Christine Vaufrey : « Le MOOC n’est pas un moyen de découverte pour les utilisateurs »

Pour Christine Vaufrey, "aujourd’hui, la plus grande salle de formation, c’est YouTube".

Cours ouverts publiés sur internet, les MOOC (Massive Open Online Courses) permettent de suivre un enseignement tout en restant chez soi. Christine Vaufrey, spécialiste de la pédagogie numérique, a co-fondé en 2012 Itypa, le premier MOOC francophone. Elle présente les évolutions qu’ont connu ces plates-formes numériques depuis leur création en 2008.

Comment les MOOC ont-ils émergé ?

Le 1er MOOC a été créé en 2008 par l’université d’Athabasca (Canada), qui a ouvert un cursus en ligne pour le grand public. C’était simplement un cours traditionnel filmé et partagé sur une plate-forme en ligne. Le support a eu son petit succès : plus de 2 000 personnes se sont inscrites au programme. Comme ça a attiré le public, l’université a renouvelé le concept les années suivantes et la plateforme a continué d’évoluer.

En 2012, une université américaine a repris le format en l’adaptant au grand public et aux écrans. Le succès a été énorme et 200 000 personnes se sont inscrites. C’était un fabuleux moyen pour les gens d’accéder à des contenus et des cours auxquels ils n’auraient pas accès autrement. Du côté des universités, cela permettait de trouver des profils intéressants au travers des résultats et d’accroître la réputation de l’université sur le marché mondial.

Pourquoi est-il intéressant de créer des MOOC ?

Les universités ont vite remarqué une chose : ceux qui s’inscrivent ne sont pas des étudiants mais des personnes déjà diplômées qui veulent accroître leur expérience professionnelle. Ce mouvement explique l’émergence de véritables entreprises de création de MOOC. On a un double mouvement, avec d’un côté le public qui veut améliorer ses compétences facilement grâce aux MOOC, et de l’autre les universités et les entreprises qui cherchent à créer un modèle économique autour de ces formats.

À l’heure actuelle, aucune plate-forme n’a gagné de l’argent grâce aux cours en ligne. Les entreprises qui les gèrent sont subventionnées par des fonds publics, des mécènes ou des investisseurs.

Comment les créateurs de MOOC s’adaptent-ils à la diversité des profils présents sur le net ?

Il existe différents types de MOOC. Certains, qui sont de simples copies de l’enseignement académique, sont conçus par des universités. On y transmet les compétences sans vérifier si elles sont assimilées ou non. C’est peu onéreux car on duplique simplement les cours enseignés en les filmant. En revanche, cela n’assure pas l’acquisition des connaissances.

D’autres modèles sont apparus plus récemment avec une volonté de rendre les cours plus accessibles à un grand nombre de personnes. On y raccourcit les vidéos et multiplie les médias pour relancer l’attention. Pour l’évaluation, l’idée est de créer des activités sur la plate-forme pour proposer aux utilisateurs de mobiliser le savoir acquis au travers du MOOC.

Dans l’ensemble, le processus est le même que pour un cours magistral. La seule chose qui change, c’est le cadre. Derrière un écran, nous sommes livrés à nous-mêmes. La majorité des gens qui s’inscrivent aux MOOC sont déjà intéressés par les sujets traités. Ils veulent se spécialiser ou en apprendre encore plus. Dans la pratique, on constate que le MOOC n’est pas un moyen de découverte pour les utilisateurs.

Les nouveaux médias sont-ils vraiment des concurents pour les MOOC ?

C’est évident. Aujourd’hui, la plus grande salle de formation, c’est YouTube. C’est une énorme base de données avec pleins de petits morceaux. Chacun fait lui-même son programme. Avec les nouvelles plates-formes, on retrouve quelque chose de très ancien qui est l’imitation. Les gens recherchent directement ce qu’ils veulent sur YouTube. Ils regardent des vidéos et tentent de reproduire ce qu’ils voient. Ce format permet à l’utilisateur d’être dans une posture où il apprend exactement ce qu’il veut. Il n’est pas cadré et s’arrête quand il veut. C’est ce qui explique le succès de YouTube mais c’est aussi sa limite.

Propos recueillis par Maxime Fettweis