Le péage urbain peine à convaincre les villes

Prix des carburants, projets de péage urbain : le coût de la mobilité au coeur de l'actualité

À Londres, le système de péage urbain existe déjà depuis 2003. Photo : Alain Rouiller / Flickr (Creative Commons : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/)

Présenté comme un moyen de réduire la pollution et de financer de nouvelles formes de mobilité, le péage urbain ne semble pas séduire les villes, Lyon en tête. Pourtant, le gouvernement souhaite faciliter son développement.

« Nous avons exposé une divergence de vues. » À l’issue de la conférence « Voiture autonome et mobilités urbaines » des Journées économiques de Lyon ce mardi 6 novembre, Fouziya Bouzerda, vice-présidente de la métropole en charge de l’économie et de l’insertion, le reconnaît avec des mots bien choisis. Son intervention à propos du péage urbain, ce dispositif qui fait payer aux véhicules l’accès aux centres-villes pour y limiter la circulation et donc la pollution, était à rebours de celle d’un autre invité, Jean Coldefy.

Pendant la discussion, cet expert indépendant sur la mobilité avait plaidé pour le péage urbain, déjà mis en place notamment à Londres, Milan et dans plusieurs villes de Norvège : « Outre diminuer la circulation de 20 à 30%, c’est le seul moyen de financer les services de mobilité d’avenir nécessaires pour fluidifier les flux et réduire nos émissions de gaz à effet de serre ». Ces services, Jean Coldefy les énumère une fois la conférence terminée : « Je ne pense pas aux véhicules autonomes, mais davantage aux parkings relais en amont du réseau de transport en commun, ou encore aux lignes de car express. »

Signaux positifs du gouvernement

L’ancien adjoint du service mobilité urbaine de la métropole lyonnaise n’est pas un soutien isolé du péage urbain. La dernière version de l’avant-projet de loi d’orientation des mobilités (LOM), transmise au Conseil d’Etat en octobre dernier, témoigne de la volonté du gouvernement français de favoriser l’instauration de ce dispositif par les villes. Selon Le Monde, qui s’appuie sur le document dévoilé par le média Contexte, le texte prévoit même un tarif maximum de 2,50€ par voiture dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants et de 5€ dans celles de plus de 500 000 habitants. Jean Coldefy estime quant à lui qu’un tarif de passage de 1€ rapporterait 200M€ par an à la métropole de Lyon.

Mais le concept soulève le problème de la discrimination par l’argent. « Pour quelqu’un qui vient travailler à Lyon tous les jours, 1€ ça compte, souligne Fouziya Bouzerda, sachant que nous sommes déjà confrontés à un problème d’acceptabilité de payer dans les transports en commun. »

Réponse de Jean Coldefy : « Les personnes les plus défavorisées pourraient bénéficier d’une exonération. Pour les autres, je pense qu’avoir un service de transport plus efficace contre une quarantaine d’euros par mois est un bon deal. »

« Il sera trop tard pour la planète »

Reste que comme Lyon, Paris et Marseille n’ont pas pris position en faveur du péage urbain selon Le Monde. « Nous travaillons davantage sur des mesures d’accompagnement comme la mise en place d’une signalétique visant à favoriser les contournements de la ville, ou d’une zone à faibles émissions [cette zone sera interdite aux véhicules les plus polluants qui n’appartiennent pas à des particuliers, NDLR] qui entrera en application en 2020 », fait valoir l’élue lyonnaise. Avec un objectif : éviter le trafic « inutile », celui des véhicules ne faisant que traverser la ville.

« Cela ne représente que 10% du trafic total », se désespère Jean Coldefy. Pour lui, le péage urbain demeure le seul espoir : « Sinon, nous mettrons 30 ans à financer de nouvelles solutions de mobilité et il sera trop tard pour la planète. »

Jonathan Grelier