Consommer et produire local, un levier de développement pour une agriculture durable ?

L'agriculture française doit se réinventer, devenir plus verte sans pour autant perdre en rentabilité. Crédits : Over Doz

Cible de nombreuses critiques, l’agriculture française cherche à se renouveler. Objectif, une agriculture plus durable et plus rémunératrice. Parmi les pistes explorées à la table ronde « Agriculture durable et territoire » des JECO, ce jeudi : le local. 

Les Français consomment de plus en plus de produits agricoles locaux. Pour répondre à cette demande, les agriculteurs s’adaptent. « Nous avons relocalisé la transformation de nos matières premières », explique Séverine Darsonville, agricultrice en Auvergne. Elle a fondé une coopérative céréalière qui récolte les graines et les transforme en farine. « Avec cette valeur ajoutée nous vendons nos produits plus chers. La moitié de la farine est vendue à des boulangeries de la région ou à l’usine de pains Jacquet. Nos membres sont ainsi mieux rémunérés », précise-t-elle. 

Cependant le 100% local ne suffit pas à faire vivre les agriculteurs français pour Perrine Vandenbroucke, chercheuse à l’ISARA à Lyon. « Les agriculteurs français ne mettent pas tous leurs œufs dans le même panier. Les exploitations françaises sont rarement tournées uniquement vers l’export ou la vente locale comme en Amérique du Sud » nuance-t-elle.

Une agriculture française hybride

Les agriculteurs français exportent donc une partie de leur production. « L’hybridation de la production permet aux agriculteurs d’être moins dépendants vis-à-vis de leurs intermédiaires et d’atteindre un certain équilibre financier », ajoute Perrine Vandenbroucke. Mais l’évolution de la demande de produits locaux marque aussi une volonté de recréer du lien entre agriculteurs et population.

« Le 100% local ce n’est pas possible », assure François Thabuis. Il est producteur de reblochon en Haute-Savoie et ancien président des Jeunes Agriculteurs. En effet, tous les produits agricoles ne peuvent pas être vendus uniquement localement. Pour François Thabuis, « ce sont surtout les circuits courts qu’il faut privilégier. »

Les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP), La Ruche qui dit Oui, les magasins de producteurs, les coopératives, sont autant de moyens de réduire les intermédiaires. Intermédiaires qui, sur 1 euro de produit alimentaire, récupèrent 83 centimes. Le transformateur et l’agriculteur se partagent les 17 centimes restants.

Martin Pinguet