Comment les écoles de code bousculent la manière traditionnelle d’apprendre

A l'école 42, les élèves apprennent seuls à coder. ©Julie Ginesty

Ecole 42, Le Wagon, Ironhack… Depuis plusieurs années, des écoles alternatives permettent à des étudiants issus de tous horizons d’apprendre la programmation informatique. Avec elles, de nouvelles façons d’enseigner voient le jour.

Apprendre à coder sans passer derrière les bancs d’une école où un professeur livre son savoir académique, c’est possible. De nouveaux modèles pédagogiques, inspirés des « coding bootcamps » de la Silicon Valley, fleurissent chez nous depuis plusieurs années. Mais ces formations sont bien loin d’un « camp d’entraînement », si l’on s’arrête à la traduction littérale. L’autonomie est au centre de la pédagogie, intensive et pratique. Les nouvelles écoles de codes bousculent ainsi aujourd’hui les codes d’apprentissages traditionnels.

Romain et Boris Paillard testent ce type de formation en Californie. Convaincus par le modèle, ils exportent le concept en France en créant Le Wagon en 2013. C’est la même année que l’aventure IronHack débute outre-Atlantique. L’établissement connaît un succès immédiat. Rapidement, l’école s’exporte dans le monde, notamment en France. « Malgré une forte croissance du développement web, les entreprises ont encore du mal à dénicher de nouveaux talents. C’est de là que vient le succès pour les bootcamps », analyse François Fillette, directeur d’Ironhack en France.

Le créneau favorise aussi la création d’autres écoles atypiques. Parmi elles, l’école 42, créée en 2013 par Xavier Niel. Le fondateur de Free part du même constat qu’Ironhack ou Le Wagon : l’enseignement traditionnel ne répond pas toujours aux besoins des entreprises.

Des lieux atypiques

Ces établissements misent sur des espaces originaux et propices à la créativité. Au sein du campus parisien du Wagon, situé dans le 11e arrondissement, les étudiants travaillent dans un bâtiment spacieux, ouvert et végétalisé. Du côté d’Ironhack, les élèves sont accueillis dans les locaux de WeWork, un vaste espace de coworking moderne, situé dans le quartier huppé du 9e arrondissement de Paris.

Les locaux de WeWork, un espace de coworking situé dans le 9e arrondissement de Paris, accueille les élèves du campus français d’Ironhack. ©Julien Da Sois

À l’école 42, dans le 17e arrondissement, c’est un véritable musée d’arts urbains qui fait office de salle de travail. Les élèves côtoient les 150 œuvres de street art décorant les 4 000m² de locaux, ouverts 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.  A disposition de tous, un matériel de très haute qualité mais aussi des salles de sport, des consoles de jeux et des food trucks à prix imbattables.

Des programmes évolutifs

Le programme éducatif de ces centres de formation évolue en permanence. L’objectif : s’adapter aux mutations du marché et à la demande des entreprises. La formation de neuf semaines proposée par Le Wagon apprend aux étudiants à coder eux-mêmes leurs applications web. Ironhack propose un programme similaire orienté vers des langages de programmation différents. « Mais nous ne sommes pas concurrents », estiment François Fillette et Romain Paillard.

Au 42, les élèves construisent eux-mêmes leurs parcours d’une manière originale : « Être étudiant ici, c’est pénétrer dans l’univers d’un véritable jeu vidéo et en adopter le langage », s’amuse Olivier Crouzet, directeur pédagogique de l’établissement. Au travers de quêtes, les étudiants gagnent des points d’expérience quand un projet est validé. Pour terminer le cursus, il faut atteindre le niveau 21. Comme dans un véritable jeu, la difficulté des niveaux va crescendo. Prévu pour durer trois ans, le programme n’impose pas de rythme particulier. « Certains étudiants vont beaucoup en pause, jouent sur leur ordinateur ou regardent des vidéos en streaming », témoigne Morgane, étudiante à l’école 42. L’autonomie laissée aux élèves n’est pourtant pas synonyme d’oisiveté. S’ils ne s’impliquent pas suffisamment dans les projets ou les examens, les étudiants peuvent être éjectés du cursus à tout moment.

Les élèves de l’école 42 ont notamment à leur disposition des consoles de jeux pour leur temps libre. @Julie Ginesty

Ici, « on incite les élèves à chercher des informations par eux-mêmes, sur internet et auprès de leurs camarades. Douter de la qualité et de la pertinence des sites web et développer son propre esprit critique est primordial », explique M. Crouzet. Il n’y a ni professeur ni supports de cours à l’école 42. C’est la spécificité pédagogique de l’établissement. L’objectif : mettre l’intelligence collective au centre du système. « Les élèves développent une forte capacité d’adaptation. Cela permet d’apprendre tout seul et ne pas être dépassé lorsque les technologies qu’ils maîtrisent deviennent obsolètes. »

Aucune barrière à l’entrée

D’anciens étudiants, des personnes ayant décroché du système scolaire ou d’anciens patrons d’entreprises… Tous les profils sont représentés. Ici, c’est la motivation qui prime, pas le bagage technique. Seule barrière qui pourrait freiner les motivations : les frais d’inscription. Au Wagon comme chez Ironhack, il faut dépenser 6 500 € pour accéder à la formation.

Cet obstacle est inexistant à l’école 42 où la formation est gratuite. Le but est de « prendre les gens où qu’ils soient, donner sa chance à tous et les connecter au marché du travail », assure le directeur. Seule condition pour accéder à l’apprentissage : une immersion totale d’un mois où les postulants enchaînent une multitude d’exercices de code. Intensive et éprouvante, cette sélection est primordiale pour que les dirigeants de l’école évaluent les comportements des postulants face aux difficultés. « Ici, on apprend à être mis en échec et à ne pas se démotiver quand on reçoit une mauvaise note », témoigne Morgane.

L’accompagnement pour l’insertion professionnelle

Après la formation au sein d’Ironhack, les anciens sont suivis pendant trois mois, pour garantir l’insertion sur le marché de l’emploi. 9 étudiants sur 10 obtiennent un CDI à la fin de cette période. La méthode est différente au Wagon : l’école envoie chaque semaine une newsletter à 70 entreprises partenaires en mettant deux profils d’étudiants en avant.

Du côté de l’école 42, les étudiants n’ont parfois pas besoin d’obtenir leur diplôme pour avoir des opportunités d’emploi. Cela correspond à l’ambition de l’école, qui ne voit pas l’obtention du certificat comme un objectif en soi. Cette forte insertion sur le marché du travail s’explique par le fait que les développeurs informatiques sont très recherchés par les employeurs.

Top 3 des métiers les plus recherchés sur LinkedIn (étude de LinkedIn pour Le Monde Campus, septembre 2016)

Le Wagon, Ironhack ou l’école 42 sont des modèles de formation atypiques. Ils connaissent un succès croissant et fleurissent de plus en plus à l’international. Ces façons d’enseigner sont propices à apprendre le code. « Dans l’informatique, il est facile de tester, se tromper et recommencer sans qu’il n’y ait de réel impact », conclut Olivier Crouzet. Reste à savoir si l’intelligence artificielle permettra de rebattre les cartes et d’apprendre par l’expérimentation dans d’autres domaines que le code.

Julie Olivier

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