Le Royaume-Uni, lieu béni des investisseurs étrangers. Jusqu’à quand ?

CUL38. LONDRES, 04/07/2012.- Fotografía cedida por Sellar de una vista general de la orilla sur del río Támesis a su paso por Londres, en la que despunta el pináculo del "Shard", el edificio más alto de Europa, con 87 pisos y 310 metros de altura, que se inaugurará mañana. EFE/ Sellar/SOLO USO EDITORIAL.

En 35 ans, les IDE (investissements directs à l’étranger) ont quadruplé dans le monde. En ce domaine, le Royaume-Uni a toujours été très attractif. Depuis les années 1980, il a volontairement cédé une grande partie de ses joyaux nationaux. L’arrivée des investisseurs de tous horizons a d’ailleurs permis de relancer des pans entiers de l’économie, notamment industrielle. Retour sur une politique qui a porté ses fruits, mais désormais menacée par le Brexit…

Quand on demande à Louisa Toubal à quelle place se positionne la France en termes d’attractivité des IDE, la chef de projet La Fabrique de l’industrie avance que « selon certains indicateurs, elle se situe à la 3e place, derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne ». La comparaison entre le Royaume-Uni, leader incontestable en matière de flux étrangers, et la France, en recherche de renouveau dans le secteur, constituait l’un des enjeux de la table ronde intitulée « Pourquoi et comment attirer les entreprises étrangères ? ». L’essentiel des débats a tout de même porté sur les indéniables succès britanniques en ce domaine.

Un héritage des années Thatcher

Pour mieux comprendre l’importance de ces IDE, il faut ainsi remonter aux années Thatcher (1979 – 1990). Le virage libéral prôné par la Dame de Fer avait entraîné un grand nombre de grèves. Afin de les enrayer, le gouvernement autorisait les entreprises étrangères à racheter à 100 % les industries nationales.

Selon Louisa Toubal, « l’arrivée des IDE a permis de maintenir en vie une partie de l’économie britannique, et de réindustrialiser certaines régions en déclin ». A écouter Philippe Tibi, professeur de finance et de stratégie à l’Ecole polytechnique, « Thatcher n’est pas arrivée au pouvoir par hasard. Elle a déverrouillé le pays qui s’était transformé en club. Elle a ouvert les métiers de la finance, lesquels étaient tous cloisonnés. Toutes ces institutions ont ensuite commencé à travailler ensemble ».

Le scénario englobe aussi les banques : « Soudain il n’y a plus eu de banques britanniques. Le Royaume-Uni a accepté d’ouvrir les portes aux Américains ainsi qu’aux banques chinoises, contrairement à la France. La City s’est ouverte et est devenu une place internationale ». Les gouvernements successifs vont très vite capitaliser dessus, notamment suite au krach de 2008. Ils ont très vite compris les apports économiques de telles cessions. « Les entreprises à capitaux étrangers sont deux fois plus productives que celles nationales. Elles favorisent également plus de Recherche et Développement. Et les pratiques de management sont deux fois plus efficaces ».

Le cas du secteur automobile

C’est particulièrement le cas pour le secteur de l’automobile. Depuis 2009, ce dernier a connu un rebond exceptionnel. Paradoxalement, sous Thatcher son état était déplorable. Le désengagement de l’État a fait perdre depuis 1980 16 points de PIB au Royaume-Uni, jadis berceau de la révolution industrielle. Ce n’est qu’après 2008 que le pays connu un retour de ses investisseurs. L’exemple le plus flagrant concerne Tata. La firme indienne est venu dans les Midland de l’Ouest afin de racheter Land Rover, alors en grande difficulté. Si d’autres opérations de la sorte avaient déjà vu le jour (Mini rachetée par BMW en 1994) l’arrivée de Tata a fait monter en gamme l’outil productif et la région elle-même. Si bien que le taux de réindustrialisation est passé de 2 à 6 %.

Et avec le Brexit ?

Depuis le choc du Brexit, certains intervenants, comme Philippe Tili, commencent à se faire moins optimistes quant à la capacité du pays, non pas à attirer, mais déjà à garder ses bienfaiteurs. « Aujourd’hui, quand vous êtes une banque, vous avez le droit d’agir dans n’importe quelle pays comme chez vous. Avec le Brexit, le passeport européen peut être révoqué ». En d’autres termes, si vous êtes un financier britannique, vous n’aurez pas le droit de démarcher des clients en Europe continentale, à moins de vous en aller. Dès lors, ce sont près de 10 à 15 % des effectifs qui pourraient quitter Londres. « L’objectif pour les autres pays, c’est d’attirer ces gens là, et attirer les capitaux afin de financer leurs économies ».

Un point que beaucoup partagent, sans pour autant l’avancer avec certitude. Jean-Charles Foddis, directeur exécutif d’Aderly, pointe l’incapacité à si court-terme d’estimer l’impact d’un tel phénomène : « Le Brexit a 15 mois, on est au cœur des négociations. Bien malin celui qui peut dire comment la sortie du Royaume-Uni de l’UE va se faire. On peut juste faire des constats pour le moment. Aujourd’hui, on ne voit pas de sociétés industrielles du Royaume-Uni réellement s’affoler. Les seules inquiétudes portent sur des filiales d’entreprises asiatiques installées dans le pays ».

Romain Métairie.

Comment rendre la France plus attractive ?

  • Sylvie Montout : « Mieux se positionner en terme de compétitivité est une réforme que la France doit mener. Il faut un régime stable et prévisible pour les entreprises ».
  • Jean-Luc Di Paola-Galloni : « Savoir recruter et maintenir les vrais talents. Aujourd’hui, si on veut maintenir la concurrence et les emplois, il faut maintenir ces talents ».
  • Jean-Charles Foddis : « Ne pas sous-estimer nos forces. Aux différents échelons d’interventions territoriales, on doit bien gérer les actions afin de ne pas se marcher sur les pieds ».
  • Louisa Toubal : « Il faut créer, mettre en réseau, coordonner les acteurs ensemble au sein d’une approche bottum-up. »
  • Philippe Tibi : « Il faut une régénération de l’outil industriel en France, et développer le capital-risque ».