[VIDÉO] Le Parlement européen propose de supprimer le changement d’heure

Doit-on avancer ou reculer sa montre d’une heure ? Les Européens se posent la question deux fois par an. Ils pourraient bientôt ne plus se la poser. Le Parlement de Bruxelles a adopté le 8 février 2018 une résolution proposant de mettre fin au changement d’heure car il perturbe notre rythme biologique sans permettre de réelles économies. Instaurée en France depuis 1976 et au niveau de l’Union européenne depuis 2001, cette mesure semble avoir fait son temps.

« Le système est devenu obsolète », affirme l’euro-députée française Karima Delli, porteuse de la résolution. Au lendemain du choc pétrolier de 1973, le président Valéry Giscard-d’Estaing instaure le changement d’heure. L’objectif est alors de faire correspondre au mieux les heures d’activités avec les heures d’ensoleillement pour limiter l’utilisation de l’éclairage artificiel.

Mais 40 ans plus tard, des systèmes d’éclairage plus performants comme les LED permettent une meilleure gestion de l’énergie. Et rendent les économies réalisées négligeables. Le passage à l’heure d’été entraîne une « forte surconsommation le matin entre 5h et 7h » puis une « sous-consommation le soir entre 19h et 23h », constate l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) en 2010.

À l’époque l’équilibre est favorable. Il permet aux Français d’économiser 440 GWh… un chiffre qui devrait chuter à 300 GWh note l’organisme dans ses prévisions pour 2030. Et passer en-dessous du niveau actuel qui correspond à une économie de 0,07 % de la consommation d’électricité totale. Les bénéfices du changement d’heure semblent donc bien faibles. Notre rythme biologique est, lui, bel et bien affecté.

Conséquences néfastes sur la santé

Eléonore Gabarain, présidente de l’ACHED (Association contre l’heure d’été double) énumère, alarmiste, les conséquences de la fatigue sur notre santé : troubles alimentaires et même augmentation du nombre d’infarctus et de suicides.

Des études confirment ce constat, comme celle des chercheurs finlandais de l’université de Turku concluant à un taux global d’accidents vasculaires 8 % plus élevé dans les deux jours suivant le passage à l’heure d’été. Les Européens avancent alors leur montre d’une heure. Ils perdent donc une heure de sommeil.

Théoriquement, il suffirait de la compenser en se couchant plus tôt mais ce n’est pas si simple. « L’hormone du sommeil, la mélatonine, est bloquée par le soleil. Il faut deux heures de pénombre pour que son niveau soit suffisant pour s’endormir », poursuit Eléonore Gabarain.

Plus d’accidents

« Chaque année, les jours suivant le changement d’heure enregistrent un pic d’accidentalité de +40% pour les piétons en fin de journée », peut-on lire sur le site de la Sécurité routière. Le passage à l’heure d’hiver, au moment où l’on recule notre montre d’une heure a une incidence directe sur l‘éclairement. « La nuit tombe alors plus tôt dans la journée, au moment de la sortie des classes ou des trajets de fin de journée professionnels », poursuit l’organisme de sécurité routière.

Selon les 384 euro-députés qui ont voté pour la fin du changement d’heure, il faut éviter ces périodes de transition tumultueuses accentuées par un « effet de jet lag », comme l’avance une étude américaine citée dans le rapport 2017 de la Commission européenne. Ils proposent de rester tout le temps à l’heure d’hiver, qui correspond au fuseau horaire GMT+1. Il revient à la Commission européenne de trancher. Ce qui n’arrivera probablement pas avant le 25 mars prochain, date de passage à l’heure d’été.

Allemagne. Merkel face aux critiques suite aux négociations de coalition avec le SPD

La chancelière allemande Angela Merkel souhaite rencontrer les membres CDU de son gouvernement. Objectif : planifier un quatrième mandat malgré les divisions internes au parti.

Angela Merkel a annoncé, dimanche [11 février], sur la ZDF, que la liste de ses ministres devrait « refléter toute la diversité de son parti. » La présidente de la CDU a déclaré qu’il y aurait une « nouvelle équipe » pour diriger les six postes ministériels dont le parti garde la charge. Elle affirme « ne pas penser seulement aux plus de 60 ans, mais aussi aux plus jeunes. » La chancelière a ajouté que les noms des ministres potentiels seraient connus d’ici au congrès de son parti fin février. De nombreux jeunes politiciens de la CDU exigent un rajeunissement radical du gouvernement. Ils ont aussi mis en lumière la question de la succession de la chancelière dans les prochaines années.

