % leurs émissions de CO₂.

La contradiction entre les beaux discours et la politique menée indigne Christine, membre de la convention citoyenne. « Les mesures que nous proposons sont toutes amoindries. Comment en minorant nos mesures, pensez-vous respecter un objectif maintenant supérieur de 15 %? », interpelait-elle, lundi 14 décembre, face au président de la République.

L’argument ne convainc pas Pascal, membre du groupe « se déplacer ». D’après lui, « c’est le moment, aujourd’hui, de faire des mesures fortes en France pour montrer l’exemple. Quand vous arriverez à la présidence de l’UE [en janvier 2022] vous pourrez dire “Regardez, on l’a déjà fait en France !”», ajoutait-il, s’adressant directement à Emmanuel Macron.

Le contrat social autour du climat qu’incarnait la convention, se heurte au décalage entre les objectifs affichés et la politique réellement menée. En dépit du nom de la consultation, nous ne sommes pas en 1792 et la convention citoyenne n’est pas souveraine. Là est peut-être l’erreur d’Emmanuel Macron : tirer au sort des citoyens, leur assurer qu’ils auront gain de cause, pour finalement expliquer qu’il a les mains liées.

Alice Bouviala

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