Le communisme, champion du capitalisme !

Le capitalisme chinois étonne. Bien qu’étatique, il supplante économiquement les modèles actuels américain et européen. Et si le communisme était le meilleur des capitalismes ?

« Quand on regarde le modèle capitaliste chinois, qui est très efficace, on se demanderait presque pourquoi on ne suivrait pas tous cet exemple. » Patrick Artus, économiste et membre du comité exécutif de Natixis, vante avec humour les avantages du capitalisme d’Etat de l’empire du milieu.

Le pays-continent est contrôlé par une organisation politique disciplinée, le Parti communiste, qui planifie l’ensemble de l’économie nationale. « Les directives d’Etat, qui font loi, fixent les marchés intérieurs à privilégier, protègent les entreprises nationales de la concurrence étrangère et laisse ainsi les grands groupes chinois se renforcer avant de s’exporter à l’étranger. » Cette planification de l’économie permet à la Chine de maintenir un taux de croissance du PIB à 6,7 %.

Taux de croissance du PIB pour la chine, Les États-Unis et la France

« La moitié des appareils de production appartient à l’État, » détaille Louis Gallois, président du Conseil de surveillance de PSA. Le cadre réglementaire rigide en Chine impose, certes, une planification contraignante mais sans nuire, paradoxalement, à l’innovation. Selon les chiffres de la Banque Mondiale, près d’un million de brevets ont été déposés en 2015 en Chine contre un peu plus de 14 000 en France, soit, en proportion de la population, 3,5 fois plus côté chinois.

Capitalisme égalitaire ?

Quant aux nouveaux secteurs porteurs de l’économie, la planification permet une implication maximale des acteurs économiques nationaux. Patrick Artus pointe du doigt la rapidité avec laquelle la Chine a développé le secteur des énergies renouvelables. Ainsi, en 2016, la Chine a produit 40 % des nouvelles capacités d’énergie verte. Aux États-Unis, l’hégémonie des actionnaires, aux intérêts court-termistes, ne permet pas de faire levier sur le développement de ce secteur. La rentabilité immédiate n’est pas suffisante.

Plus surprenant encore, l’autoritarisme étatique n’est pas synonyme d’inégalités sociales. Louis Gallois a constaté que la croissance nationale chinoise a bénéficié aux citoyens du pays. « Depuis 1977, la première fois où je me suis rendu en Chine, j’ai vu l’apparition rapide des classes moyennes. 50 % des chinois ont vu leur niveau de vie augmenter. »

Proportion de la population pauvre en Chine – 2 USD par jour

A regarder les indicateurs économiques, la question de suivre l’exemple chinois se pose légitimement. Taux de croissance supérieur à 6 %, efficacité de la planification, émergence de groupes nationaux partant à la conquête du monde… Comme le rappelle Patrick Artus, les vraies raisons de ne pas marcher dans les pas de la Chine sont politiques. L’autoritarisme chinois induit des dérives : salariés sous pression, liberté d’entreprendre corsetée, confiscation du pouvoir décisionnel par un parti unique… Aussi, Patrick Artus et Louis Gallois préfère rêver d’un capitalisme européen aussi efficace que le modèle chinois et plus social que le capitalisme à l’américaine.

Benjamin Campech

La recette chinoise… en trois points

  • Contrôle des capitaux : Les investisseurs chinois ne peuvent plus investir à l’étranger, sauf dans les secteurs jugés stratégiques (aéronautique ou nouvelles technologies par exemple). Il s’agit de contenir la fuite des capitaux.
  • Protectionnisme : L’État protège son marché intérieur pour éviter que les entreprises nationales subissent la concurrence internationale. « La Chine estime être un pays suffisamment gros pour produire sur son territoires tous les biens nécessaires. Le pays se moque ainsi des critiques sur son protectionnisme, il se suffit à lui même. L’avenir dira si le pari est gagnant ! » – Patrick Artus
  • Taux d’intérêt bas : Du fait des connivences entre les entreprises et l’État, les entreprises chinoises empruntent aux banques à un taux zéro quand elles ont besoin de fonds.