La succession de Merkel en question

Le ministre président du Schleswig-Holstein, Daniel Günther est allé encore plus loin en disant que la CDU devait assurer ses perspectives de gouverner au-delà du mandat de Merkel. Les jeunes conservateurs (Junge Union) ont conditionné leur approbation du contrat de coalition à un renouvellement du personnel de la CDU. Angela Merkel n’a pas répondu aux questions concernant sa succession. Elle a cependant précisé vouloir être chancelière durant toute la durée du prochain mandat, comme elle l’avait promis avant les élections fédérales.

« Le prix du pouvoir » – Certaines voix s’élèvent à la CDU pour critiquer l’accord noué avec le SPD par Angela Merkel  / ©Der Spiegel

La chancelière n’a également pas changé d’opinion concernant le fait d’exercer à la fois les fonctions de chancelière et de présidente de la CDU. Si le vote du SPD contre la formation d’une « grande coalition » échouait, et que le président fédéral Frank-Walter Steinmeier proposait à un candidat la fonction de chancelier sans coalition préalable, elle pourrait ainsi y concourir.

La relation entre Merkel, la numéro deux du parti Julia Klöckner et le membre du bureau Jens Spahn devrait être déterminante pour l’ambiance au sein de la jeune génération de la CDU. Suite aux négociations de coalition, Klöckner est pressentie pour devenir ministre de l’agriculture. L’avenir de Spahn, critique vis à vis de Merkel au sein de la CDU, est incertain. Il a regretté mercredi dernier la perte du ministère des Finances, où il était secrétaire d’Etat jusqu’alors.

Un compromis « douloureux » mais « acceptable »

La chancelière a dit comprendre la déception au sein de son parti à ce sujet. Mais selon elle, la CDU a encore un grand rôle à jouer, malgré les faibles résultats obtenus aux élections. Elle considère le compromis à propos du ministère des Finances comme « douloureux » mais « acceptable »  en vue de la formation du gouvernement. En outre, la CDU récupérerait le ministère de l’Economie, « une prise attendue depuis de nombreuses années »  selon la chef de file de la CDU.

Nico Fried

Publié le 11 février

SOURCE

Die Süddeutsche Zeitung : est un des trois plus grands quotidiens nationaux allemands. Créé à Munich en 1945, sa ligne éditoriale est de centre gauche. Il traite de l’information régionale dans ses pages « Bavière ».

 

Eddy de Pretto, le kid des Victoires

Pas encore d’album, mais déjà une nomination dans la catégorie « Révélation scène de l’année » aux Victoires de la musique. Eddy de Pretto n’a finalement pas remporté le prix, gagné par Gaël Faye, mais il est incontestablement une étoile montante de la scène musicale française.

Bercé par des influences allant de Nougaro à Kanye West, le natif de Créteil emprunte aussi à Stromaë et Jacques Brel, dans l’articulation et la façon de cracher les mots. Un mélange surprenant issu de son enfance. À la maison, sa mère écoute de la chanson française. Au « quartier », ses amis écoutent Rohff et Booba.  Entre les deux, cet artiste inclassable a fait du « non-genre » sa marque de fabrique, qu’il aime brandir contre ceux qui voudraient le ranger dans une case.

Iconoclaste, le jeune artiste l’a toujours été. Ancien élève de l’Institut Supérieur des Arts de la Scène, il y a étudié le chant, la danse, le théâtre… En passant du hip-hop à la danse classique, de la comedia dell’arte au théâtre contemporain.

La musique, c’est aussi pour Eddy de Pretto un moyen de « questionner et déranger les gens », comme il le confiait au Monde, et de raconter son histoire personnelle. Ouvertement homosexuel même s’il affirmait aux Inrocks ne pas vouloir dire qu’il est « le premier pédé qui lie le rap et la chanson française », il questionne par exemple la notion de masculinité. Dans le clip de Kid (2017), il chante, le corps huilé dans une salle de sport : « Tu seras viril, mon kid // Je ne veux voir aucune once féminine (…) Mais moi mais moi, je joue avec les filles // Mais moi mais moi, je ne prône pas mon chibre. »

Si les textes sonnent forts et la voix importante, la mise en scène demeure, elle, très minimaliste. Dans ses clips, il est le seul protagoniste, les décors sont épurés. Sur scène, il est seul avec un batteur et son iPhone. Un choix bien réfléchi. À Franceinfo, il glissait : « Je voulais que ça soit simpliste, pour qu’on puisse comprendre le mot, que ça serve le propos. » 

Léa Boutin-Rivière

Micro-trottoir : Quel est votre plus gros bobard ?

Tout le monde a des petits secrets, et des plus gros… Ce mois-ci, on vous a demandé quel est le plus gros mensonge de votre vie.

ALEXANDRE, 27 ans
«Dire à mon proprio que j’allais le payer à la fin du mois.»

MUSTAPHA, 35 ans
«Me faire passer pour un prince saoudien pour échapper aux policiers.»

