La jeunesse, nouvel espoir pour les monarchistes français

On voit de plus en plus le prince Jean d’Orléans dans les médias. Les mouvements royalistes sont assez présents sur les réseaux sociaux. Une liste monarchiste s’est même présentée aux élections européennes. Malgré cette dynamique, les mouvements sont plutôt vieillissants. Et si leur renouveau passait par la jeunesse ?

Après 9 mois d’impatience, il a enfin pointé le bout de son nez. Le jeune Archi Mountbatten-Windsor est né le 6 mai dernier. L’occasion pour que l’on puisse tous remettre à jour nos connaissances sur la famille royale britannique et son fameux ordre de succession. Les bookmakers, comme pour chaque événement qui touche les proches de la reine d’Angleterre, étaient sur la brèche. Car outre-manche, la royauté fait vraiment partie du quotidien, jusque sur les tasses et les assiettes.

En France, si la monarchie a été le système institutionnel jusqu’à la fin du règne de Louis-Philippe en 1848, elle n’est plus une référence politique. Sauf pour quelques citoyens. Selon un sondage BVA de 2016, 17 % des Français verraient bien la fonction présidentielle assurée par un roi. Parmi eux, certains sont même des militants actifs. Certes, beaucoup d’entre eux sont plutôt âgés. Mais des jeunes sont aussi attirés par la monarchie.

Un défilé pour Jeanne d’Arc

Ils se sont tous réunis dimanche 12 mai. Il est 10 h devant l’opéra Garnier. Ils sont environ 400 sur les marches avec banderoles et drapeaux, prêts à marcher. Dans la foule, des enfants de 9 ou 10 ans distribuent des drapeaux du mouvement. Les couleurs : bleu et or comme les armoiries du roi de France. Sur un petit camion, la sono se prépare elle aussi.

10 h 30, le cortège se met en route, direction la statue de Jeanne d’Arc à cheval, place des Pyramides dans le 1er arrondissement. En tête, le drapeau français signé Action Française. Derrière, une couronne de fleurs blanche qui sera déposée au pied de la statue de Jeanne d’Arc. Au micro, l’animateur entonne des slogans qui sont ensuite repris. « Jeanne revient, la France en a besoin », ou encore « pour que vive la France, vive le roi ».

Dans le cortège, les sections ont leurs drapeaux : Bretagne, Aquitaine…. Les manifestants marchent lentement dans une ambiance bon enfant. Quelques-uns allument des fumigènes jaune et bleu. Arrivé devant la statue de Jeanne d’Arc, tout le monde se met en arc de cercle devant la statue équestre.

Commencent alors les discours. Puis vient un moment important pour les militants : celui des remises de décorations. Les jeunes militants sont ainsi récompensés pour leur implication dans la vie du mouvement.

Les décorations remises, ils chantent « La Royale », l’hymne de l’Action française, et scandent trois fois « Action ! Française !», sous le regard médusé des passants.

Une myriade de mouvements

Les jeunes royalistes ont l’embarras du choix pour militer dans un groupe monarchiste. Selon le professeur de droit public Frédéric Rouvillois, monarchiste assumé, : « Il n’y a pas un royalisme, il y a des royalismes. » Action française, Alliance royale ou la Nouvelle action royaliste sont les plus connus et regroupent le plus d’adhérents. À côté, nombre de cercles et unions vivotent. Zoé Poziemski a choisi l’Alliance royale (AR). Guillaume est à la Nouvelle Action Royaliste (NAR). Charles Boncoeur, Robin Buret et Laila ont, eux, choisi l’Action française (AF). Ils sont tous militants actifs, mais de manière différente.

 Zoé Posiemsky, 19 ans, candidate Alliance royale

Zoé Poziemski a choisi d’être candidate à une élection. Cette jeune femme grande, les épaules larges et aux cheveux blonds et courts a 19 ans. Sur le revers droit de sa veste bleu, elle porte une fleur de lys en pin’s. Elle a pris sa carte en décembre dernier.

Et à peine quatre mois plus tard, elle est en quatrième position sur la liste « Une France royale au cœur de l’Europe » du parti monarchiste. Une liste qui a fait 0,01 % aux élections européennes le 26 mai dernier. La décision de se présenter était logique pour elle : « Quand j’ai vu les élections européennes, j’ai eu envie d’y aller. Mais je suis encore jeune, si j’intégrais la liste, il fallait qu’on me guide un peu. Au début, j’étais à la fin de la liste. Le secrétaire général, Monsieur de Prévoisin, m’a appelé et m’a demandé de grimper de quelques places. Je me suis alors retrouvée 4e. Je me suis laissé guider et je ne regrette pas. » C’est clairement sa jeunesse qui l’a propulsée à cette place. Elle a même tourné un clip de campagne de 30 secondes, diffusé après sur France 3.

