Pauvreté et chômage, les plus démunis témoignent

Cindy Davide et Julle Sop-Sop ont connu le chômage et la pauvreté. Aujourd'hui, après avoir remonté la pente, elles témoignaient aux JECO.

Le rapport sur la pauvreté en France publié ce jeudi par le Secours Catholique dresse un bilan alarmant. En 2018, l’association est venue en aide à 1,3 million de personnes dont le revenu mensuel est de 535 euros en moyenne, soit 15 euros de moins qu’en 2017. Des femmes ayant vécu le chômage et la pauvreté ont témoigné à la table ronde « Lutter contre la pauvreté : expériences de terrain ».

« Pendant six ans j’ai travaillé dans un environnement toxique sans réussir à obtenir un CDI, j’enchaînais les CDD en subissant les agressions verbales de mes collègues. » : à la Bourse du travail, Cindy Davide, jeune femme malvoyante et malentendante, est revenue sur son parcours professionnel traumatique. Cindy était invitée en tant que membre du réseau des Accorderies. En France, il existe 37 Accorderies, des structures où des bénévoles se retrouvent pour s’échanger des services, gratuitement. « La valeur c’est le temps qu’on s’échange, les bénévoles ont un site avec des chèques de temps ou des heures sont créditées ou débitées », explique Françoise Rahard coordonnatrice du réseau.

Il y a un an, Cindy Davide a poussé la porte de l’Accorderie de Grenoble. « Je n’avais plus confiance en moi, plus confiance dans les rencontres que je pouvais faire, je ne trouvais pas d’emploi », raconte la jeune femme. Grâce à l’accueil chaleureux de la structure et aux amis qu’elle s’y est fait, Cindy a remonté la pente, petit à petit. « J’ai écrit un roman que j’ai auto-édité et j’ai demandé un service à l’Accorderie pour trouver un illustrateur », explique-t-elle en montrant à la salle un petit marque-page où figurent les dessins en question. Cindy a pu recevoir de l’aide mais aussi reprendre confiance en elle et à son tour venir en aide à d’autres membres du réseau. « Je suis sortie de mon isolement et j’ai proposé des ateliers de danse », a témoigné Cindy avant de passer le micro à sa voisine, Julle Sop-Sop.

Le chômage de longue durée, facteur de pauvreté difficile à endiguer

« J’ai été au chômage pendant un an. J’ai quatre enfants et un jour ils m’ont dit :  Maman si plus tard on reste à la maison toute la journée comme toi, ce n’est pas la peine qu’on aille à l’école. » Ca m’a fait un choc, je veux être un modèle pour mes enfants. » Julle Sop-Sop habite Villeurbanne. Suite à un emploi particulièrement difficile physiquement, elle souffre d’un sévère mal de dos qui lui donne droit au statut de travailleur handicapé, difficile donc de retrouver du travail. Jusqu’au jour où elle a découvert Emergence, une entreprise à but d’emploi (EBE), créée dans le cadre du dispositif Territoires zéro chômeur de longue durée. « L’embauche ne dépendait pas des diplômes mais des compétences, la chance était donnée à tout le monde », explique Julle. Dans son nouveau travail, elle remplit plusieurs missions : « on fait de l’accompagnement de bus scolaires, on créé des activités en fonction du quartier, donc un peu de tout. » Aujourd’hui Julle Sop-Sop se déclare épanouie et a retrouvé confiance dans ses compétences.

Rachel Saadoddine