MARINE, 18 ans
« Faire croire à une vendeuse que je n’étais pas française parce que je n’avais pas compris ce qu’elle me disait.»

JULIANNE, 29 ans
«Jouer la fille courageuse alors que je suis fragile de ouf.»

HÉLOÏSE, 21 ans
«Petite, je jetais les tartines de ma mère à la poubelle sans le lui dire. Elle l’a su quand mon chien Noisette a fouillé dans les sacs…»

ANNA, 23 ans, Lettonie
«Me dire que je réussirais à travailler pendant mon semestre Erasmus.»

MAXIME, 23 ans
«Dire à mes potes que les choses allaient bien se passer quand il leur arrivait des merdes.»

FRANCK, 30 ans
«Appeler le proviseur en me faisant passer pour mon père pour justifier mes absences.»

LAURA, 28 ans
« Pour me faire rembourser des billets de train, j’ai dit aux agents SNCF que mon oncle était mort.»

YOANN, 32 ans
« Faire croire à mes potes que j’avais une seule couille.»

Allemagne. Martin Schulz poussé vers la sortie par le SPD qui se déchire

Martin Schulz a renoncé à prendre la tête du ministère des affaires étrangères, mais cela ne suffit pas à éteindre l’incendie au SPD. Le parti se déchire sur la « grande coalition » souhaitée par Angela Merkel.

Le conflit au sein du SPD, concernant l’entrée du parti dans une nouvelle coalition avec la CDU et la CSU, a atteint un point culminant ce week-end. Martin Schulz, négociateur du parti social démocrate, à qui était promis le poste de ministre des affaires étrangères, a brusquement quitté la scène politique. Une « bouffée d’oxygène » pour certaines voix au SPD. « Embarrassant » pour d’autres.

Difficile d’expliquer ce qu’il s’est passé au SPD au cours des derniers jours. Les sociaux-démocrates ont soudainement envoyé leur « Martin bien-aimé » dans le désert. On pourrait voir dans le renoncement forcé de Schulz une vengeance de Sigmar Gabriel, l’actuel ministre des affaires étrangères et ancien président du parti social démocrate. Mais, cette explication ne suffit pas.

La débâcle aux élections législatives et la conclusion des négociations de coalition ont accru la pression au sein du SPD, comme dans une cocotte-minute. Il est de plus en plus difficile pour de nombreux membres du parti de persévérer dans leur engagement politique, en l’absence d’une ligne logique et continue. Vendredi [9 février], les sociaux-démocrates croyaient pouvoir éviter l’explosion en ouvrant la soupape.

« La direction du parti a tiré le frein d’urgence. Andrea Nahles a fait comprendre à Martin Schulz que ça ne pouvait plus continuer », a déclaré Sabine Wölfle, députée SPD du Bade-Wurtemberg. Loin de Berlin et des contraintes du Bundestag, elle cultive une certaine liberté de parole. Pourtant, elle est mieux informée sur les coulisses du parti que la plupart de ses membres.

Erreur fatale

Wölfle éclaircit : « Récemment acclamé, Schulz doit partir ; non seulement parce qu’il n’a pas tenu sa parole envers Sigmar Gabriel, mais aussi parce qu’il incarne à lui seul le problème de crédibilité des sociaux-démocrates. » Martin Schulz a commis une erreur fatale en annonçant qu’il n’entrerait jamais dans un « cabinet Merkel.» (en allemand). Pas seulement aux yeux des militants de la Ruhr, qui ont exercé la pression décisive sur Nahles en faveur de l’expulsion de Schulz, mais aussi pour beaucoup de membres du parti, dans tout le pays.

Selon Rita Schwarzelühr-Sutter, élue  du Haut-Rhin, « Martin Schulz a placé ses intérêts personnels avant ceux du pays et du parti. » Elle espère « que le débat autour des personnes au sein du SPD est terminé. » Son collègue à Berlin, John Fechner, a déclaré que de nombreux sociaux-démocrates ont souffert de « maux de ventre », en apprenant la volonté de Schulz de briguer le poste de ministre des affaires étrangères.

Curieusement, pendant des semaines, les ambitions ministérielles de l’ancien président du Parlement européen ont été ouvertement mises sur la table. Quelques heures avant la démission forcée de Martin Schulz, deux politologues de Fribourg, Ulrich Eith et Michael Wehner, ont estimé que l’accord de coalition entre la CDU / CSU et le SPD était une « grande opportunité » pour le tandem Merkel / Schulz. En particulier du point de vue de la politique européenne. Et maintenant, le parti devrait se sentir libéré d’un poids ?

Contrairement à la France où un grand parti majoritaire domine les autres, en Allemagne, la formation d’une coalition entre partis est presque toujours nécessaire pour réunir une majorité permettant d’élire le chancelier.

