Maurizio Pesce, Flickr

QUEL EST LE NOM DE NOTRE MAISON ?

« Smart », « intelligente », « connectée » ou « domotique » ? À force d’être utilisés par le marketing, les concepts numériques deviennent un peu flous. Avoir des stores automatiques pilotables à distance fait-il de notre maison une smart home ? Des conférences scientifiques aux discours publicitaires des entreprises, en passant par les textes règlementaires, les définitions se contredisent. Puisque la « smart home » n’a pas encore rejoint les pages du Larousse, trancher paraît compliqué. Pour s’y retrouver nous vous dévoilons notre lexique.

DOMOTIQUE. Au sens du dictionnaire, elle désigne l’ensemble des techniques qui permettent l’automatisation d’une maison, comme les lumières à capteurs ou les portes de garages télécommandées. Pour notre rédaction, elle regroupe désormais plusieurs catégories d’objets, certains basiquement automatisés, d’autres « connectés », et un dernier type que l’on qualifiera de « smart ».

SMART. Chic, numérique, et pratique : c’est ce qu’évoque le mot anglais « smart », abondamment employé dans le secteur de l’innovation et des nouvelles technologies. En français cela signifie « intelligent ». En ingénierie informatique, « l’intelligence » permet à un système programmé par l’homme d’agir de manière autonome, en traitant des données préalablement collectées. Pour notre rédaction « la maison intelligente » (smart si vous préférez parler anglais), possède des installations capables de recueillir des informations « dehors il fait 9 degrés », pour les analyser « il fait froid » et en conséquence lancer automatiquement certaines tâches « mettons le chauffage ».

Ce compteur intelligent suit la consommation électrique / Lucie Alexandre

CONNECTÉ. La connexion d’une maison peut être interne (les objets entre eux), ou externe (les informations du domicile sont transmises à l’extérieur), et par plusieurs réseaux : le filaire, les ondes (radio), le WiFi, ou encore le Bluetooth.

  • La domotique basique évoquée plus haut connecte ainsi entre eux différents éléments, par exemple un seul bouton pour commander toutes les lumières. La maison est alors un système autonome en vase-clôt.
  • À l’inverse dans le cas d’une connexion externe, les données circulent entre le domicile et d’autres organismes, via internet et des applications. Cette maison connectée a les portes grandes ouvertes sur le monde, avec lequel elle échange des informations pour fonctionner.

Ici, la « smart home » est à la fois intelligente et connectée à l’extérieur. Elle s’appuie sur des objets qui collectent des données et les traitent dans des applications reliées à internet. Ces objets s’adaptent ensuite automatiquement aux spécificités de chaque foyer.

Lucie Alexandre

Un marché ralenti par sa technicité et le coût financier

Le marché des objets connectés intéresse tout le monde : les particuliers, les professionnels et les agences d’aides à la personne. Pour Benoît Guennec, cofondateur d’Eedomus, une entreprise de boîtes domotiques : « Ce marché a une croissance lente. La communication et la couverture médiatique ne sont pas très présentes, cela passe surtout par le bouche à oreille ». De nombreuses startups se sont lancées sur le marché de la « smart home » en France. Mais Benoît Guennec considère que les grands acteurs n’ont pas réussi à percer, hormis le secteur des objets à usage unique. Un avis qui n’est pas partagé par Jérémy Fournier, responsable projet chez Loxone. « Le marché est au contraire voué à se développer du fait de la présence grandissante sur ce marché de tous les acteurs du bâtiment, les promoteurs immobiliers et les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon avec Google Home, Alexia…) ».

Des clients au profil ciblé

Pour Jacques Bruhière, spécialiste de la  « smart home » chez Schneider Electric :  « Ce marché n’est pas mature au niveau des solutions proposées. » Différents protocoles spécialisés et leurs différents usages rendent le domaine technique et peu accessible au grand public. Pour ce spécialiste : « Le premier élan qu’a connu ce secteur a été l’arrivée des smartphones. « Le deuxième élan, serait « un protocole de standardisation qui pourrait arriver d’ici 3 à 4 ans ». Une entente des grands  constructeurs mettrait un peu d’ordre dans ce secteur quelque peu anarchique.

Le deuxième frein au développement de ce marché est le coût trop élevé de ces objets  par rapport à leur intérêt et usage. La société Eedomus en propose  aux alentours de 300 euros et chaque périphérique coûte une cinquantaine d’euros.

Ces nouvelles technologies intéressent un public réduit. Jacques Bruhière parle de « geeks », Pierre Métivier de « bobos » et Benoit Guennec de « technophiles ». Mais aussi des personnes avec des besoins spécifiques de pilotage pour des maisons secondaires. Une niche peut toutefois apparaître d’après Pierre Métivier, du think tank de l’Institut Européen des Stratégies Créatives et Caroline Mimounix, directrice marketing à Intervox, la « smart home » pour personnes âgées. Les raisons ? La réponse à un besoin réel de la société mais aussi les financements, en partie publics, encouragent le développement de ce secteur.

Les défis à relever de la maison du futur

Une autre particularité de ce marché, comme le souligne Caroline Gerber consultante en urbanisme, sont les contraintes techniques, de travaux et les règles de propriété. Elles rendent complexes l’installation d’objets connectés dans une maison déjà existante. Pour Jacques Bruhière de Schneider Electric, «  la maison du futur sera neuve car le coût d’installation est encore plus élevé dans les logements existants ». C’est pourquoi son entreprise a choisi de se concentrer sur des offres d’objets connectés qui ne sont possibles que pour le neuf.

« Pour développer le marché, il faudrait simplifier les objets et trouver un meilleur relai médiatique afin de toucher le grand public. Pour l’instant, les médias s’y interessent peu », explique Benoit Guennec. « Il faudrait que les objets connectés aient un vrai intérêt comme le sont désormais certaines applications mobiles que l’on utilise quotidiennement pour que marché se développe », ajoute Pierre Métivier.

Chloé Le Baron

Avis de la rédaction

Le prix devrait également être plus attractif. Les entreprises Schneider ou encore Eedomus l’ont bien compris. Elles souhaitent baisser leurs prix pour rendre encore plus accessible la maison connectée et élargir le public visé.

Il faudra aussi répondre aux inquiétudes du public en informant mieux et en développant des solutions techniques notamment pour la protection des données. Ces craintes concernent surtout les ondes, les pannes électriques ou de connexion internet, ou encore la protection de la vie privée et les problématiques de cybersécurité.

Le développement du marché de la maison connectée a encore de nombreux défis à relever. Comment la collecte et l’analyse des données vont permettre de relever ces défis et amener à la maison connectée du futur ? La maison connectée doit assister, sécuriser, et économiser. Mais les lacunes concernant la sécurisation des données inquiètent. Les entreprises devront y répondre pour séduire un plus large public.