Le véhicule autonome personnel, une catastrophe pour la mobilité urbaine ?

les enjeux des véhicules autonomes au coeur des thématiques des Jéco 2018

La voiture autonome développée par Google. (Flickr/smoothgroover22)

Promesse de liberté et de reconquête du temps perdu sur la route, le véhicule autonome semble devoir inéluctablement entrer dans nos vies dans un futur plus ou moins proche (2025-2050). Constructeurs automobiles et GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) se livrent à une course à l’innovation pour conquérir le marché du transport de demain. Mais la généralisation du véhicule autonome à usage personnel est-elle bien raisonnable du point de vue de la mobilité urbaine ?

« Le véhicule autonome individuel sera une catastrophe. Les agglomérations seront forcées de réagir. » Jean Coldefy, chargé de mission mobilités numériques pour le groupe Transdev et ancien directeur adjoint à la mobilité de la métropole de Lyon est formel. Selon lui, le déploiement massif de la voiture autonome personnelle, au lieu de régler le problème de saturation des villes, congestionnera davantage les axes routiers menant aux agglomérations, là où se concentre l’emploi.

Il cite la loi de Zahavi (économiste de la Banque mondiale) : « Avec l’accélération des transports, ce n’est pas le temps passé pour la mobilité qui diminue mais la distance parcourue qui augmente. » Ainsi, même si une parfaite coordination des véhicules autonomes pourrait potentiellement fluidifier le trafic et augmenter la vitesse de déplacement, les conducteurs feraient fi de ce gain de temps pour s’installer toujours plus loin des centres-villes, dont les loyers augmentent.

« La voiture autonome permettra de vivre plus loin de son lieu de travail et de rendre l’habitat rural plus agréable », note David Weill, vice-président de Faurecia Interiors, société spécialisée dans la conception d’intérieur de voiture. Dormir, se relaxer, jouer…les activités permises dans le véhicule du futur sont aussi diverses que variées et offrent une nouvelle perception des temps de trajet. L’étalement urbain causant l’augmentation du volume du trafic aux abords des grandes agglomérations, Benjamin Nieuwland, consultant pour le bureau d’études Espaces-Mobilités, explique que certains rapports envisagent une multiplication par cinq de la capacité des axes routiers existant pour contenir ces flux.

Une vocation à devenir les transports en commun de demain ?

Pour Jean Coldefy, deux scénarii sont possibles pour les véhicules autonomes. L’un massivement privé, où le temps de transport devenant utile, les distances et les bouchons augmenteront. L’autre massivement public produisant des gains importants d’espace public mais prenant les contours d’une collectivisation forcée.

Dans la métropole de Lyon comme dans plusieurs autres villes en France, des navettes autonomes, produites par la société Navya ont été mises en circulation depuis 2016. Dans un premier temps, l’objectif de cette navette est d’apporter une réponse à la question du « dernier kilomètre », qui sépare le mode de transport lourd (métro, tramway, train) du point de départ ou d’arrivée de l’usager. Mais déjà, les opérateurs de transports publics envisagent d’aller plus loin. « Le salaire du chauffeur revient à 65% du coût d’exploitation d’un trajet en bus » rappelle Jean Coldefy.

Mais qu’il soit individuel ou collectif, « le véhicule autonome n’est qu’un outil qui ne représente pas une solution aux problèmes de mobilité. », rappelle Benjamin Nieuwland. Leur utilisation nécessitera des investissements pour aménager la ville en conséquence et faire, par exemple, communiquer les feux tricolores ou les passages piétons avec les voitures. Un dispositif plus aisé à mettre en pratique, dans un premier temps, sur un trajet défini comme celui d’une ligne de bus autonome régulière.

Encore à ses balbutiements, le véhicule autonome devra faire l’objet d’une politique particulière, qui devra notamment répondre aux questions de responsabilité qui restent encore à trancher. « Les véhicules autonomes ne sont pas pour demain. On a donc le temps d’en faire un projet de société, n’allant pas forcément dans le sens des intérêts des constructeurs et des GAFA. », conclut Sylvie Landriève, présidente du Forum Vies mobiles.