Le parti arrivé en tête des élections mène les négociations du contrat de coalition autour duquel deux ou trois partis s’accordent sur la répartition des ministères, ainsi que sur les lois et réformes à mettre en oeuvre au cours du mandat.

« Beaucoup de frustration dans le parti »

Luisa Boos, la secrétaire générale du SPD au Bade-Wurtemberg, s’efforce d’endiguer la crise  : « Le SPD a obtenu beaucoup de choses dans l’accord de coalition, et pourtant il y a beaucoup de frustration dans le parti. Mais il est faux de croire que l’aile gauche est contre l’aile droite dans les négociations de la coalition, ou les jeunes contre les anciens. Le pour et le contre traversent tout le parti. »

Martin Schulz a payé le prix fort pour avoir incarné les problèmes du SPD. Pour autant, le calme ne reviendra pas dans l’immédiat au sein du parti. Le différend à propos de l’adhésion à la « grande coalition » continue de gangréner le parti et pourrait perdurer au delà du vote au mois de mars.

Le scepticisme règne parmi les militants de Bade-Wurtemberg, en particulier dans les villes de Lorräch et Fribourg-en-Brisgau. Vendredi dernier, les Jeunes Socialistes (Jusos) de Fribourg-en-Brisgau ont envoyé aux autres membres du SPD des cartes postales rédigées à la main, pour dénoncer un possible accord de grande coalition. Ils demandaient également des fonds pour leur action. « Nous sommes un parti plein de vie », commente le chef de section Julien Bender, laissant entendre sa sympathie pour cette campagne. Bender souhaite voter contre la « grande coalition »  et pense qu’il n’y aura pas de majorité en faveur d’une alliance avec la CDU.

Pour lui, le scénario idéal serait un gouvernement minoritaire. Il a fait part de sa déception suite au désistement de Martin Schulz aux affaires étrangères. Bender aurait trouvé cohérent que le candidat, tête de liste du SPD et encouragé lors du congrès fédéral du parti, devienne ministre. Selon lui, il est certain que des pressions ont été exercées par l’entourage de Sigmar Gabriel, le ministre des affaires étrangères encore en activité. Aussi, le chef de section trouve injuste que les critiques de la grande coalition se soient répercutées sur Martin Schulz.

Sa collègue du SPD au conseil municipal fribourgeois, Julia Söhne, se montre également effarée devant la volte-face de Schulz  :  « La reconstruction du parti dépend exclusivement de l’issue du vote des militants sur la grande coalition et non pas d’une quelconque lutte de pouvoir de certains à sa tête. Cette triste scène est complètement hors-sujet et se déroule à un moment très mal choisi. »

Toni Nachbar, Klaus Riexinger

Publié le 11 février

 

SOURCE

Die Badische Zeitung : est un quotidien d’orientation chrétienne, fondé en 1946. Il se définit comme indépendant et non partisan. C’est le journal qui compte le plus d’abonnés dans la région de Bade. Il paraît avec 21 suppléments locaux dans le sud-ouest de l’Allemagne.

[DIAPORAMA PHOTO] Le Nouvel An chinois au cœur de Paris

Un quartier chinois ? 

Le « China Town » parisien occupe une partie du 13e arrondissement. Déjà, en 1930, un millier de travailleurs asiatiques, principalement employés dans les usines automobiles Panhard-Levassor et Delahaye, sinstallent entre la place et la porte dItalie. Après leur fermeture, larchitecte Le Corbusier obtient laccord du Conseil de Paris pour construire un quartier futuriste de béton et de tours.16 400 logements et 150 000 mètres carrés de surfaces commercialesbureaux, écoles et petits jardins voient le jour entre 1967 et 1975. Mais les habitants dont les maisons ont été rasées désertent ce quartier ultra-moderne. Ce sont finalement les réfugiés de la guerre du Vietnam, venus également du Cambodge et du Laos, qui le peuplent. Plutôt que de quartier chinois, il est donc plus approprié de parler de quartier indochinois !    

Héloïse Linossier

[QUIZ] Fake news : Testez votre crédulité avec NEON

Emmanuel Macron a lancé la lutte contre les fake news en France. Entre les vraies infos et les fausses intox, il y a de quoi s’y perdre. Ça tombe bien, NEON a tout prévu. Cinq fake news se sont cachées parmi ces dix infos publiées sur internet. Saurez-vous les retrouver dans notre quiz ?



Offrir un sex-toy pour la Saint-Valentin

Pour la Saint-Valentin, nous avons essayé de trouver un cadeau original pour notre moitié imaginaire.  Une expérience qui nous a menée directement vers les nouvelles boutiques en vogue : les sex-shop. 

