Le smartphone, notre nouveau porte-monnaie (PAPIER + AUDIO)

En valeur, 72% des transactions se font déjà en France via la CB, les chèques et les prélèvements

Le paiement mobile se développe peu à peu même s'il ne représente qu'une très faible part des transactions de proximité (©Etienne Meyer-Vacherand)

Si les Français continuent à utiliser leurs pièces et billets de banque pour régler la majorité de leurs transactions, le poids des espèces ne cesse de se réduire, au profit notamment des modes de paiement électronique via le smartphone. 

« Avec quoi paiera-t-on ? »: la question, posée lors d’un micro-trottoir, résonne dans l’amphithéâtre du centre culturel Saint-Marc où se tenait la conférence intitulée « L’Odyssée des €spèces ». Et la question est de plus en plus légitime : si les espèces représentent encore une majorité des transactions en magasin dans l’Hexagone (68%), leur poids a diminué de 10% depuis 2012.

Ce sont bien sûr les moyens scripturaux (chèques, cartes bleues, prélèvements) qui se substituent aux espèces. « Ils représentent 72% des transactions, en valeur, c’est-à-dire 27 575 milliards d’euros chaque année soit dix fois le PIB français », explique Emmanuelle Assouan, directrice adjointe des systèmes de paiement à la Banque de France. Ces modes de paiement vont continuer à se développer, mais la façon de les utiliser va évoluer.

Une nouvelle façon de régler et gérer ses dépenses

« Le téléphone mobile est le nouveau centre de gravité des usages, précise Emmanuelle Assouan, il va complètement structurer notre façon de payer. » L’une des causes de cette évolution : le développement de nombreux services tels qu’Apple Pay ou encore Samsung Pay. Grâce à l’utilisation de technologies comme le sans-contact, ils permettent de régler ses transactions à la caisse via son smartphone.

Avec le téléphone mobile naissent aussi de nouvelles façons d’accéder aux comptes selon Emmanuelle Assouan : « De plus en plus, on donne à un agrégateur l’accès à notre compte bancaire. » Ces offres permettent par exemple d’avoir une vision consolidée de ses différents comptes bancaires et de les gérer à partir de son smartphone.

« Payer avec le téléphone ? Mais il n’y a plus de cabine téléphonique ! »

« Cette évolution des pratiques doit s’accompagner d’une éducation à la monnaie », juge Lionel Rochet membre de l’association Finances & Pédagogie. Sans cela, les personnes âgées notamment pourraient se montrer trop réfractaires à la disparition progressive des espèces au profit du paiement par mobile. « C’est notamment le cas en Suède où ils sont 14% à toujours régler leurs transactions en liquide : ils considèrent que la monnaie électronique ne doit pas remplacer la monnaie fiduciaire », ajoute-t-il. Le pays est pourtant assez favorable à la disparition des espèces.

Un comportement que l’on pourrait retrouver en France comme le résume un dessin exhibé durant la conférence. On y voit une personne âgée s’exclamer : « Quoi ? Payer avec le téléphone ? Mais !!! Y’a plus de cabine téléphonique !!! » Reste à savoir qui doit être en charge de cette éducation. L’Etat ? Les banques ? Les familles ? Les enseignants de l’Education nationale ? La question reste en suspens…

Le paiement mobile: une pratique encore limitée en France

Malgré le développement des Apple Pay, Samsung Pay et autres Google Pay, le paiement mobile reste encore limité en France : il ne représente que 0,003% des paiements de proximité (en magasin) selon les chiffres d’Emmanuelle Assouan.  Mais les touristes chinois pourraient bien contribuer au développement de cette pratique dans l’Hexagone. Reportage dans une pharmacie du centre de Lyon.