Droit à la déconnexion, un mirage ?

Droit à la déconnexion, un mirage ?

13 décembre 2017 Vie professionnelle, vie privée : le flou 0

De nos jours, les salariés sont de plus en plus connectés. Tablettes, smartphones et ordinateurs permettent de travailler n’importe où et n’importe quand, mais à quel prix ?

Vie privée, vie professionnelle, quelle différence ? Une question à laquelle les salariés, travailleurs ou entrepreneurs n’ont pas encore trouvé la solution. Consulter ses mails, ses SMS ou les dossiers en cours chez soi, après sa journée de travail, est presque devenu une norme. Une norme qui a un nom : le blurring (« flou » en anglais).

Ces comportements peuvent notamment conduire à des troubles du sommeil ou une montée du stress. Selon plusieurs études scientifiques, comme celle menée en 2014 par l’Université du Michigan (États-Unis,, se reconnecter sur son smartphone ou ordinateur le soir exciterait le cerveau. Pour lutter contre les effets pervers de la connexion à outrance, plusieurs mesures ont été mises en place dans les entreprises depuis quelques années et par l’État depuis 2017.

Source : Association pour l’emploi des cadres

Une incitation limitée

L’un des textes de la loi El Khomri, votée en France en août 2016, a introduit le principe du droit à la déconnexion. Depuis son entrée en vigueur en janvier 2017, les entreprises doivent a minima établir une charte qui définit les modalités d’utilisation des outils numériques au sein de leur entreprise. Cette charte incite notamment à ne pas envoyer de mails ou toute forme de messages en dehors des heures de travail. Grâce à de la loi El Khomri, une entreprise ne peut en tous les cas plus reprocher au salarié son silence lorsqu’il rentre chez lui.

Cependant, les entreprises françaises ont du mal à instaurer une véritable prise de conscience chez les travailleurs. Ces derniers pourraient ne plus se connecter, mais par habitude ou pression de la part des employeurs, ils continuent à le faire. Yann-Mael Larher, Docteur en relations numériques du travail à l’Université Paris 2, explique que cela est lié au fonctionnement des entreprises : « Elles peuvent écrire tout ce qu’elles veulent dans les chartes, elles sont rarement communiquées aux salariés. »

Absence de contraintes

Des réussites existent cependant. Chez Allianz, depuis 2014, la charte demande aux salariés de ne rien envoyer entre 21h et 7h. Et l’entreprise se montre satisfaite : « Ce dispositif a été vécu comme un soulagement pour les salariés. La mesure a été très suivie, notamment par les cadres haut placés. Sur la première année de la mise en place, la masse des mails envoyés en dehors des heures de travail a diminué de 60% environ ! »

Mais aller plus loin dans l’idée semble complexe. Car aujourd’hui, si les chartes sont incitatives, rien n’empêche aux salariés d’échanger le soir ou les week-ends. Un grand groupe français, qui ne souhaite plus communiquer sur le sujet, a mis en place une expérience en 2014. Les messageries électroniques étaient totalement bloquées en dehors des heures de bureau classique. Mais ce dispositif a été supprimé, car il n’était « pas adapté à la vie en entreprise » selon le groupe.  

La déconnexion volontaire

Aujourd’hui, de nombreuses applications notamment sur mobile, comme Calldoor, permettent aux entreprises d’obliger les travailleurs à ne plus communiquer. Mais aucun grand groupe français n’applique ces méthodes. En majorité des start-up les utilisent, mais les différentes applications refusent d’en dire plus sur leurs utilisateurs.

Pour Yann- Mael Larher, les salariés doivent eux-même prendre des bonnes habitudes : « Il faut apprendre aux salariés à limiter le nombre de gens qu’on met en copie, qu’on réfléchisse à ce qu’on envoie. Diminuer ces envois permet de diminuer la pression ». Preuve que beaucoup de travail reste à accomplir sur ce dossier, une étude du cabinet Eleas publié en août dernier explique que 27% des actifs ressentent encore un sentiment de culpabilité s’ils ne se connectent pas à leurs mails pendant les vacances.

Charlotte Haguenauer et Anthony Audureau

Impact environnemental 

La « détox numérique », outre son impact sur les salariés, a des vertus pour l’environnement. Les outils informatiques (ordinateurs, smartphones, tablettes) consomment de l’énergie quand nous les utilisons. En moyenne, l’empreinte numérique annuelle d’un salarié est de 3 460 kWh d’énergie, soit 80 ampoules basse consommation (25W) allumées 8heures par jour pendant 220 jours.

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, dans son guide « internet, courriels, comment réduire les impacts ? » précise  cela. Selon ce guide, l’envoi de 33 courriels d’1 Mo à 2 destinataires par jour et par personne génère annuellement des émissions équivalentes à 180 kg de CO2. Soit plus de 1000 km en voiture.

En se déconnectant et en diminuant le nombre de mails envoyés, les salariés diminuent leur impact sur l’environnement, contribuent à préserver la planète et leur bien être.

Charlotte Haguenauer