Plus d’une vingtaine de marques de jouets sont répertoriées chez Dollhouse, sex-shop du Marais. © Christelle Murhula

Une étroite rue du Marais. À droite, une  boutique John Galliano, à gauche, une boulangerie vegan. Au milieu, le Passage du désir, le sex-shop en vogue du moment. J’ai longtemps hésité avant d’entrer, attendant patiemment que la rue soit déserte pour y pénétrer à l’abri des regards. Après avoir vu des individus de tous âges s’y engouffrer avec élan, sans l’ombre d’une honte, j’ai compris que les temps avaient changé.

De la magie et du sexe connecté

Me voilà donc à l’intérieur de ce « love store » chic, qui ressemble plus à une boutique de cadeaux branchés qu’à un sex-shop glauque de Pigalle. Première surprise, l’éclairage. La boutique est éclatante de blanc, bien rangée, bien décorée. Seconde surprise : le magasin est rempli de clients.

J’entends une mère accompagnée de sa fille souhaitant aller directement dans le fond de la boutique, « dans le dur ». Sans mauvais jeu de mot. Je les suis discrètement sans sourciller. Visitant ce genre de lieu pour la première fois, je ne sais absolument pas où aller, ni quoi demander.

Une vendeuse, sans doute à peine plus âgée que moi, me demande rapidement si j’ai besoin de conseils. « La Saint Valentin approche, j’aimerais quelque chose pour mon petit-ami et moi. » L’enthousiasme de la vendeuse me prend de court, elle m’emmène directement vers les accessoires « pour deux », me présentant un par un les produits les plus appropriés à ma demande.

S’ensuit une démonstration plus que convaincante. Ma conseillère du jour me montre pour commencer un anneau qu’elle dit « magique ». « C’est un anneau vibrant à installer sur la verge, comme ceci » dit-elle en mimant l’application. Le deuxième produit présenté est un vibromasseur, pour stimuler le clitoris. « C’est vraiment un classique, mais c’est l’une de nos meilleures ventes, le rapport qualité prix est très satisfaisant selon nos meilleurs clients. »

Je demanderais presque une carte de fidélité. Place maintenant au vibromasseur connecté, que l’on peut allumer et éteindre grâce à une télécommande ou une application sur téléphone. « Votre copain il prend son iPhone et il fait vibrer votre clitoris en quelques secondes, c’est du sexe connecté ! »

*sondage IFOP réalisé en 2017.

Nous partons ensuite au rayon des godemichets. Vitesses, recharges, les options de chaque produit me sont détaillées. L’espace d’un instant, tant je suis ensevelie par des détails techniques, je pense me trouver dans une boutiqued’informatique. Mais la vibration extrême du godemichet de luxe entre mes mains m’a rapidement réveillée. Qui pourrait supporter un tel effet ?

Des vibromasseurs de collection

L’enthousiasme et surtout le naturel de cette vendeuse me mettent tellement à l’aise que l’idée de ressortir de ce magasin sans rien acheter me fait presque culpabiliser. En sortant du Passage du Désir plusieurs questions me taraudent. Qu’en est-il pour les femmes homosexuelles ? Que leur est-il conseillé ? Et surtout, comment sont-elles accueillies ?

Cinq cents mètres plus loin se trouve un autre « love store ». Décidément, il semblerait que le Marais soit victime d’un grand remplacement de ses friperies au profit de supermarchés du sexe. Ce second magasin est entièrement dédié au plaisir féminin. Une petite boutique apparemment indépendante, gérée par deux femmes, évidemment.

À LIRE AUSSI : 57% des gens refuseraient d’embrasser une personne malade selon un sondage d’une marque de spray nasal. 

Ayant découvert l’univers des sex-shops une demi heure plus tôt, j’entre dans ce magasin avec l’assurance d’une experte. Mais ma sensation de gêne reprend rapidement le dessus.« Où se trouvent vos accessoires ? » je demande en bégayant. « Au sous-sol ! » me répond la gérante, avec ce même enthousiasme naturel qui ferait pâlir n’importe quel commercial.

Menottes, godemichets, fouets… Tous ces accessoires sont exposés sur des étagères, tels une collection d’objets précieux. Rapidement, la gérante vient me voir, pour me demander ce dont j’aurais besoin. « Je cherche un cadeau pour ma petite-amie. »

S’ensuit un moment de flottement. Sans doute parce qu’elle attendait plus d’informations de ma part. « Et pourquoi n’est-elle pas avec vous ? C’est bien dommage, mes conseils n’en seraient que meilleurs si vous étiez venues toutes les deux. » Mon couple fictif est ravi d’avoir autant d’attention.

