D’ici 2020, près de 80 millions de logements en Europe seront équipés de domotique « intelligente ». Au-delà des promesses du marketing, cette technologie permet d’éviter les gaspillages, mais pose elle-même un problème écologique.

Le contact du téléphone déverrouille la serrure, la porte s’ouvre et vous rentrez chez vous. Dès le seuil franchi, les lumières de la pièce s’allument et le chauffage se met en route. En vous installant dans votre canapé, vous sortez votre smartphone pour fermer à distance les volets et allumer la télévision.

Ce futur connecté est déjà bien présent dans la science-fiction et la publicité. Mais au-delà de la brochure, c’est aussi sur la facture d’électricité que cette technologie promet du changement. L’habitat représente en effet 36% de la consommation française d’électricité en 2016. A l’échelle du logement, c’est le chauffage qui représente la première dépense énergétique, à hauteur de 62% (voir infographie), ce qui le place loin devant l’éclairage, l’eau chaude, ou les autres appareils électro-ménagers. D’où l’intérêt pour des entreprises spécialisées de proposer à leurs clients des thermostats « connectés ». Leur promesse ? Rendre le consommateur capable de « piloter » sa maison en temps réel et de réduire de 20 à 50% sa facture d’électricité. Le tout grâce au traitement des données produites par les habitants du logement.

Source: EDF

Thermostat et Big data

Mais comment ça marche ? Concrètement, les appareils de la maison, connectés à des capteurs, sont reliés à des serveurs distants qui effectuent le gros des calculs (ce que l’on appelle le « cloud computing »). En compilant une foule de paramètres, comme le prix de l’électricité, les conditions météo ou la présence de panneaux solaires sur le toit de la maison, la « box » propose des solutions en temps réel censées permettre de payer le moins possible pour son électricité. C’est le traitement de ces données, rendu possible par le progrès de l’intelligence artificielle, qui permet de suivre, voire d’anticiper le coût de l’énergie.

Depuis le début des années 2000, la quantité de données produites et la capacité à les traiter a explosé. Un phénomène qui vaut aussi pour les données de consommation d’énergie. Un rapport de la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) dévoile notamment que « le déploiement des compteurs évolués Linky devrait conduire Enedis à collecter, dans les cinq années qui viennent, 5 000 fois plus de données qu’aujourd’hui. »

Une « smart home » pas si maligne pour la planète

Un avenir plus vert et moins cher, c’est en tout cas la promesse des industriels. Pourtant, il leur reste encore à résoudre la question de l’énergie consommée par le traitement de ces données. Hébergées dans d’immenses data center, des « fermes » de serveurs, les informations sont exploitées par des algorithmes extrêmement puissants, mais aussi extrêmement gourmand en énergie. Et les milliards d’opérations par seconde réalisées par ces algorithmes génèrent une chaleur qu’il faut bien dissiper. A l’heure actuelle, près de 40% de l’énergie consommée par les data center provient de ce refroidissement. A titre de comparaison, les économies permises par les appareils de domotique paraissent marginaux.

En charge d’un éco-quartier pour Bouygues Immobilier, Olivier Sellès nous rassure néanmoins sur le cas des éco-quartiers. Selon lui,  » les données stockées ne consomment pas. C’est le fait de les interroger qui consomme  » et pour un écoquartier entier, ceci ne représente que « 1,2kWh par jour ». Pour Olivier Sellès, ferme critique du langage marketing, « pour faire des économies, la priorité c’est l’isolation des logements. La domotique et la maison connectée ne permettraient d’économiser que 5 euros par an et par mètre carré. » A l’inverse, il va jusqu’à affirmer qu’en construisant plus intelligemment, et en isolant mieux les logements on pourrait diviser par six la consommation énergétique de l’habitat.

Pour le spécialiste, c’est tout un système économique qu’il faut repenser, en connectant non pas les maisons, ou les quartiers, mais les personnes. « Dans un monde aux ressources limitées, il faut réhabiliter une économie de l’échange plutôt qu’une économie de possession. » Une fonctionnalité qui n’apparaît pas encore au cahier des charges du Google Home.

Smart home : comprendre le compteur intelligent

Sources de l'infographie : 
CRE, article : " Pleins gaz sur les réseaux intelligents "
Interview de Jacques Bruhière, Ingénieur Schneider Electric