Le dossier franco-britannique sur la pêche provoque un couac aux Jéco !

En 2017, certains Britanniques étaient toujours opposés à la sortie de l'UE. Aujourd'hui, les tensions sont vives entre l'Union Européenne et le Royaume-Uni. Crédit : Conecta Abogados

La première conférence de cette deuxième journée des Jéco a failli tourner à la catastrophe. Mais c’était sans compter sur la « résilience » de Pascal Le Merrer et de Jean Pisani-Ferry.

L’ironie était bien palpable à la Bourse du Travail de Lyon ce matin : la conférence n’a pas pu se tenir, pour cause d’un trop fort ancrage dans l’actualité. Pascal Le Merrer, le directeur général des Jéco, s’en explique sur scène : « Jean Pisani-Ferry avait prévu une conférence d’une grande qualité sur le Brexit, où la question fatidique de la pêche aurait été évoquée. Malheureusement, c’est aujourd’hui que les négociations sur la pêche doivent se conclure », déplore-t-il. C’est ainsi que Garance Pineau, directrice de cabinet de Clément Beaune, et Olaf Henricson-Bell, « directeur de l’Europe » au sein du gouvernement britannique, ont tout simplement été interdits de s’exprimer en public par leurs ministres respectifs.

Et au vu de la situation tendue entre le Royaume-Uni et la France, on peut le comprendre. Alors que l’ultimatum fixé par Emmanuel Macron à Boris Johnson expirait ce jeudi soir, les Britanniques n’avaient toujours pas esquissé un pas en faveur des licences de pêches réclamées à Jersey. Le chef de l’Etat pourrait donc engager d’ici peu des sanctions contre le Royaume-Uni. « C’est allé assez haut dans les aigus, relate Jean Pisani-Ferry. Et je trouve cette escalade autour de la pêche représentative de la confiance détruite qu’a provoquée le Brexit ».

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La pêche, donc, ne pourra pas être évoquée aujourd’hui. Mais Daniela Schwarzer, directrice du département « Intégration Européenne » à l’Institut allemand pour les Affaires européennes et la sécurité, a pu participer à la conférence à distance. Elle aussi estime que le Brexit a occasionné une perte de confiance entre la France et le Royaume-Uni, mais surtout entre l’Europe et le Royaume-Uni : « La pêche, par exemple, c’est avant tout un conflit européen, souligne l’Allemande. Je trouve que l’Union Européenne est restée très unie face à cette épreuve du Brexit, ce que les Britanniques avaient sous-estimé ».

Passant en revue les différentes problématiques soulevées par le Brexit, à savoir principalement la frontière nord-irlandaise et l’immigration, les deux intervenants ont cependant tenu à réaffirmer leur volonté de voir le Royaume-Uni continuer à collaborer avec la France. A commencer par Jean Pisani-Ferry : « Nous sommes proches des Britanniques, que ce soit sur le climat, les conceptions de la liberté, de la société, ou encore sur les droits de données ou la géopolitique. Si nous détruisons ces liens, nous le payerons aussi économiquement. Sans oublier que le Royaume-Uni avait parfaitement le droit de sortir de l’Union Européenne. C’était une éventualité prévue par les traités. » D’autant que cette sortie de l’Union pourrait se révéler, à terme, bénéfique pour les 27, car « le Royaume-Uni était un facteur de blocage important » au niveau des décisions européennes.

Marine SALAVILLE