Des  godemichets «révolutionnaires»

Après une brève conversation, elle m’oriente vers un produit « miracle ». Une sorte de boule électrique qui muscle le périnée. « L’organe qui se détruit après un accouchement ? » je rétorque spontanément. « C’est à peu près cela. »

Apparemment, muscler le périnée permet une meilleure gestion de son organe génital et, par conséquent, de son plaisir. La conversation dévie sur comment obtenir un maximum de plaisir en étant une femme. J’ai l’impression d’être face à une coach bien-être. Et surtout, j’aurais appris au moins une chose aujourd’hui.

Elle me présente ensuite d’autres produits dits « intérieurs » : des boules de geisha avec démonstration en prime, des godemichets qui privilégient les orgasmes vaginaux et clitoridiens: « 2 en 1, c’est révolutionnaire. » Mais à l’issue de cette visite, la honte de ressortir de cette boutique les mains vides m’envahit.

Comment atténuer cette culpabilité ? Mettre cinq étoiles sur Google ne suffit pas. « Revenez nous voir à un moment où vous aurez plus de temps tout simplement. » C’est noté pour ma prochaine visite. Promis, j’en ressortirai avec quatre ou cinq vibromasseurs.

 

Christelle Murhula

FINANCEMENT PARTICIPATIF : AU PLUS PRÈS DES LECTEURS

Comme Ebdo, nombre de nouveaux médias de « slow journalism » ont recours au financement participatif. Une étape dans leur objectif de se rapprocher des lecteurs.

« Nos lecteurs sont notre seule ressource. C’est un pacte de confiance. » Sur son site internet, la rédaction de Ebdo se targue de la relation instaurée avec ses lecteurs. Né en janvier dernier, le frère cadet de la Revue XXI et de 6 mois s’est lancé après avoir eu recours au financement participatif (« crowdfunding »). Avant lui, nombre de médias avaient déjà franchi le pas : Le Quatre Heures, La relève et la Peste ou Les Jours pour ne citer qu’eux Mais ce  type de financement n’a pas pour seul but de renflouer les caisses. Pour les nouveaux titres prônant un journalisme de réflexion, il permet de créer une relation avec le lecteur différente des « médias traditionnels ».

Le principe est simple : en échange d’un don pouvant aller de 5 à plus de 1 000 euros. Le contributeur reçoit un numéro test, un abonnement ou encore une journée de formation au journalisme multimédia.

Lors de leur appel aux dons, ces nouvelles têtes d’affiche du « slow journalism » tiennent le même discours : les obligations de rentabilités contribueraient à l’instantanéité de l’information.  Selon elles, ces contraintes imposées par les propriétaires de journaux disparaîtraient en partie grâce au financement participatif.

En obtenant leur indépendance financière, les rédactions s’affranchirait également du « diktat » de la publicité, autre principale ressource des médias aujourd’hui.  « Parfois je me demande si j’ouvre un magazine ou un catalogue » estime Claire, donatrice pour le lancement de La Relève ou la Peste. « Je préfère donner 10 ou 20 euros et savoir qu’un journal n’aura pas le couteau sous la gorge pour produire ses contenus ».

La méthode fait mouche, Ebdo reçoit 410 000 euros en 40 jours, Les Jours près de 80 000 euros et Le Quatre Heures plus de 10 000 euros, chacun dépassant l’objectif fixé au début de la collecte. En mai 2017, Les Jours a même ouvert son capital à ses lecteurs par l’intermédiaire d’une « société des amis ».

« C’est bien la création d’un lien entre le média et son audience qui est recherchée »

Cette ambition d’indépendance, Le Média TV l’a poussée à son paroxysme. Diffusée depuis janvier dernier, cette web-télé est financée exclusivement par des contributeurs réguliers. Ses « propriétaires » forment surtout une communauté. Surnommées les « socios », ils sont invités à proposer des sujets ou réagir au contenu proposé par la chaîne.

Car c’est bien la création d’un lien entre le média et son audience qui est recherchée par ces nouveaux organes de presse : « Il nous semble qu’il y a des années, être lecteur d’un journal, c’était faire partie d’une communauté et c’est ce vers quoi nous tendons », explique Raphaël Garrigos, cofondateur du pureplayer Les Jours, « Longtemps, les journalistes se sont considérés ainsi, en surplomb, d’un côté les sachants (les journalistes), de l’autre les lecteurs. Il nous semble à nous qu’une relation complice est possible. » Les initiatives ne manquent pas pour se rapprocher du lectorat. Alors que Le Quatre Heures invite ses lecteurs à des apéros mensuels, Ebdo propose aux siens d’héberger ses journalistes lors des reportages.

Ces méthodes de communication découlent également  d’une stratégie commerciale, consciente ou pas : « Les porteurs de projets intègrent rapidement la nécessité d’assurer le succès de leur campagne en investissant les techniques mercatiques » explique le chercheur Guillaume Goasdoué, auteur d’une thèse sur le sujet.

