Brexit : un frein levé pour l’Europe de la défense ?

Le 29 mars 2019, le premier budget militaire de l’Union Européenne quittera le navire européen à l’issue du Brexit. Avec 53,8 milliards de dollars consacrés aux armées, le Royaume-Uni représente presque un quart des budgets militaires cumulés de l’Union Européenne (219 milliards de dollars en 2016). Pour autant, dans l’Union, le Brexit est vu comme une opportunité de bâtir une Europe de la défense autonome, à laquelle les Britanniques se sont toujours opposés.

A la Commission européenne, la deuxième phase des négociations du Brexit aborderont le point de la défense. (©Adrien Lefin / Brexplicite)

[vc_row][vc_column][vc_column_text]« Les Britanniques sont opposés à l’idée d’une construction politique de défense européenne en concurrence avec l’OTAN du fait de leur relation privilégiée avec les Etats-Unis. » constate Federico Santopinto, spécialiste des politiques de l’Union Européenne pour la prévention et la gestion des conflits. A Bruxelles, on voit le Brexit comme une opportunité de progresser dans la constitution d’une Europe de la défense. Une défense pour les Européens, par les Européens. Depuis l’annonce de la sortie des Britanniques de l’Union, les avancées se succèdent : en juin 2017, le Fonds européen de défense, projet de développement et d’acquisition d’équipements de défense était annoncé (doté d’un budget de 5,5 milliards d’euros après 2020) ; en décembre, c’est la Coopération Structurée Permanente, sorte d’Eurogroupe de la défense, qui entrait en vigueur. Une coopération qui pourrait prendre des formes capacitaires (drone européen…), opérationnelle (cyberdéfense…) et humaine (formation commune des officiers…).[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]Des progrès qui pourraient continuer suite au Brexit selon Karl Pincherelle, attaché parlementaire du député européen Gilles Pargneaux, membre de la commission sécurité et défense du Parlement Européen : « Le Brexit pourrait éventuellement provoquer un électrochoc au sein du projet de défense de l’Union Européenne. Etant donné que les Britanniques ont bloqué un certain nombre d’accords de défense, le Brexit pourrait permettre d’avancer à ce niveau-là. » Parmi les projets bloqués par le Royaume-Uni ces dernières années, on compte notamment l’augmentation du budget de l’Agence Européenne de Défense (le programme d’armement européen) ou encore l’installation du quartier général européen à Bruxelles (effective depuis le 6 mars 2017).[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]Outre le fait d’avoir entravé les projets de défense commune, le Royaume-Uni est très peu intervenu lors des opérations militaires européennes, ce qui invite à relativiser l’impact du Brexit du point de vue de la défense européenne : au Mali, les soldats britanniques ne représentaient que 40 des 569 militaires engagés dans la mission de formation des forces locales amorcée en 2013 (contre 261 Français), et ils étaient absents de la même mission lancée en Centrafrique en 2016. Une source diplomatique européenne ne souhaitant être citée explique le paradoxe britannique : « La contribution britannique à la défense européenne est extrêmement marginale. On estime que moins de 3% du personnel déployé dans le cadre de nos missions est britannique. Le Royaume-Uni investit moins de 1% de son budget dans le cadre de projets de recherche européens. Leur empreinte européenne est très faible par rapport à leur poids militaire. Ils ont souvent cherché à commander les opérations, en déployant très peu de personnel et d’équipements ».

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]Selon Frédéric Mauro, avocat spécialisé dans les questions de stratégie et de défense européenne, régulièrement interrogé par le Parlement Européen, « un frein a été levé » pour la constitution d’une Europe de la défense avec le Brexit. Il reste cependant nuancé sur ses chances concrètes de réalisation : « on n’aurait pas réussi à la faire avec les Britanniques, mais je ne suis pas sûr qu’elle aboutisse, même sans eux. »[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]Une coopération nécessaire après le Brexit

Si le Royaume-Uni contribuait peu à la défense européenne, force est de constater qu’il restera un partenaire de poids : premier budget militaire de l’Union Européenne avec 53,8 milliards de dollars (un quart des 219 milliards de budgets militaires cumulés de l’Union), les Britanniques sont membres du conseil de sécurité de l’ONU et disposent d’une culture du déploiement militaire. Ils ont aussi noué des accords bilatéraux avec de nombreux pays dont la France (traités de Lancaster House contenant un volet opérationnel et une coopération en manière d’armement) qui resteront en vigueur malgré le Brexit.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]Le Royaume-Uni est aussi avec la France le seul pays de l’Union Européenne à disposer des capacités nécessaires pour monter des opérations de haute intensité. La source diplomatique détaille « Sur les questions de sécurité et de défense, nous avons des intérêts convergents. On doit préserver notre autonomie de décision tout en cherchant à coopérer. Ce sera un partenaire avec lequel on aura une coopération étroite comme on aura certainement peu avec d’autres. Tout l’intérêt d’un partenariat futur serait d’obtenir des Britanniques plus que ce qu’ils ne font jusqu’à présent. »[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]Suite au Brexit, le Royaume-Uni passera au statut d’Etat tiers. Le cadre de ses futures relations avec l’Europe est négocié en ce moment à Bruxelles. Des discussions qui devront aboutir sur un accord global après le Brexit. Dans un document intitulé Foreign policy, defense and development : a future partnership publié en septembre 2017, le gouvernement britannique proposait à l’Union Européenne de continuer à entretenir des relations étroites sur le plan de la défense, et même participer au fonds européen de défense, auquel David Cameron s’était opposé à son lancement en 2013.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]Michel Barnier, négociateur de l’Union Européenne sur la préparation du Brexit a salué l’engagement pris par la première ministre britannique, Theresa May, de « maintenir la sécurité européenne » et a annoncé la participation possible du Royaume-Uni sur la base du volontariat à des opérations de défense communes, des programmes d’armements communs ou de partages des informations confidentielles. Cependant, le négociateur européen a précisé qu’un « Etat tiers, aussi proche soit-il de l’Union, ne peut prétendre à un statut équivalent ou supérieur à un membre de l’Union. »

 

Adrien Lefin, Thomas Moulin et Corentin Le Dréan

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

Leave a comment