Télétravail, attention aux effets pervers

Télétravail, attention aux effets pervers

12 décembre 2017 Vie professionnelle, vie privée : le flou 0

Ne pas sortir de son lit pour travailler est, pour beaucoup, un rêve devenu réalité grâce aux nouvelles technologies. Le télétravail se développe de plus en plus. Et si la majorité des adeptes sont satisfaits de cette formule, il reste des effets indésirables à surveiller.

8h. Un réveil sonne dans un minuscule appartement parisien du XVIe arrondissement. Comme tous ses voisins, Antoine commence à se préparer. D’abord, une douche rapide, puis un petit déjeuner qui l’est tout autant. Mais quand LA majorité des franciliens s’apprêtent à sortir et affronter les transports en communs, lui s’assoit sur son canapé. Le jeune ingénieur en télécommunication de 23 ans n’est pas en arrêt maladie, ni en jour de congé. Il commence bien sa journée, chez lui. Il fait partie de ces QUATRE millions d’actifs qui pratiquent régulièrement le télétravail. Cette pratique permet de ne pas se rendre à son bureau, et d’effectuer ses tâches journalières à domicile.

Temps morts, café et slip

Cinq mois après la signature de son premier CDI dans une grande entreprise de conseil, il a pris l’habitude de garder son vendredi comme jour de travail chez lui. Cela lui permet d’organiser sa journée comme il l’entend : « L’avantage, c’est que tu peux profiter de tes temps morts. Le moment où tu irais prendre un café avec tes collègues, tu peux faire autre chose. Comme demain je pars en week-end, j’aurai l’occasion de faire mon sac tranquillement ».

Cette pratique du télétravail dans son entreprise n’est pas obligatoire. « Nous avons le droit à trois jours par mois, sauf exception avec l’accord de son responsable », explique Antoine. « Je les prends parce que chez moi, l’ambiance est plus calme. Tu as moins la pression des autres, qui sont en stress permanent et qui te font culpabiliser si tu n’as rien à faire ». Mieux, le jeune nordiste aujourd’hui parisien en profite pour se mettre à l’aise : « J’ai déjà fait des conférences téléphoniques en slip. Il n’y a pas la vidéo donc tu fais ce que tu veux. »

Garder contact avec ses collègues

Tout n’est pourtant pas rose. Antoine explique parfois avoir peur de se retrouver piéger : « Comme tu es chez toi, tu as la fausse impression d’être en dilettante. Souvent je prends moins de temps pour manger par exemple. Et je travaille également plus tard, comme je n’ai pas de transport ». De quoi rapidement tomber dans le blurring : l’effacement de la frontière entre la vie privée et la vie professionnelle.

L’observatoire du télétravail et de l’ergostressie, Obergo, partage la remarque du jeune homme dans son dernier rapport. Selon une enquête publiée en 2015, 95% des utilisateurs sont satisfaits par ce fonctionnement, mais 61% affirment que leur temps de travail actif est plus important qu’au bureau.

D’ailleurs l’ingénieur n’est pas favorable à une augmentation des jours à domicile dans son emploi du temps. « Une fois par semaine c’est bien. Après si tu en fais plus, il n’y a plus de contacts avec les collègues et même les clients, raconte Antoine, lucide. C’est se renfermer sur soi-même. Certains s’y retrouveront peut-être, mais pas moi ».

Cependant devant l’enthousiasme des salariés, le gouvernement prévoit, dans les ordonnances de la loi travail votées en novembre 2017, de faciliter l’accès au télétravail pour tous. Reste à voir si dans le futur, tout le monde s’y retrouvera aussi bien qu’Antoine.

Anthony Audureau