Dès la campagne de crowdfunding, un titre noue une « relation complice » avec sa base d’abonnés. Il se différencie alors de ses pairs, souvent considérés comme « hors-sol ». Une campagne marketing fondée sur ce lien particulier se met alors en place. En sillonnant la France « à la rencontre des lecteurs », Ebdo  a illustré ces leviers de communications pendant sa levée de fonds.

Mais surtout, au-delà de sa contribution financière, le donateur  devient également un relai pour la parole du groupe de presse : « La mise en récit de la campagne  [de financement] s’appuie sur une histoire quelque peu arrangée qui est censée accrocher l’attention et favoriser la propagation du message et le déclenchement de gestes de soutien (contributions financières, relais sur les réseaux socionumériques). »

Si les levées de fonds par crowdfunding accompagnent toutes ces créations, elles n’assurent pas la viabilité des ces médias sur le long terme. Pour Jean-Marie Charon, sociologue des médias, (Voir « entretien avec »), « beaucoup de projets éditoriaux s’essoufflent du fait du manque de moyen. On peut financer des enquêtes, des dossiers par crowdfunding mais faire vivre une rédaction… Ca me paraît compliqué. » Explicite, média social lancé en 2017 grâce au crowdfunding, en a fait l’expérience. Fondé par des anciens d’I-Télé, il a décidé en décembre dernier de lever des fonds par abonnement face à de grosses difficultés financières.

Victor Le Boisselier

Osman Elkharraz : l’acteur de L’Esquive revient sur sa descente aux enfers

En 2003, Osman Elkharraz est âgé d’une quinzaine d’années quand il est engagé sur le tournage du film L’Esquive d’Abdellatif Kechiche. Il y tient le rôle principal : celui de Krimo, jeune adolescent d’une cité HLM qui s’inscrit au cours de théâtre de son école pour séduire Lydia, une fille de sa classe. Depuis, l’acteur a connu une descente aux enfers dont il se sort à peine. La publication de son autobiographie, Confessions d’un acteur déchu : De l’Esquive à la rue, lui a permis de sortir la tête de l’eau. Il raconte son parcours chaotique et explique comment le monde du cinéma lui a tourné le dos. 

Comment est venue l’envie de raconter votre vie ?

Ce projet d’écriture était dans ma tête depuis longtemps, bien avant de finir à la rue. Déjà, avant le succès de L’Esquive, mon existence avait été tumultueuse. Enfant, j’avais eu une vie pleine de rebondissements, avec des hauts et des bas. Une vie hors du commun, dans le sens où je retombais toujours sur mes pattes. En repensant à tout ça, je me suis dit qu’une histoire comme la mienne serait belle à raconter. C’est l’histoire d’un homme qui a envie de se battre et qui s’est tiré d’un sacré trou noir.

Vous avez disparu après le succès du film. Ce livre est-il un moyen de mettre les points sur les i  ?

Mettre les points sur les « i », c’est la bonne expression. J’en avais plein le dos. J’en ai toujours plein le dos. Ce n’est pas un règlement de comptes pour autant. Ce livre prouve que je suis toujours là, que j’ai réussi à m’en sortir malgré tout ce que j’ai vécu.

« En banlieue, on vit dans un autre monde »

Vous étiez peu impliqué dans la promotion de L’Esquive…

Je n’avais pas de télévision, et ne pouvais donc rien suivre. Aucune personne de la production ne me prévenait. Honnêtement, je n’ai vu aucune des émissions auxquelles j’ai participé.

Quand on vous apprend votre nomination aux César, vous recevez la nouvelle avec indifférence…

J’étais en train de dormir. Mon attaché de presse m’a appelé, tout excité, pour m’annoncer la nouvelle. Je lui ai dit que je le rappellerai plus tard, j’ai raccroché et je me suis recouché. Je ne savais même pas ce que c’était, moi. En banlieue, on a d’autres soucis… On vit dans un autre monde.

La cérémonie contraste d’ailleurs  totalement avec votre situation personnelle…

Sabrina Ouazani et Osman Elkharraz sur le tapis rouge des César en février 2005 / ©BestImage

Pour la cérémonie, on est venu me chercher en limousine, on m’a emmené voir un coiffeur sur les Champs-Élysées, puis on m’a offert un costume d’une grande marque.
J’ai marché sur un tapis rouge, il y avait des paparazzis partout, des stars du cinéma et de la télé.
J’ai participé à tout ça, alors que chez moi c’était la précarité :   je n’avais pas d’argent, pas d’adulte pour me guider… À la fin des César, on m’a raccompagné chez moi, et j’ai retrouvé mon quotidien. Ce n’était qu’une courte parenthèse.

 

 

Pourquoi ne pas avoir profité de votre célébrité pour lancer un appel de détresse ?

