Pour deux tiers des Français, l’économie est trop réglementée

Chaque année, à l'occasion des Jéco, la Banque de France révèle une enquête Kantar sur "Les Français et l'économie"

 Ce sont 66 % des Français qui se déclarent assez ou très favorables à l’allègement des normes réglementaires encadrant l’activité économique. Ils veulent également plus d’Europe, et jugent prioritaires la lutte contre le chômage et le réchauffement climatique.

Marc-Olivier Strauss-Kahn (notre photo), directeur général et conseiller spécial du gouverneur de la Banque de France, revient sur les résultats de l’enquête Kantar Public « Les Français et l’économie », présentée chaque année en ouverture des Journées de l’économie.

Moins de règles, moins de normes. Une majorité de Français serait-elle en train de se convertir au libéralisme économique ? La tendance, en tout cas, est nette : deux tiers des sondés se prononcent en faveur de l’allègement des normes réglementaires, comme le droit du travail. Le chiffre grimpe même à 70% chez les moins de 35 ans.

Les Français sont d’ailleurs 47% à considérer que des charges fiscales et sociales trop élevées seraient la première cause d’un taux de chômage plus élevé en France qu’ailleurs en Europe. « La France a en effet un des taux de chômage les plus élevés de la zone euro. Il y a beaucoup de raisons à cela, dont, notamment, un code du travail trop rigide. Des mesures sont prises pour y remédier comme la loi El Khomri ou les ordonnances de 2017, mais elles prennent du temps à avoir des effets. Les Français savent que les réformes ont besoin de temps pour avoir un impact et souhaitent qu’elles soient poussées plus en avant », estime Marc-Olivier Strauss-Kahn.

Un intérêt pour l’économie en baisse

Autre enseignement de cette enquête 2018 : la légère baisse de l’intérêt des Français pour l’économie, à 53% des sondés, soit trois points de moins qu’en 2018. « L’intérêt retombe un peu parce que 2017 était une année électorale, avec beaucoup de débats autour des questions économiques. Je retiens aussi que seulement 16% des Français ne s’intéressent pas du tout à l’économie », souligne Marc-Olivier Strauss-Kahn.

Chez les moins de 35 ans, 30% déclarent ne pas s’intéresser du tout à l’économie, mais le chiffre est en recul de 14 points sur un an. « Chez les jeunes, l’économie apparaît comme rébarbative et compliquée. La Banque de France considère que c’est dans sa mission de contribuer à l’éducation économique, ajoute Marc-Olivier Strauss-Kahn. Un portail, www.mesquestionsdargent.fr, a été mis en place pour répondre aux questions des Français et l’année prochaine nous ouvrirons une Cité de l’économie, un musée ludique et interactif dans le 17e arrondissement de Paris. »

Une confiance en l’Europe réaffirmée

Alors que les négociations sur le Brexit patinent et que le budget italien a été rejeté par la Commission européenne, les Français sont 74 % à être favorables à une coordination des politiques économiques et budgétaires au niveau européen plutôt que de laisser chaque pays décider seul de sa politique. « On n’observe pas un repli sur soi mais un appel à l’Europe des Français », commente Marc-Olivier Strauss-Kahn. Ils sont également 76% à souhaiter d’avantage d’investissements dans les infrastructures au niveau européen. Une demande que le plan Juncker pourrait satisfaire. Lancé en 2015, et prolongé jusqu’à 2020, il prévoit d’investir 500 milliards d’euros dans des projets industriels et dans l’innovation.

Les Français sous-estiment l’inflation

Modérée de 2012 à 2017, l’inflation a fait son retour et l’indice des prix à la consommation sur un an s’est établi à 2.2% en septembre 2018, hausse confirmée au mois d’octobre. Trois Français sur cinq sous-estiment le niveau de l’inflation selon l’enquête Kantar Public. Par ailleurs, 35% d’entre eux souhaitent être mieux informés sur la question, c’est, pour eux, le premier sujet de préoccupation avec l’emploi. « En général les Français ont plutôt tendance à surestimer l’inflation, parce qu’ils voient facilement les prix des biens qu’ils achètent régulièrement augmenter. Ils n’ont pas totalement tort parce que l’inflation sous-jacente, qui ne prend pas en compte les prix variant de manière volatile, est à un peu plus de 1% seulement », relève Marc-Olivier Strauss-Kahn.

Les inégalités, le chômage, la pauvreté et le réchauffement climatique vus comme des enjeux économiques majeurs

Au 3e trimestre, le chômage a augmenté de 0.5%, soit 16 300 demandeurs d’emploi sans aucune activité supplémentaire.

Et même si la tendance annuelle est à la baisse, à – 1.2 %, 64 % des Français (et 75% des moins de 35 ans) perçoivent les inégalités, le chômage et la pauvreté comme le défi économique mondial prioritaire. « D’un côté, la pauvreté mondiale et les inégalités entre les pays se réduisent. En revanche, ce que les Français voient, c’est que le chômage tend à persister. Ils perçoivent aussi davantage les inégalités à l’intérieur des pays »,  analyse Marc-Olivier Strauss-Kahn.

Le réchauffement climatique se place en deuxième position des Français, considéré comme un enjeu économique majeur par 58% des sondés. « Le réchauffement climatique ne vient qu’en deuxième position, parce que c’est une question de long-terme. C’est important, parce que c’est un phénomène qui concerne aussi l’économie. Par exemple, cela va jouer sur les assurances en cas de catastrophe naturelle. Je trouve cela positif que les Français s’intéressent à cette question », note Marc-Olivier Strauss-Kahn.
Etienne Meyer-Vacherand