Zoé Poziemski, 4e sur la liste d’Alliance royale. Thibault Lecoq

Rien ne la prédestinait à être candidate sur cette liste. Elle vient d’une famille plutôt à gauche. Son père est notamment syndicaliste chez Sud Solidaire. Ce qui a motivé son adhésion à l’Alliance royale ? « J’ai toujours adoré l’histoire, l’histoire de France. Surtout les rois. J’ai toujours été passionné par ces époques-là », assure-t-elle.

Vers 16 ans, elle ouvre les yeux politiquement. « Quand on vote, il n’y a rien qui change. C’est de plus en plus négatif. Le système politique est pourri », estime la candidate malheureuse. « Le roi, c’est un insigne, un emblème. Il va guider son pays. Il est là longtemps, il veut que son pays avance. Les gens ne sont pas guidés. Pendant six mois, ils sont contents et pendant quatre ans et demi, ils sont perdus », précise-t-elle. Niveau institutionnel, Zoé Poziemski, s’oppose à une restauration de l’Ancien Régime. « On ne veut pas changer la Ve République. On veut juste mettre un roi à la tête du pays », explique-t-elle.

Du communisme au royalisme

Guillaume, un étudiant informaticien en alternance de 24 ans, n’était pas voué à devenir royaliste, lui non plus. Ce garçon aux cheveux brun, court avec une moustache et une barbichette légèrement fournie et un look plutôt classique est issu d’une famille communiste. Il a d’abord adhéré aux jeunes communistes. Le système politique, économique et écologique actuel ne lui convient pas. Tenté par le marxisme, ce n’est plus possible pour lui aujourd’hui. « Ce qui m’a fait devenir militant, c’est en lisant les écrits de la NAR. Je suis d’accord avec tout. Qu’est-ce qui m’empêche d’être militant ? Je me devais d’adhérer ». Il apprécie aussi l’aspect formation. « La NAR te pousse à t’enrichir et de former politiquement sans te forcer à lire tel ou tel auteur. Rien ne t’oblige à adhérer à tout le corpus de la NAR. On garde notre libre-arbitre », explique-t-il.

Il fait partie de la direction du mouvement. Il a notamment la charge de filmer les mercredis de la NAR, la conférence hebdomadaire du cercle de pensée. Attablé à une terrasse près de la canopée de Châtelet, il raconte son engagement au sein de la Nouvelle action royaliste. Un parti (légalement) que Guillaume présente ainsi : « C’est un courant politique gaullien social, qui promeut un retour à la souveraineté nationale et prônant un retour à la justice sociale et fiscale. Le mouvement est d’ailleurs parfois taxé de royalisme de gauche. La doctrine de la NAR est plus proche du keynésianisme et d’un état protecteur.

Formation et action

A l’Action française, ce qui plaît, c’est autant la partie formation que la partie action. Le mouvement repose sur ces deux axes depuis sa création. Robin Buret à 24 ans. Il a le visage carré, le cheveu bien court et brun. S’il milite à l’action française, c’est avant tout parce que ce sont eux qu’il a rencontrés en premier, et qu’il y a des jeunes.

Maintenant, il est le chef de la section étudiante de La Rochelle. Il explique : « Le but du jeu, c’est de former les militants pour structurer ». Avoir une pensée claire pour agir concrètement ensuite. Une ligne de conduite que l’on retrouve dans l’hymne de l’AF : « Si tu veux ta délivrance, pense clair et marche droit ».

Il vient d’une famille catholique, a été scout. Mais il est venu au monarchisme seul. Un peu, par hasard, il est venu à une conférence de l’Action française. Il y a retrouvé un esprit de franche camaraderie. « Ce qui m’a plu, c’est le néo-monarchisme », assure-t-il. Un monarchisme de raison qui s’oppose à un monarchisme culturel ou nostalgique, qui n’est pas forcément arrimé à une pensée construite et donc n’est pas nécessairement remis en question.

Avec lui, Charles Boncoeur. Il a 19 ans et milite à l’Action française étudiante de La Rochelle depuis quelques mois uniquement. Lui vient de la gauche souverainiste et sociale. Il se dit d’ailleurs ancien mélenchoniste. Ce qui lui a plu à l’action française, c’est le corporatisme. Que chaque métier s’occupe des siens avec une relation forte entre l’apprenti et le maître. La lecture de René la Tour du Pin, l’a convaincu. Un corporatisme ni libéral ni socialiste non plus. Et surtout, un corporatisme détaché de l’état.

Il apprécie aussi le fait qu’un chef dirige le mouvement. Sa réflexion a commencé en sortant du bac. Sa passion pour l’histoire l’a poussé à étudier celle de la France. Et pour lui, c’est sous la monarchie que le pays se portait le mieux.

Un refus de l’Action française …

Guillaume et Zoé Poziemski ont tous les deux refusés d’adhérer à l’Action française. C’est pourtant le mouvement le plus ancien et le plus structuré. Avec plusieurs sections en région, l’AF a été créé par Charles Maurras en 1899, et revendique environ 3 000 affiliés. Ce qui les a rebutés, c’est une image de parti d’extrême droite. Pour Zoé Poziemski : « À Lille, on les voit à la Citadelle (un bar où se rencontrent les nationalistes N.D.L.R.) Entre l’AF et moi, il y a un fossé qui nous sépare. » Guillaume, lui, trouve que l’AF manque de recul sur les textes de Charles Maurras. Il pointe le fait que la NAR n’a jamais connu de scission. Il impute ça à une plus grande cohérence politique. Mais aussi à une capacité à évoluer qu’il voit moins chez l’Action française.