À l’époque, je pensais que ça allait finir par s’arranger. Qu’avec le film, la célébrité, les émissions, je pourrais rebondir. De temps en temps, je décrochais un petit rôle. Autour de moi, on continuait à me vendre du rêve… Mais tout a fini par s’estomper. De toute façon, je ne suis pas du genre à parler de mes problèmes à la télévision. Cela n’aurait rien changé. Qu’est-ce que j’aurais pu récolter à part des messages de soutien ? Bien sûr, ça me fait plaisir, mais j’ai réalisé que ce dont j’avais vraiment besoin, c’était du concret. 

« Je me disais que c’était normal d’entendre Abdellatif Kechiche crier »

Une telle surexposition, c’est dangereux pour un mineur ?

C’est dangereux. On peut facilement se perdre. Dans mon cas précis, je n’avais pas de parents pour m’entourer. J’étais livré à moi-même. 

La production du film vous doit toujours de l’argent.

Je devais toucher 16 000 euros à ma majorité. Je n’en ai touché que 2 000… Où étaient les services sociaux à l’époque ? La fameuse DDASS, censée protéger les enfants ?

Faudrait-il une affaire Weinstein pour mettre en lumière la vulnérabilité des mineurs au cinéma ?

Un enfant qui a l’habitude de tourner des films sait à quoi s’attendre. Il connaît les règles. Dans mon cas, L’Esquive était ma première expérience. Je me disais que c’était normal d’entendre Abdellatif Kechiche crier, mal se comporter avec les acteurs, avec l’équipe. Après, avec plus de recul, je me suis rendu compte que son comportement n’était pas normal.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune acteur ?

Je lui conseillerais de lire mon livre avant de se lancer. 

Suite au film, vous intégrez le cours Florent, mais vous le quittez rapidement.

Il faut savoir que c’est quelqu’un qui m’a fait entrer gratuitement au cours Florent. Je n’avais pas les moyens de payer la scolarité, là-bas. J’aimais bien ce qu’on y faisait mais je ne me sentais pas à ma place. Les gens autour de moi étaient passionnés, ils connaissaient tous les auteurs, tous les acteurs… Moi, à côté, j’étais étranger à tout ça. Je n’avais même pas d’argent pour manger le midi. Parfois, il fallait qu’on aille répéter dans des brasseries, mais je ne pouvais pas payer le Coca-Cola à 4,50 euros. J’étais dans un monde parallèle. En plus de ça, je faisais presque une heure de transport pour y aller, et je me prenais des amendes tous les jours car je n’avais pas d’argent pour me payer un ticket. J’ai fini par quitter le cours Florent. Je n’avais personne pour subvenir à mes besoins. Le plus important c’était de gagner de l’argent pour vivre.

«Un jour, dans un café, un homme est venu me parler. Il m’a demandé ce que je devenais. J’ai fait comme si tout allait bien.»

Dans votre livre, vous expliquez qu’après L’Esquive, on vous a essentiellement proposé des rôles de maghrébins banlieusards.

Quand on vous appelle pour simplement jouer l’arracheur de sac-à-main, c’est réducteur. Au bout d’un moment, ça ne me plaisait plus. Certains me critiquaient. On me disait qu’en tant qu’acteur je devais être capable de jouer n’importe quel type de rôle. Mais je ne suis pas comme ça.

Dans le monde du cinéma, quand on vient de banlieue, les clichés restent tenaces…

Récemment, on m’a proposé un casting. J’étais censé jouer un jeune du 93 qui se radicalise et part faire le djihad en Syrie. Entre temps il tombe amoureux d’une fille, Laura. Toute l’histoire tourne autour de cette histoire d’amour, alors qu’il est en Syrie. J’ai refusé, car j’ai trouvé ça insultant. Je ne vois pas pourquoi je jouerais un mec radicalisé alors que je ne suis pas un radical moi-même. Je vaux mieux que ça. 

Y a-t-il des gens qui vous reconnaissent encore dans la rue ?

Oui, toujours. Il y en a même qui me reconnaissaient quand j’étais à la rue, qui me posaient des questions sur ce que j’avais fait après le film. Je mentais. Un jour, dans un café, un homme est venu me parler. Il m’a demandé ce que je devenais. J’ai fait comme si tout allait bien. Mais c’est le genre de petite attention qui donne deux fois plus de force pour s’en sortir et persévérer dans ses projets.

Justement, quels sont vos projets, maintenant que vous commencez à voir le bout du tunnel ?

J’écris un second livre. Je vais aussi sortir un court-métrage bientôt. Mais le but ultime c’est d’adapter ma vie en film. Le jour où je réussirai à le faire, je pourrai définitivement tourner la page.

– Corentin Le Dréan