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Les entreprises d’objets connectés se lancent dans l’assistance aux seniors. /Kat Northern Lights man, Flickr

La maison connectée du troisième âge, un remède au Papy-boom ?

Les entreprises de domotique sont nombreuses à se lancer dans l’assistance aux personnes âgées. Elles misent sur le décollage de ce marché pour  faire face à l’explosion démographique des seniors.

En 2060, le nombre de personnes âgées sera de 23,6 millions en France, soit une augmentation de 80%. 200 000 seront centenaires d’après l’Insee. Les maisons de retraite sont déjà pleines. Une manne pour les entreprises de domotique qui ont bien compris l’enjeu du maintien à domicile. D’après l’agence Domea Conseil spécialisée dans l’assistance par la domotique, 90% des personnes âgées souhaitent rester chez elles. Pierre Métivier, membre du think-tank l’Institut européen des stratégies créatives, se montre confiant sur le développement du marché de la smart home à l’usage du troisième âge. « Cela correspond à un vrai besoin », explique-t-il.

Depuis quelques années, les entreprises de domotique fleurissent et favorisent le maintien à domicile. Nombre d’entre-elles comme Intervox ou Unaide se sont spécialisées dans ce domaine. L’idée ? Permettre à la personne âgée de rester le plus longtemps possible chez elle grâce aux objets connectés. Capteurs, sols détecteurs de chute, bracelet GPS… Les sociétés rivalisent de créativité afin d’accompagner au mieux la personne dépendante.

 L’Etat mise aussi sur le maintien à domicile, faute de place dans les maisons de retraite. Ainsi, la maison connectée destinée aux personnes âgées bénéficie de financements publics. « La solution de téléassistance et les objets destinés au maintien à domicile sont financés en partie par des aides publiques car ils entrent dans la catégorie service à la personne », détaille Caroline Minounix, responsable marketing d’Intervox. D’ici à 2025, 1,5 million de personnes âgées seront bénéficiaires de l’Allocation personnalisée d’autonomie, selon l’agence Domea Conseil.

Une maison de retraite économique ?

Caroline Mimounix regrette néanmoins la croissance lente du secteur : « Cela tend à se développer mais ce n’est pas proportionnel à la démographie. » A l’instar de Philippe Metzenhin, président de G-Activ, spécialisée dans l’accompagnement de l’autonomie des seniors par les technologies : « De nombreuses personnes âgées ne vont déjà plus dans des établissements d’hébergement pour personne âgée dépendante (Ehpad) parce qu’il y a peu de places. » Or, leurs logements ne sont pas adaptés.

Les maisons de retraite coûtent cher et sont peu nombreuses. En 2015, la France comptait 593 005 places en Ehpad  pour 1,2 million de personnes âgées dépendantes au sens de l’Allocation personnalisée d’autonomie. Caroline Mimounix en est persuadée : « Même s’il faut adapter les logements, cela coûte moins cher que les frais d‘hôpitaux et les maisons de retraite. » La prise en charge des personnes âgées dépendantes par les pouvoirs publics s’élevait à 23,7 milliards d’euros en 2014, d’après Drees. Pierre Métivier considère lui aussi que le développement de ce marché pourrait « faire économiser des dépenses à la sécurité sociale ».

Pour l’instant « les pays du nord comme la Norvège sont les plus avancés dans le marché des objets connectés destinés aux personnes âgées mais la France commence à faire sa place », affirme Didier Marsollier, membre de la Fédération française de domotique. Un projet européen « Activage sur le numérique au service du bien vieillir » a vu le jour en janvier 2017. Il est subventionné à hauteur de 2,6 millions d’euros par l’Union européenne et de vingt millions d’euros par une cinquantaine d’acteurs publics et privés (Entreprise technosens, Département de l’Isère, Inter mutuel Assistance). L’enjeu ? Evaluer la pertinence des solution numériques favorisant l’autonomie des seniors. Autant de financements annonciateurs d’un boom du secteur. Peut-être plus rapide que prévu.

Marie Briand-Locu avec Clémence O’Reilly

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Un maison de retraite robotisée

La smart home favorise le maintien à domicile des personnes âgées. Elle permet d’anticiper leurs besoins quotidiens et d’alerter les proches ou des secours en cas de problème.

 « Prévenir, alerter et préserver le lien social », telles sont les fonctions de la smart home destinée aux personnes âgées, selon Caroline Mimounix, responsable marketing d’Intervox. Cette filiale de Legrand (infrastructures électriques) est spécialisée dans les objets connectés destinés au maintien à domicile.

Les entreprises d’objets connectés sont nombreuses à investir le marché de l’assistance aux personnes âgées. « La smart home observe la personne âgée dans son environnement. Elle peut déceler une anomalie », explique Philippe Metzenhin, président de G-Activ, spécialisée dans l’accompagnement de l’autonomie des seniors par les technologies.

Mais les objets connectés permettent-ils une réelle autonomie ? « Pas vraiment », selon Philippe Metzenhin. C’est ce que font pourtant miroiter les entreprises de domotique. « En matière de perte d’autonomie, les technologies viennent en complément de l’accompagnement humain. Il ne faut pas s’imaginer qu’elles vont remplacer les auxiliaires de vie », tempère-t-il.  En réalité, la maison connectée permet surtout « de coordonner les différents intervenants. En règle générale, ces derniers ne communiquent pas. Elle relie différents services afin d’apporter une aide plus efficace ».

