[VIDÉO] Le Parlement européen propose de supprimer le changement d’heure

Doit-on avancer ou reculer sa montre d’une heure ? Les Européens se posent la question deux fois par an. Ils pourraient bientôt ne plus se la poser. Le Parlement de Bruxelles a adopté le 8 février 2018 une résolution proposant de mettre fin au changement d’heure car il perturbe notre rythme biologique sans permettre de réelles économies. Instaurée en France depuis 1976 et au niveau de l’Union européenne depuis 2001, cette mesure semble avoir fait son temps.

« Le système est devenu obsolète », affirme l’euro-députée française Karima Delli, porteuse de la résolution. Au lendemain du choc pétrolier de 1973, le président Valéry Giscard-d’Estaing instaure le changement d’heure. L’objectif est alors de faire correspondre au mieux les heures d’activités avec les heures d’ensoleillement pour limiter l’utilisation de l’éclairage artificiel.

Mais 40 ans plus tard, des systèmes d’éclairage plus performants comme les LED permettent une meilleure gestion de l’énergie. Et rendent les économies réalisées négligeables. Le passage à l’heure d’été entraîne une « forte surconsommation le matin entre 5h et 7h » puis une « sous-consommation le soir entre 19h et 23h », constate l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) en 2010.

À l’époque l’équilibre est favorable. Il permet aux Français d’économiser 440 GWh… un chiffre qui devrait chuter à 300 GWh note l’organisme dans ses prévisions pour 2030. Et passer en-dessous du niveau actuel qui correspond à une économie de 0,07 % de la consommation d’électricité totale. Les bénéfices du changement d’heure semblent donc bien faibles. Notre rythme biologique est, lui, bel et bien affecté.

Conséquences néfastes sur la santé

Eléonore Gabarain, présidente de l’ACHED (Association contre l’heure d’été double) énumère, alarmiste, les conséquences de la fatigue sur notre santé : troubles alimentaires et même augmentation du nombre d’infarctus et de suicides.

Des études confirment ce constat, comme celle des chercheurs finlandais de l’université de Turku concluant à un taux global d’accidents vasculaires 8 % plus élevé dans les deux jours suivant le passage à l’heure d’été. Les Européens avancent alors leur montre d’une heure. Ils perdent donc une heure de sommeil.

Théoriquement, il suffirait de la compenser en se couchant plus tôt mais ce n’est pas si simple. « L’hormone du sommeil, la mélatonine, est bloquée par le soleil. Il faut deux heures de pénombre pour que son niveau soit suffisant pour s’endormir », poursuit Eléonore Gabarain.

Plus d’accidents

« Chaque année, les jours suivant le changement d’heure enregistrent un pic d’accidentalité de +40% pour les piétons en fin de journée », peut-on lire sur le site de la Sécurité routière. Le passage à l’heure d’hiver, au moment où l’on recule notre montre d’une heure a une incidence directe sur l‘éclairement. « La nuit tombe alors plus tôt dans la journée, au moment de la sortie des classes ou des trajets de fin de journée professionnels », poursuit l’organisme de sécurité routière.

Selon les 384 euro-députés qui ont voté pour la fin du changement d’heure, il faut éviter ces périodes de transition tumultueuses accentuées par un « effet de jet lag », comme l’avance une étude américaine citée dans le rapport 2017 de la Commission européenne. Ils proposent de rester tout le temps à l’heure d’hiver, qui correspond au fuseau horaire GMT+1. Il revient à la Commission européenne de trancher. Ce qui n’arrivera probablement pas avant le 25 mars prochain, date de passage à l’heure d’été.

[DIAPORAMA PHOTO] Le Nouvel An chinois au cœur de Paris

Un quartier chinois ? 

Le « China Town » parisien occupe une partie du 13e arrondissement. Déjà, en 1930, un millier de travailleurs asiatiques, principalement employés dans les usines automobiles Panhard-Levassor et Delahaye, sinstallent entre la place et la porte dItalie. Après leur fermeture, larchitecte Le Corbusier obtient laccord du Conseil de Paris pour construire un quartier futuriste de béton et de tours.16 400 logements et 150 000 mètres carrés de surfaces commercialesbureaux, écoles et petits jardins voient le jour entre 1967 et 1975. Mais les habitants dont les maisons ont été rasées désertent ce quartier ultra-moderne. Ce sont finalement les réfugiés de la guerre du Vietnam, venus également du Cambodge et du Laos, qui le peuplent. Plutôt que de quartier chinois, il est donc plus approprié de parler de quartier indochinois !    

Héloïse Linossier

Le fédéralisme allemand, comment ça marche ?

Le 7 février dernier, au bout d’une longue nuit de marchandages à Berlin, conservateurs et sociaux-démocrates se sont mis d’accord sur un projet de coalition gouvernementale. Mais l’Etat fédéral allemand est loin de disposer de tous les pouvoirs.

Pour la dix-neuvième fois consécutive depuis 1949, aucun parti ne dispose d’une majorité de sièges au Parlement fédéral, le Bundestag. Pas de quoi paralyser le pays : la constitution allemande accorde aux régions, appelées Länder, des compétences élargies.

Le fédéralisme à l’allemande garantit des pouvoirs accrus aux régions et communes.

Chacune dispose d’un gouvernement et d’un parlement, eux-mêmes élus et capables de légiférer en matière de formation, de police ou d’environnement. Une répartition des pouvoirs destinée à ne pas reproduire le centralisme du régime nazi, que l’article 79 de la constitution prend même soin de garantir pour l’éternité.

