Vers la Smart Alimentation ?

Quoi de neuf dans l'assiette de l'Homo Numéricus ?

DR VisualHunt

An 2217. Pour se nourrir, les citoyens de demain n’ont plus besoin de choisir leurs aliments, encore moins de se rendre au supermarché. Faire les courses ? Quelle idée saugrenue. Pourquoi s’embêter à se déplacer et à réfléchir quand des centaines d’applications interconnectées sélectionnent les aliments les plus sains et les transportent jusqu’à notre domicile chaque jour ? Ratio idéal de protéines, lipides, glucides, apport nutritionnel à la calorie près, tout est calculé et numérisé. Les plus anciens se remémorent le temps où les habitants eux-mêmes choisissaient leurs aliments et les cuisinaient. Lointaine époque, semblant totalement dépassée à ceux qui sont nés dans le numérique et ont été élevés au biberon connecté.

En 2017, c’est ainsi qu’on imagine le futur alimentaire : le développement d’outils numériques et interdépendants bouleversant totalement notre conception même de la nourriture. Cette révolution alimentaire 3.0 est pourtant loin d’avoir eu lieu, même si beaucoup l’implorent de leurs vœux. Le numérique est souhaité pour nous apprendre à manger mieux, plus local, nous faire sortir de la malbouffe et de la surconsommation. Si des idées émergent un peu partout, que ce soit pour la production, la diffusion ou la consommation de nos aliments, la réalité est bien plus terne.

Loin de la révolution proclamée autant que souhaitée, l’alimentation reste un domaine enlisé. C’est ainsi le marché qui compte le moins de parts de vente sur internet, les start-ups disparaissent aussi vites qu’elles apparaissent, victimes d’une demande trop vague et incertaine, et les applications réussissant à voir le jour sont plus de sympathiques gadgets que des outils révolutionnaires. En attendant le XXIIème siècle et son alimentation du futur, nos plats conservent un arrière-goût de normalité.

Jean-Loup Delmas

Marie-Eve Laporte : «La France est moins susceptible à la transition numérique dans l'alimentaire»

Marie-Eve Laporte est maître de Conférences à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, où elle enseigne le marketing. Ses thèmes de recherche de prédilection portent sur le comportement alimentaire du consommateur. Elle traite notamment du cas français, bien spécifique dans le domaine.

La transition numérique est-elle en train de modifier les modes de consommations alimentaire des français ?

Non, la transition numérique dans la nutrition se traduit principalement par la recherche d’information sur les aliments. Or, ce n’est pas le cas en France. En terme d’alimentation, on peut séparer grossièrement les pays en deux catégories. C’est la loi des deux S. Dans les pays anglo-saxons, ils correspondent à la Sécurité et à la Santé. On trouve alors une approche très individualiste de la nourriture, et chaque consommateur a la responsabilité de ce qu’il mange. Il y a donc une grande recherche d’informations pour chaque aliment mangé. Au contraire, dans les pays catholiques, et particulièrement en France, les deux S correspondent à la Saveur et la Sociabilité. Il y a une approche communautaire et de partage, plus que de santé. De fait, la France est moins susceptible à connaître une transition numérique. Le modèle national fait que les Français n’ont pas cette culture du renseignement, là où les britanniques ou les américains raisonnent en terme de nutriment-chimique pour chaque aliment.

Ce manque de recherche nuit-il à la santé des français ?

Justement non, c’est d’ailleurs ce que les chercheurs canadiens appellent le paradoxe français : alors que notre population est l’une qui possède le moins de connaissances nutritionnelles, les Français ont un meilleur comportement alimentaire que les Anglo-saxons, pourtant très renseignés. Le modèle alimentaire français assure culturellement des bases alimentaires saines, ce qui permet de se passer de connaissances nutritionnelles. Cela ralentit donc la transition numérique. Ce modèle d’alimentation est même rentré au patrimoine mondial de l’UNESCO, à la fois pour son importance culturelle dans notre pays, mais également pour ses bienfaits pour la santé.


Les Français n’utilisent donc jamais de numérique dans le domaine de l’alimentation?

Pour la recherche d’information, cela concerne seulement des populations bien précises. On note par exemple une recherche d’informations très importante sur les aliments chez les femmes enceintes, qui veulent protéger la santé de leur futur enfant. Même chez les hommes, c’est au moment de fonder une famille que le savoir nutritionnel s’accroît. Autre population importante, les retraités, qui non seulement ont plus de temps à consacrer à la recherche d’informations, mais également sont plus inquiets pour leur santé. Les Français utilisent plus le numérique pour la recherche de producteurs locaux, et pour faciliter la discussion entre producteurs et consommateurs. On voit aussi des mises en réseaux de plusieurs acheteurs grâce au numérique. Une fois de plus, c’est le côté social qui ressort de ces outils.

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

Produire

Et si la vraie modernité c’était le retour à la Terre… ?

 

Acheter

Supermarchés connectés & courses sur internet…

 

Manger

L’Internet des Objets, des applis qui nous veulent du bien…?

 

Jeter

Le numérique nous rend-il plus (ir)responsables?