La région Ile-de-France mise sur le numérique au lycée

Les lycéens de l'atelier présentent leurs travaux à la présidente de la région, sous les yeux du proviseur (en arrière plan) ©Ile-de-France

Huit lycées franciliens « pilotes », désignés par la région, testent depuis la rentrée le lycée « 100% numérique». Le lycée de Prony à Asnières (Hauts-de-Seine), seul établissement professionnel de la liste, met à profit ce nouveau matériel pour multiplier les projets originaux. 

Saïd El Bahij est un chef d’établissement comblé. Tout sourire, le proviseur du lycée professionnel de Prony à Asnières (Hauts-de-Seine) ouvre les salles et les ateliers. « Ici, c’est un nouvel espace destiné aux élèves des différentes spécialités, une sorte de laboratoire situé à côté des ateliers. Ils peuvent confectionner des objets avec une nouvelle imprimante 3D fournie par la région », explique le proviseur.

Avec sept autres lycées, l’établissement de 520 élèves a été choisi par la région Ile-de-France pour expérimenter le 100% numérique dans l’enseignement secondaire. Neuf autres lycées intégreront le dispositif au cours de l’année 2018. Objectif : équiper et raccorder les lycées franciliens au très haut débit d’ici trois ans. Plus d’ordinateurs, mais aussi un centre de documentation numérisé et un accès au wi-fi. « 1,8 million d’euros a été nécessaire pour renforcer l’équipement numérique. En tant que lycée professionnel, nous avons aussi besoin d’équipements spécifiques pour nos ateliers. Les professeurs en ébénisterie disposent par exemple d’une nouvelle machine connectée pour enseigner, détaille le proviseur. Ce nouveau matériel permet de réhabiliter certaines filières a priori peu attractives aux yeux des élèves. »

De nouvelles machines équipent depuis la rentrée des ateliers ©batirama.com

Favoriser le travail en groupes

Debout devant la porte de son bureau, M. Turpin, responsable des enseignements professionnels, approuve la transformation numérique de l’établissement. « Ce projet a créé une dynamique de travail chez les élèves, provoquée par la forte motivation des équipes pédagogiques, explique le responsable, enseignant depuis plus de quinze ans dans l’établissement. L’équipement numérique bouleverse nos façons d’enseigner la menuiserie, l’architecture ou l’ébénisterie. » Souvent accusé d’éloigner les personnes entre elles, le numérique permet au lycée Prony de favoriser le travail en groupes. Et les résultats sont au rendez-vous. « Avec une centaine d’élèves, nous avions organisé à la rentrée un projet de cabine de bureau, en association avec une entreprise. Aujourd’hui, des lycéens de plusieurs spécialités travaillent à la réalisation de cette cabine », complète le proviseur.

Valérie Pécresse, présidente de la région Ile de France, visite les ateliers du lycée de Prony lors de la rentrée 2017 ©Le Parisien

Une adaptation des professeurs au numérique

Face à cette vague numérique, les professeurs doivent adapter leur enseignement. « Il faut se remettre en question. On n’est pas né avec ce type de matériel, constate M. Bigay, professeur d’ébénisterie en bleu de travail. Aujourd’hui, je fais des plans assistés par ordinateur. Avant, je pouvais passer une nuit entière pour refaire un dessin à la main. Cette transformation ouvre de nouvelles perspectives pour l’enseignement », estime l’enseignant, qui travaille depuis 1989 dans l’établissement.

Le nez collé devant son ordinateur, Quentin Mazau réalise une maquette de voiture en 3D. Après avoir étudié deux ans au lycée, il s’apprête à intégrer un BTS d’étude et de réalisation d’agencement. Pour ce futur étudiant de 19 ans, les changements sont palpables. « Le lycée s’est modernisé. On dispose désormais de lunettes avec la réalité augmentée. On fait tester ce nouveau matériel lors des journées portes ouvertes, ça attire des nouveaux élèves. »

D’ici 2020, la Région assure pouvoir raccorder les 478 lycées publics d’Ile-de-France au très haut débit. Si la quasi-totalité des lycées parisiens (97%) sont déjà raccordés, le chantier reste énorme. Seul un lycée sur quatre est connecté en Seine-Saint-Denis, très peu le sont dans les Yvelines. En attendant le raccordement des autres lycées professionnels, M. El Bahij souhaite conseiller ses collègues proviseurs de la région. « Il faut que l’on puisse échanger entre nous, se conseiller. On n’avancera qu’en continuant à créer des partenariats. »

Octave Odola

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