Dans les rédactions de Vraiment et l’Imprévu, le slow journalism bat son plein

Julien Hélion, journaliste

« On veut faire du neuf avec l’info ». Au 18 rue du Faubourg Saint Martin, dans le 10e arrondissement parisien, l’équipe de Vraiment est ambitieuse. Un long couloir, un escalier en colimaçon. Derrière une porte bigarrée, une vingtaine de journalistes s’affaire. Le premier numéro de leur magazine est prévu pour le 21 mars. Leur slogan :  « du nouveau, pas des nouvelles ». L’objectif : « proposer au lecteur une approche journalistique inédite ». Un journalisme longue durée où « rigueur et vérification » sont les maîtres mots.

Tout juste diplômée d’une école de journalisme parisienne, Pamela Rougerie s’est lancée dans l’aventure : «  si l’on veut créer un média aujourd’hui, il ne faut pas faire du hard news ». Exit, l’instantanéité. A Vraiment, on prend son temps. Dans la salle de rédaction, les cartons de flyers et goodies en tout genre sont toujours en attente d’expédition. « Le slow journalism c’est la possibilité de travailler avec plus de tranquillité » glisse Pamela, le sourire aux lèvres. La jeune journaliste a constaté dès son arrivée les bienfaits du journalisme longue durée. « Etant donné qu’on dispose de deux à trois semaines pour publier nos articles ou reportages, on a plus de temps pour affiner nos angles et vérifier les informations présentes dans nos sujets ».

Chaque semaine, les abonnés du magazine ont la possibilité de choisir la une.

Jules Lavie, rédacteur en chef du nouvel hebdomadaire affiche vingt ans de hard news au compteur. Soit plus de mille matinales sur France TV. Désireux de se détacher du flux d’actualité, il a créé un nouveau média, vraiment porté sur le long terme. « On ne peut pas concurrencer le hard news. Ils ont des moyens financiers et techniques supérieurs aux nôtres » avoue-t-il. Le crédo de Vraiment, c’est de « proposer une info, claire, concise et précise ».

Les assiettes s’entassent dans l’évier. Ici, la vaisselle aussi est une affaire de long terme. Johanna Henni, chargée de communication pour l’hebdomadaire résume l’esprit décontracté qui règne au sein de la rédaction : « Les journalistes sont moins stressés au quotidien et plus efficaces » concède-t-elle. Pourtant, personne ne chôme. « Le chemin de fer » accroché au tableau de la rédac’ rappelle aux journalistes les échéances auxquelles ils sont déjà confrontés.

Pourtant, même dans le « slow journalism », l’actualité rythme la journée. Pamela concède : « même si nous avons plus de temps pour caler nos interviews et peaufiner nos papiers, nous ne pouvons pas nous détacher de l’actualité ». A sa sortie de l’école, la jeune journaliste travaillait pour une chaine d’information en continu. Elle constate la différence : « depuis mon arrivée, je me détache de l’actualité chaude et frasques politiques. Mais c’est pas pour autant que je ne la suis plus ». Les journalistes de Vraiment semblent s’être adaptés à leur nouveau quotidien. Les deux prochains numéros sont prêts.

Quelques kilomètres plus loin, dans les locaux du site l’Imprévu, le décor est radicalement différent. Les méthodes de travail, elles, sont sensiblement les mêmes. Derrière leur écran, les journalistes travaillent dans la tranquillité. Ici, pas de fil AFP. Thomas Deszpot, cofondateur du pureplayer, a travaillé pour les chaines d’info en continu. Il l’affirme : « ici, on ne travaille pas avec la même temporalité ». Avant d’ajouter « ça ne sert à rien de copier les autres quand on ne peut pas faire aussi bien ». À l’Imprévu, les journalistes privilégient « la profondeur à la chasse à l’information ». Les pigistes disposent d’un mois au minimum pour réaliser leurs sujets.

Style soigné et vérification assidue font partie du quotidien des journalistes. Thomas en est persuadé. S’il prend son temps, ce n’est pas pour faire de l’à peu près. « On publie peu donc on ne peut pas transmettre à nos lecteurs des informations partiellement biaisées » souligne le journaliste de 26 ans. Leur traitement de l’actualité se fait autrement. Sur le chômage, par exemple. Les chaînes d’info en continu se contentent, en général, de relayer les chiffres mensuels. Chez l’Imprévu, on consacre dix mille signes à un homme, « qui se bat pour l’insertion des plus précaires depuis plus de 50 ans ».

 A l’heure de l’instantanéité, les adeptes du temps long, n’en veulent paradoxalement pas au « hard news ». « Nous produisons un contenu complémentaire » souligne Julie Morel, journaliste à Vraiment. « Sans le journalisme d’instantanéité et sans la vulgarisation de l’information, nous n’existerions pas. »

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