Visite du centre Exelmans : quand l’accueil des réfugiés est aussi ouvert au public

Depuis septembre dernier, l’ancienne caserne de gendarmerie du Boulevard Exelmans (16ème arrondissement de Paris) s’est transformée en centre d’hébergement pour réfugiés et demandeurs d’asile. L’association Aurore, en charge déjà de plusieurs centres d’hébergement d’urgence, a fait du site d’Exelmans un projet particulier : il est ouvert au public. Cela a pour but de favoriser l’insertion sociale des hébergés.

C’est une ambiance festive qui se cache derrière les grandes grilles vertes de cette ancienne caserne de gendarmerie du 16e arrondissement de Paris. En ce 21 mars, à l’occasion de Norouz – le nouvel an perse – repas, musiques et danses traditionnelles sont en préparation au centre Exelmans. Un petit bout de célébration afghane dans ce centre d’hébergement d’urgence.

 

Préparation de repas traditionnels afghans pour Norouz. Pour des questions de sécurité, les visages ont dû être coupés. Photo de M. Gonnot

Comme tout CHU (Centre d’Hébergement d’Urgence), il a pour but d’accueillir toute personne vivant dans la rue et de l’aider – grâce à l’accompagnement de travailleurs sociaux – à se réinsérer dans la société. Un premier centre avait été ouvert dans le 16ème arrondissement en 2016 par l’association Aurore. Ce centre, accueillant des sans-abris, avait à l’époque fait un tollé dans la presse ; les riverains n’étant pas favorables à son installation. Deux ans plus tard, c’est donc le centre d’Exelmans qui ouvre ses portes dans le quartier, et qui accueille cette fois des réfugiés et des demandeurs d’asile.

Exelmans accueille des hébergés aux profils différents

La structure regroupe en réalité trois centres : un centre d’hébergement d’urgence (CHU) qui accueille des familles en situation précaire ; un centre d’hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile (HUDA) qui abrite 150 hommes en attente de transfert dans un autre pays. Enfin, le centre provisoire d’hébergement (CPH) est destiné aux réfugiés statutaires (environ 100 places). La gestion des personnes varie en fonction des centres, qui impliquent des situations différentes.

Les réfugiés statutaires ont le droit de travailler. L’association les aide donc à s’insérer professionnellement, grâce à des cours de langue, d’apprentissage des codes de l’entreprise, de rédaction d’un CV etc… Ils sont accompagnés dans leur recherche d’emploi par un travailleur social. Le but de l’association, à terme, est de les aider à trouver un emploi et un logement.

Les demandeurs d’asile, eux, n’ont pas le droit de travailler. Il s’agit avant tout de les occuper pour lutter contre l’oisiveté et l’ennui. Des ateliers et activités sont mis en place par l’association et animés par des bénévoles à cette fin. Ainsi, ils peuvent participer à des cours de théâtre, de boxe ou d’échecs. Le rôle des travailleurs sociaux est ici de les accompagner dans leurs démarches administratives.

Exelmans, une structure particulière accueillant réfugiés et riverains

La particularité du centre d’Exelmans est qu’il est ouvert au public. Ainsi, si les hébergés vivent dans les appartements des différents étages, les locaux du rez-de-chaussée sont occupés par des locataires français. Quarante structures ont été sélectionnées par l’association courant novembre et ont installé leur activité professionnelle dans le centre. On y retrouve des artisans, des artistes, des associations ou encore des start-ups. Ils travaillent alors au milieu des hébergés. Le but de cette démarche est double. D’abord, les loyers permettent de financer les projets de l’association. C’est un revenu supplémentaire au budget accordé par l’État pour Aurore. Ensuite, et c’est là le principal intérêt, cela favorise l’insertion sociale des hébergés. Les structures ont été choisies en partie pour leur réseau dans les environs ; réseau qui favorise l’insertion professionnelle des réfugiés. Le but est que par leur activité économique, ils attirent du monde et permettent d’établir un premier contact entre les hébergés et le monde extérieur.

« On crée un écosystème qui génère du lien et de la solidarité » – Adrien Roques

 

 

Le centre ne compte pas s’arrêter là. Il est en train de mettre en place plusieurs interfaces de services aux riverains. Un restaurant, un atelier d’auto-réparation de vélos et une recyclerie verront bientôt le jour. Des journées portes ouvertes mensuelles sont aussi organisées. Cette ouverture au public permet de créer du lien, de sortir de l’entre-soi, et de faire rencontrer des mondes d’apparence très éloignés. Cela a aussi permis de rassurer les riverains et d’apaiser les peurs que certains ont exprimé à l’ouverture du centre. Comme l’affirme Adrien Roques, coordinateur du projet, cette organisation spécifique d’Exelmans facilite les liens entre hébergés et riverains. Certains viennent même régulièrement pour jouer avec les habitants du centre, ou offrent de leur temps pour leur proposer des activités.

Réfugiés et riverains se rassemblent autour d’une partie d’échecs. Photo de Maël Gonnot

L’association occupera la caserne jusqu’en septembre 2020. A cette date, le centre d’hébergement deviendra des logements sociaux et une crèche.

Maël Gonnot