Le numérique à l’école, pas la priorité du gouvernement

Pour le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer, "l'école ne doit pas aller vers le tout-numérique". ©Sénat/S.Kerlidou

Aucune annonce n’a pour l’instant été faite par le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer au sujet de l’utilisation du numérique à l’école. Un silence qui tranche avec la politique éducative du précédent gouvernement axée sur le numérique.  

Début 2018, le ministère de l’Education nationale rendra public son programme d’action pour le numérique à l’école. Cette annonce marquera la fin d’une longue période de flou sur ce sujet. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en mai dernier, le nouveau ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer ne s’est jamais exprimé sur la question.

Un véritable problème selon Stéphanie de Vanssay, spécialiste du numérique au sein du syndicat d’enseignants SE-UNSA.

« C’est très compliqué pour les équipes ministérielles de la DNE (direction du numérique pour l’éducation) et les personnels en mairie, qui n’ont pour l’instant aucune consigne. Ils sont dans le flou total. »

Des bruits courent même que les budgets consacrés au numérique à l’école passeraient à la trappe. La publication dans quelques semaines d’un programme d’action national pour le numérique mettra fin aux rumeurs.

L’avenir du plan numérique en suspens

Les enseignants en sauront davantage sur le sort réservé au plan numérique pour l’éducation, mis en place en mai 2015 sous la présidence de François Hollande. L’équipement progressif de tablettes numériques – ou d’un ordinateur portable – pour tous les collégiens d’ici la rentrée 2018 constituait l’une des mesures phares de ce plan. Mais pour Jean-Michel Blanquer, il n’est pas question que la tablette remplace les cahiers. « Il est démontré que l’écriture à la main joue un rôle dans l’apprentissage. Aux Etats-Unis, plusieurs Etats reviennent à la relation plume-main-cahier », affirmait-il dans une interview à Paris Match en août dernier.

Vidéo de présentation du ministère de l’Education nationale, « Enseigner en primaire avec le numérique »

Dans un entretien au Parisien en novembre dernier, le ministre de l’Education nationale approfondissait son propos.

« L’école doit faire une place importante aux technologies avec discernement. […] Je ne pense pas que l’école doive aller vers le tout-numérique. »

Un avis partagé par Stéphanie de Vanssay, du syndicat SE-UNSA. « Il ne faut pas rejeter les méthodes d’apprentissage traditionnelles. Le numérique doit seulement être un nouvel outil dans notre palette », indique la syndicaliste.

Un précédent gouvernement adepte du numérique éducatif

Hormis le plan numérique, le précédent gouvernement avait mis en place de nombreuses autres mesures concernant le numérique dans l’enseignement. Par exemple, les cours de codage informatique pour les élèves de primaire et les collégiens ont été rendus obligatoires à partir de la rentrée 2016. « On n’a plus de cours d’informatique de base. Maintenant, on apprend à se servir de logiciels de programmation », explique Elsa, en 3e au collège Cantelande à Cestas (Gironde). Ces cours de codage consistent par exemple à apprendre à créer des petits programmes informatiques, à s’initier au cryptage des données ou encore à programmer le déplacement d’un robot. Mais pour Olivier Creuzot, responsable pédagogique à l’école 42, un établissement proposant des formations en informatique co-fondé par le patron de Free Xavier Niel :

« Il serait mieux d’intégrer le code comme élément transversal dans l’apprentissage des autres matières, sous forme de jeux par exemple, pour donner confiance aux élèves et leur apprendre à ne pas subir la machine. »

En novembre 2016, Pix, une nouvelle plate-forme d’évaluation et de certification des compétences numériques, a été lancée par le précédent ministère de l’Education nationale, dirigé à l’époque par Najat Vallaud-Belkacem. Une réponse à « l’absence de standard » pour faire valoir ses savoirs numériques sur un CV, soulignait le directeur de Pix Benjamin Marteau au Parisien lors du lancement de cette start-up d’Etat. Mise en ligne à la rentrée 2017, Pix doit remplacer à terme le Brevet informatique et internet (B2i) et la Certification informatique et internet (C2i), les deux diplômes qui existaient jusqu’à maintenant pour évaluer la maîtrise des outils informatiques. La plate-forme Pix est accessible gratuitement à tous les collégiens (à partir de la 4e), lycéens et étudiants, mais aussi aux professionnels.

Il faudra être patient et attendre encore quelques semaines avant de savoir si le ministère de l’Education nationale actuel sera aussi volontariste que le précédent au sujet du numérique éducatif. Pour l’instant, la seule mesure annoncée par Jean-Michel Blanquer indirectement en lien avec le numérique à l’école ne va pas dans ce sens. En effet, le ministre a annoncé le 10 décembre dernier l’interdiction des téléphones portables à l’école et au collège dès la rentrée 2018.

Julien Da Sois

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