L’intelligence artificielle au service du social

Clara, l’intelligence artificielle commercialisée par Unaide./Unaide

Pour Mathieu Fiels, créateur d’Unaide, une société assurant la prise en charge de la personne âgée 24h/24, la smart home est intelligente. Il qualifie son service « de maison de retraite connectée ». L’ intelligence artificielle de la société a même un nom, Clara. « La personne dépendante peut discuter avec elle et la mettre en relation avec l’extérieur », précise M. Fiels. Les personnes âgées dépendantes sortent peu de chez elles et sont souvent isolées. « Les objets connectés maintiennent voire développent le lien social », analyse Philippe Metzenhin.

La plupart des systèmes comme les bracelet GPS ou les capteurs, émettent des alertes vers des plate-formes extérieures ou les proches. « C’est rassurant pour ces derniers d’être en lien avec leurs aïeux », commente Caroline Mimounix. L’intelligence artificielle anticipe les besoins en analysant les habitudes comportementales. « Les informations sont traitées par des algorithmes. En cas d’alerte, elles sont envoyées à destination d’un plateau de téléassistance qui va émettre un appel pour vérifier si tout va bien et éventuellement appeler les secours. »

(vidéo en anglais)

Ce lien permanent peut améliorer le service des différentes aides. Clara enregistre toutes les données de santé de la personne, mais pas seulement. Si cette dernière se lève la nuit et dort mal, l’auxiliaire de vie en sera informé lors de sa visite grâce à l’intelligence artificielle. Les personnes âgées « ont tendance à cacher leurs problèmes », selon Mathieu Fiels. Ces systèmes peuvent rappeler les heures de prise de médicaments en cas de perte de mémoire.

Une maison de retraite mobile

Des escaliers roulants, des télécommandes qui permettent d’allumer les lumières, des toilettes à hauteur réglables… La domotique s’installe dans toutes les pièces de la maison afin « d’aider la personne qui éprouve des difficultés à répéter certains gestes », explique Philippe Metzenhin. Ces objets du quotidien améliorent la mobilité de la personne dans son logement.

A l’aide de la domotique, les seniors peuvent modifier la hauteur des toilettes.

Les capteurs visent à lutter contre les chutes. « Il existe déjà des colliers pour la prévention mais ils ne détectent que les chutes lourdes. Or, 80% sont des petites chutes qui ne sont pas détectées par les équipements classiques », alerte Mathieu FielsLa société G-Activ a quant à elle développé un sol sensible, le « smart floor », afin de prévenir le risque. « Il permet de savoir quand les chutes se produisent. Ce sol détecte la présence de matière organique et en mesure la surface. Si le problème se produit la nuit sur le chemin lit-toilette, l’auxiliaire de vie pourra faire en sorte de mieux aménager le trajet. »

Ces minuscules objets connectés préviennent également de la dénutrition« C’est le deuxième risque important chez les personnes du troisième âge. Les capteurs sur l’ouverture des frigos informent si la personne âgée mange suffisamment », précise Philippe Metzenhin. Les systèmes permettent aussi d’éviter la fugue. Si la personne dépendante disparaît longtemps de son domicile, ils émettront rapidement des alertes.

La maison de retraite à domicile sera donc pleine d’objets connectés. Mais le senior doit accepter leur présence dans son environnement quotidien. « L’aspect psychologique est primordial. Si vos installations lui rappellent son âge avancé, elle n’en voudra pas », prévient Didier Marsollier, membre de la Fédération française de domotique. Là est le paradoxe. La maison de retraite à domicile devra sembler la moins connectée possible.

                                                                                                Marie Briand-Locu

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Trois questions à Alexandre Duclos, docteur en sociologie, responsable projet pour l’association MADoPA.

« Ces objets connectés profitent surtout à l’aidant »

Quel est l’état actuel du marché ?

La domotique pour les seniors se développe peu. Cette offre technologique aurait dû être un eldorado, pourtant c’est une bulle financière. Elle cherche encore sa demande. Les appels à projets nationaux ou européens maintiennent le marché.  C’est la même situation partout en Europe hormis en Hollande et en Suède, où le niveau d’acceptation des technologies par les seniors est bien supérieur.

A qui profite ces smart home seniors ?

Justement, il faut se poser cette question. Est-ce qu’il s’agit de soulager les familles ou  de développer le confort de la personne âgée ? Sur le terrain, notre association a constaté que les seniors n’étaient pas équipés par les aidants qui venaient le plus souvent, mais par les proches qui ne pouvaient pas se déplacer. Par ailleurs, ces systèmes profitent surtout à l’aidant. Pourquoi une personne âgée paierait sachant que ce n’est pas elle qui en bénéficie ? Ils arrivent à s’en servir, donc la fracture technologique n’est pas un argument valable. Ce marché a tendance à les infantiliser, or ce ne sont pas des enfants.

Cela coûtera-t-il réellement moins cher ?

C’est un argument bateau. Le maintien à domicile va de pair avec du travail humain qui est coûteux. La prise en charge en Ehpad va de 3 600 à 6 000 euros par an. Le maintien à domicile ne remplace pas le soin or ce dernier est onéreux. Si il n’y a personne pour relever les données de ces objets connectés, ils ne servent à rien. Ces installations nécessitent un accompagnement humain. Les objets connectés ne peuvent pas être personnalisés parce que ce serait trop cher. Les prix d’un robot sont colossaux.

Propos recueillis par Marie Briand-Locu

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