Une étiquette que les membres de l’Action française refusent pourtant. Laila est une étudiante d’une vingtaine d’années en intelligence économique à Bordeaux. Elle milite à l’AF depuis deux ans maintenant. La peau mate et les cheveux bruns, bouclés et court, elle participe à la cellule de communication. Franco-marocaine, elle rejette fortement les accusations de racisme et d’antisémitisme contre son mouvement. Comme tous ces mouvements, elle prône un ni de gauche, ni de droite. Sur l’échiquier politique actuel, elle ne se reconnaît plus d’un côté ou de l’autre. « On n’est pas censé être de droite ou de gauche », explique-t-elle. Elle précise : « Il y a des bonnes choses partout ». Un des slogans de l’Action française le clame : « Ni droite, ni gauche ! Monarchie populaire ».

Des dissensions mais surtout des proximités

Malgré des différences notables, les mouvements monarchistes ne sont pas si opposés que ça les uns aux autres. Les adhérents se connaissent entre eux mais aussi entre les associations royalistes. Guillaume a des amis à l’Action française, Robin connaît un jeune membre de l’Alliance royale qui vit à La Rochelle. Entre eux, l’ambiance est cordiale. Guillaume reconnaît tout de même que les débats peuvent être très animés.

Un roi comme arbitre

On pourrait penser que ces mouvements restent chacun dans leurs coins. Mais ils ont quelques points communs. Déjà, tous on la vision d’un roi comme arbitre de la nation. Au niveau des institutions, l’Alliance royale et la NAR veulent une Ve République couronnée. « Le roi représente la France et toute l’histoire de France. Le meilleur arbitre reste un homme qui ne peut pas bouger », assure Guillaume. Le roi serait aussi le chef de la diplomatie, avec la France comme un arbitre dans le concert des nations.

Pour l’Action française, il faut résolument changer de modèle. Si le roi reste un arbitre, l’association veut aussi une monarchie traditionnelle, héréditaire, antiparlementaire et décentralisée. Le rejet des partis est assumé à l’Action Française. Ce qui est décrié, c’est l’électoralisme et « l’esprit de parti ». Un esprit qui divise plus qu’il ne construit. « Ça a beaucoup trop d’externalité négative », estime Charles, un jeune militant rencontré à La Rochelle une semaine avant le colloque. « Ça m’horripile ce côté partisan » assure Leila.

C’est pour cela aussi que sont rejetées les coteries, mot préféré à l’anglicisme lobby. Les quatre états confédérés contre lesquelles se battait Charles Maurras (protestant, juif, métèque et franc-maçon) ont aujourd’hui cette nouvelle acceptation. Ce ne sont donc plus forcément les mêmes qu’au XXe siècle, mais leur dénonciation reste forte.

Le souverainisme en commun

Les royalistes convergent aussi sur une autre idée qui plaît beaucoup à la jeunesse : le souverainisme. Pour les trois mouvements, il faut quitter l’Union européenne. Sans ça, aucun changement politique n’est possible. Et encore moins un changement de régime politique. « Sans ça, on ne peut rien faire », estime Guillaume.

L’Action française a tenu un colloque sur « la désunion européenne » en mai dernier. Au programme, table ronde et discours qui tous pointent du doigt les problèmes de l’Union européenne. L’AF a officiellement appelé à voter souverainiste et utile.

Colloque de l’Action française sur la « désunion européenne. Thibault Lecoq

Tous les mouvements essaient de mettre la jeunesse sur le devant de la scène. S’ils ne sont pas nombreux, les jeunes royalistes, eux de leur côté, essaient en tout cas le plus possible de donner de la voix. Reste à savoir avec quel impact.

Thibault LECOQ

CARTE D’IDENTITÉ DES MOUVEMENTS MONARCHISTES

  • L’Action française est le plus ancien mouvement royaliste, créée en 1899. Charles Maurras s’est imposé comme maître à penser. L’AF s’est construite sur deux jambes : une école doctrinale et un mouvement d’action. Le mouvement a eu une très grande influence sur la droite française pendant le XXe siècle.
  • L’Alliance royale a été créée en 2001 par Yves-Marie Adeline. Le but est de promouvoir l’instauration de la monarchie sur la base de la Ve République. Elle se présente régulièrement aux élections, sans grand résultat. Elle ne soutient pas de prétendant particulièrement.
  • La NAR souhaite instaurer une monarchie constitutionnelle. La NAR vient d’une scission de l’Action Française en 1971. Ils acceptent l’héritage gaullien. Proche de Jean-Pierre Chevènement, le mouvement est taxé de royalisme de gauche. À sa tête, Bertrand Renouvin, candidat royaliste à l’élection présidentielle de 1974.

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