Faire à manger sur les tournages de film, une organisation à part

Le vendredi 1er avril 2022 se déroulait la dernière journée de tournage du film Murder Mistery 2 à la Cité du cinéma à Saint-Denis. La société Catering et ses employés étaient présents sur place, une nouvelle fois, notamment pour organiser la restauration de l’équipe du film.

La Cité du cinéma, détenue par Luc Besson et servant de plateau à des tournages tels que « Scènes de ménages« , est une énorme enceinte composée de très nombreux sets de tournage. Dans la matinée, les passages entre les différents bâtiments grouillent de producteurs, de comédiens, de régisseurs et autres intermittents du spectacle entre les camions de matériels divers. Au fond de cette enceinte se trouve la grande salle, servant à l’équipe du film Murder Mistery 2 à se restaurer, et donnant sur une cour où deux gros camions stationnent et servent de cuisine ambulante.

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Une journée bien remplie…

Ces deux camions sont occupés par cinq personnes qui sont en cuisine lors de la préparation, lesquels sont épaulés par deux personnes en salle. Malgré une aide logistique et de certains régisseurs, cela représente tout de même peu pour assurer la restauration des quelques 250 personnes présentes pour le tournage.

Hugo Fernandez, un quarantenaire d’origine espagnole, est un des deux cuisiniers qui sont dans le camion principal avec le chef. En service depuis environ quatre ans, ce dernier raconte ses journées type à la Cité du cinéma, lors d’une pause qu’il s’octroie pour fumer une cigarette : « Avec Joris (deuxième cuisinier dans le même camion), on travaille à peu près de 10h30 à 19h30. Le matin, environ quatre ou cinq heures avant le service, on commence la préparation du repas, c’est la partie où on est les plus importants ! Après ça, c’est également à nous de faire la mise en place des buffets dans la grande salle. » Bien qu’il participe à toutes les mêmes tâches que ses cuisiniers, le chef Janek doit également s’occuper lui-même de l’achat des ingrédients et du matériel le matin, avant la préparation. Il va alors faire les courses nécessaires à Metro, le grossiste alimentaire où s’approvisionnent généralement les professionnels de la restauration et de l’hôtellerie.

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Pour tous, la journée se termine par la plonge, raconte Hugo avec le sourire. Mis en parallèle avec la bonne humeur générale et le temps pris par les différents employés pour discuter, ce sourire témoigne d’un bien-être général qui dénote presque avec l’image négative (et souvent justifiée) du travail dans la restauration. En effet, Hugo se dit très content d’être dans cet organisme, il n’est pas pressé plus qu’il ne le faut, il y a une très bonne entente générale dans l’équipe et tout est organisé de sorte qu’il ne ressente plus beaucoup de pression.

La salle de réception avant l’arrivée de l’équipe de tournage, photo de Maxime Filaudeau

… Mais si bien organisée qu’il n’y a pas de place pour le stress

Cela est en grande partie du au bon travail et aux méthodes singulières de Miray, responsable logistique de Catering. Bien que ce soit son poste, la première chose qu’il dit en se présentant est que son poste n’a pas vraiment de sens pour lui car il fait partie d’une équipe. Sa façon de faire, et celle de l’équipe tout entière est assez simple : « notre état d’esprit est de ne pas se limiter à sa tâche, sinon on n’avance pas. L’entraide est primordiale, il m’arrive même d’aller aider en cuisine s’il le faut ! »

Malgré l’aide qu’il donne à ses collègues lorsqu’ils en ont besoin, Miray a beaucoup de travail. Il s’occupe en particulier de l’organisation générale et précise des journées de travail. Le lieu est le premier élément important à considérer : « il faut savoir à l’avance comment sera le terrain, si les camions pourront stationner, si le service se fera loin des camions etc. Ça peut tout changer et rien ne doit être laissé au hasard. » Une fois le lieu déterminé et étudié, il s’agit d’organiser les éventuels barnums, ou la salle dédiée en fonction du lieu. Il y a évidemment beaucoup de mouvements, même pendant un même tournage qui se déroule rarement sur un unique lieu. « Pour ce tournage, on a aussi été dans Paris, à plusieurs endroits, où l’espace est très différent. » Ces déplacements entraînent une organisation supplémentaire, il faut déplacer efficacement tout le matériel et les camions.

Plaçant le relationnel au centre de ses méthodes de travail, Miray a passé dix excellentes années dans ce groupe. Bien qu’heureux dans son travail, il envisage maintenant de changer : « Je connais tout par cœur, il est temps d’essayer de découvrir de nouvelles choses ! »

Une organisation à accorder à celle du tournage

L’organisation de Miray est d’autant plus importante qu’elle doit également suivre les grandes lignes de celle du tournage en général. De fait, faire de la restauration sur des plateaux de tournage implique de faire des services différés (service à partir de 15h30 à la Cité du cinéma), de travailler avec les équipes de tournage, les régisseurs etc. Désormais à l’intérieur de la spacieuse salle principale, très haute de plafond, bien éclairée par les nombreuses baies vitrées, nous pouvons observer l’organisation croisée entre les deux groupes. Alors qu’une petite dizaine de personnes attendent et se reposent sur des canapés placés dans une partie de la salle, un jeune membre de la régie commence à préparer le terrain pour l’arrivée des membres de l’équipe du film.

Remplissage des premières tables, photo de Maxime Filaudeau

Agé de 21 ans, Martin Maraval fait partie de la section « unit » de l’équipe de régisseurs du film. Les régisseurs sont séparés en « transport », en « location », et en « unit ». Ces derniers s’occupent de l’organisation sur place, que ce soit sur le plateau, mais aussi en dehors, comme à la restauration. Ayant toujours rêvé travailler dans le cinéma, Martin est entré en régie dès l’âge de 19 ans, alors qu’il était en école de cinéma. Aujourd’hui, il est responsable de l’entrée de l’équipe dans la salle de restauration et de leur placement. Il se doit alors de vérifier les passes des personnes entrant dans la salle. Très vite, nous nous rendons compte qu’il connaît très bien la plupart des personnes qui se présentent. Il y a là aussi une ambiance joviale et radieuse.

Les premiers membres de l’équipe du film arrivent vers 15h45 et les premières tables se remplissent assez rapidement. Tout le monde semble manger ensemble, il n’y a pas de séparations visibles. Il existe pourtant un véritable « melting pot » culturel dans la salle. Les restaurateurs notamment viennent d’endroits différents. Assem, par exemple, est un Algérien d’une trentaine d’années qui était ingénieur sismique il y a quelques années. Son travail consistait à enregistrer les fréquences sismiques des sols afin de repérer des lieux potentiels où creuser des forages afin de puiser du pétrole. Il est finalement venu en France pour rejoindre sa compagne, et il a assez rapidement trouvé ce travail ici. Il dit s’être très vite adapté au travail et à son organisation, et insiste sur l’efficacité dont font preuve tous ses collègues dans l’ensemble des tâches. C’est finalement un groupe qui tourne très bien, tout en sauvegardant le bien-être de ses travailleurs.

Assem derrière le buffet, au service, photo de Maxime Filaudeau

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