L’ultra-domination d’une poignée de firmes mondiales

Dans la jungle - terrible jungle - des firmes, la loi du plus fort s'impose

Depuis près de 20 ans, une poignée d’entreprises atteint des niveaux très élevés de profits, de productivité ou de rémunérations salariales. Un phénomène qui n’est pas nouveau, mais qui a désormais des conséquences sur l’économie internationale.

Mardi 7 novembre, l’assemblée de l’hôtel de région de Lyon faisait salle comble pour la conférence « Les inégalités entre firmes ». Visiblement, le sujet intéresse autant qu’il n’inquiète. Car depuis quelques décennies, un peloton de grandes firmes se développe de plus en plus rapidement, au point de distancer le reste du secteur et de faire des vagues jusqu’à un niveau jusqu’alors inédit. « On a toujours des entreprises qui réussissent mieux que d’autres, c’est normal, précise François Lévêque, professeur d’économie à l’école des Mines – Paris Tech. La nouveauté, c’est que l’écart se creuse au point d’avoir des conséquences même macroéconomiques. »

On pense aux Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), mais le spécialiste de l’économie cite aussi Ikea, Lego, Essilor… Autant d’entreprises qui font partie du top 1%, voire 0,1% à l’échelle mondiale. Cette élite ne fait pas que grandir : elle augmente sa part de marché. Dans la plupart des secteurs marchands, on assiste à une croissance de la concentration aux mains d’un petit nombre. Ce phénomène, qui s’est d’abord observé aux États-Unis, est désormais étudié et documenté.

Plusieurs pistes d’explication

Difficile de définir précisément la cause du creusement de l’écart entre le « peloton » et le reste. Giuseppe Nicoletti, responsable du département Économie à l’OCDE, souligne qu’au cours des deux dernières décennies, la somme de productivité nationale aux États-Unis est en décélération. Les entreprises à la tête de la compétition ont pu se maintenir à un rythme soutenu tandis que le reste du secteur ralentissait.

Il présente également une autre piste, celle de la numérisation. Dans les secteurs hautement digitalisés, qui s’appuient sur les nouvelles technologies, l’écart se creuse plus rapidement.  Simple corrélation ou conséquence directe ? Difficile de trancher.

Autre piste : y aurait-il une meilleure gestion de leurs ressources par les entreprises les plus profitables ? Là encore, les résultats ne sont pas toujours concluants : ces entreprises proposent un meilleur salaire à leurs employés que la moyenne. Les facteurs qui permettent à une poignée de se hisser au sommet sont nombreux : passage en Bourse, optimisation fiscale, innovation, effets de réseau, une part de chance aussi peut-être… En attendant de tirer une conclusion, économistes et entrepreneurs surveillent de près ces firmes, craignant la formation de conglomérats tout-puissants capables  d’imposer leur loi sans contestation au marché. Voire aux états.