Le covoiturage, une expérience sociale à vocation économique

Quand on vient d’un patelin perdu dans la diagonale du vide, il est compliqué de se débrouiller sans voiture. Au moment où il a fallu quitter le cocon familial pour continuer mes études à Paris, le seul moyen de rejoindre la capitale simplement revenait à utiliser le covoiturage.

Quatre ans plus tard, je suis « ambassadeur » sur la plateforme Blablacar. Un rang obtenu après avoir pris une place dans moult véhicules, partageant la route. Tout comme en ayant conduit moi-même plusieurs passagers pour diverses destinations.

Au départ réticent de partager plusieurs heures de trajet avec d’illustres inconnus, j’ai commencé à apprécier le principe par les rencontres que j’ai pu faire. Du vendeur de fromages au survivaliste en passant par des étudiants, comme moi.

J’imagine que tous les covoitureurs partagent un point commun. S’ils partagent leur voiture, c’est qu’ils apprécient la rencontre, et ne craignent pas l’autre. Et ce caractère, je l’ai pris avec le temps. Il s’est révélé d’une grande aide dans tous les aspects de la vie quotidienne pour les entretiens d’embauche comme pour discuter plus facilement.

En plus, ça permet de voyager pas cher, sur de longues distances, quand on n’a pas le budget pour le train ou l’avion, comme dans ma situation. Le billet de train me coûtait 70 euros quand réserver une place en covoiturage me faisait dépenser moins de la moitié de ce montant.

Autre argument avancé par la pratique : celui de l’écologie. Il est vrai qu’une voiture avec cinq personnes à bord pollue sensiblement autant qu’avec seul le conducteur. D’autant que le covoiturage peut donc limiter les embouteillages, ce qui limite encore plus la pollution.

J’étais donc plutôt fier de faire la plupart de mes trajets en covoiturage quand on voit qu’il affiche plusieurs avantages. Mais il y a un hic. Le site Blablacar, à son lancement, s’appelait tout simplement « covoiturage.fr ».  À ce moment-là, la plateforme mettait simplement en contact les conducteurs et passagers. L’arrangement financier se faisait en privé : les passagers donnaient l’argent en liquide.

Après quelques années, la plateforme a décidé de jouer les intermédiaires. Désormais, on paye la place sur le site, puis on reçoit un code transmis une fois le trajet effectué au conducteur et Blablacar empoche une commission.

J’ai aussi remarqué que les commentaires laissés par passagers et conducteurs se raréfient sur les profils de covoitureurs. Comme si le service n’avait plus rien de sympathique et devenait l’équivalent de courses en Uber sur plusieurs centaines de kilomètres.

Aujourd’hui, les commissions atteignent des niveaux record. Elles s’élèvent à environ 1 euro tous les 100 kilomètres. De quoi grossir les caisses de Blablacar au vu du nombre incalculable de trajets proposés sur le site. Devenu une réelle société dotée en bourse au CAC40, Blablacar compte déjà 8 millions de membres dans 12 pays !

Aujourd’hui j’ai l’impression d’être le client d’une grosse entreprise qui grossit grâce au monopole qu’elle détient sur son rayon d’action. Récemment, Blablacar s’est offert le luxe de s’offrir Ouibus, la filiale de la SNCF sur les trajets en car entre grandes villes. Je doute que les conceptions écologiques, sociales ou économiques pour ses utilisateurs soient les motivations des patrons de Blablacar.

Évidemment je continue à utiliser l’application dans mes trajets longue distance. Mais dès que je le peux, j’essaie de me débrouiller autrement, en proposant lesdits trajets sur d’autres réseaux. De quoi, peut-être retrouver l’ambiance que j’avais trouvée au tout départ.

Corentin Bélard

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