Surtout, ce modèle permet une représentation des diversités régionales. Depuis la création de la RFA, le parti conservateur CSU n’est représenté régionalement qu’au parlement de Bavière, où il a quasiment toujours obtenu la majorité.

Un modèle critiqué

Les régions elles-mêmes critiquent le système. En octobre 2014, la ministre-présidente conservatrice de Sarre, Annegret Kramp-Karrenbauer, déplorait les déséquilibres économiques entre Länder et proposait d’y remédier en passant de seize à huit Länder pour y remédier.

Par ailleurs, les Allemands sont sans cesse appelés aux urnes – deux élections régionales en 2018, trois en 2019 -, ce qui ne facilite pas le dialogue entre Länder et fédération.

Les adhérents du SPD doivent encore donner leur aval au projet de coalition.

Enfin, l’Etat fédéral et les régions se font souvent concurrence. Originellement une compétence de la région, le droit commercial est progressivement devenu du ressort exclusif de l’Etat. Une situation qui pose de nombreux problèmes de droit.

Le fédéralisme est aujourd’hui encore un modèle débattu. Le ministre de l’Intérieur conservateur, Thomas de Maizière, s’est récemment prononcé pour un transfert accru de compétences à l’Etat fédéral. Quitte à s’inspirer du modèle français ?

Louis Belin

L’évasion fiscale à travers les âges

Deux millénaires avant notre ère, les premiers systèmes de taxation apparaissent en Mésopotamie, et avec eux les premiers fraudeurs. En Assyrie, certains marchands, pour s’affranchir des tarifs douaniers, sous-déclarent leurs biens.

En Grèce antique, des cités comme Athènes ou Sparte prélèvent un impôt direct pour financer un effort de guerre, l’eisphora. Seuls les plus riches sont imposés mais en l’absence de cadastre, ces contribuables déclarent d’eux mêmes leurs avoirs, et en profitent souvent pour frauder. Payer l’eisphora, «ne rien cacher à la Cité de ce qu’il a», est un devoir pour le citoyen, soutient l’orateur athénien Isée.

À Rome, les Gracques, les frères Tiberius et Gaius Gracchus, tentent au IIe siècle avant Jésus-Christ de réformer la fiscalité romaine. Tous deux tribuns de la plèbe, ils s’opposent à un système fiscal trop avantageux pour les plus riches. Ils meurent tués par leurs opposants politiques.

Les questeurs romains, allant recueillir l’impôt aux quatre coins de l’Empire, étaient réputés facilement corruptibles. Le Code de Théodose, du nom d’un empereur d’Orient, grand recueil de lois adopté en 439, comprend des dispositions anti-fraude fiscale. Cependant, la généralisation de l’évasion fiscale en son sein est reconnue comme une des causes de la chute de l’Empire romain.

Paradis fiscaux et Moyen-Âge

Avec Rome disparaît une administration centralisée et son système de taxation organisé. Au Moyen-Âge, on transite vers un système féodal, où chaque Seigneur prélève l’impôt sur son fief. La dîme, 10% de son revenu, est aussi dû à l’Église catholique. Certains essayent alors d’échapper à l’impôt en arborant une tonsure de moine.

D’autres, comme Robin des Bois, s’insurgent contre ce système de taxation plaçant les paysans et travailleurs sous la coupe des nobles.

Naissent aussi les premiers paradis fiscaux, des «zones franches» dans lesquelles les transactions commerciales sont soumises à des taxes allégées. Ce sont souvent des foires, comme au Lendit dès le VIIème siècle et Dagobert 1er, ou des ports, comme à Marseille. La cité phocéenne ne rejoindra d’ailleurs complètement le régime fiscal français qu’en 1817.

Avec la lente formation de l’État français l’intégration fiscale du territoire progresse. Sous l’Ancien Régime, la gabelle, un impôt direct sur le sel, pousse de nombreux contribuables à frauder. La gabelle était un impôt variable d’une région à l’autre. Résultat, le prix du sel est par exemple 30 fois plus bas en Bretagne que dans la Maine voisine. De très nombreux contrebandiers, les faux-sauniers, sévissent, mais risquent la condamnation aux galères ou à mort.

Al Capone & compagnie

Avec l’État-Nation moderne et l’uniformisation fiscale, l’évasion fiscale devient plus commune. Dès la Révolution française, certains nobles sauvent leurs capitaux et les placent en Suisse. En 1934, la Suisse met en place un strict secret bancaire. Pour une banque helvète, communiquer l’identité de ses clients devient un crime.

Avec le colonialisme, les paradis fiscaux se développent. Les comptoirs coloniaux sont les premières banques offshore. Monte Carlo, subsistant grâce à ses casinos, abolit l’impôt sur le revenu en 1869. Dans les années 1920, le Luxembourg ou les Bahamas rejoignent le Rocher au rang des paradis fiscaux.

L’évasion fiscale devient un enjeu politique et international, les autorités publiques s’y intéressent. Symbole de ce changement de paradigme, Al Capone. Parrain de la mafia de Chicago, le célèbre gangster est arrêté en 1931 pour fraude fiscale. La justice américaine n’avait pas réussi à l’inculper pour ses activités mafieuses, mais condamnera Al Capone à 17 ans de prison pour ses travers fiscaux.

Aujourd’hui, paradis fiscaux et évasion fiscale sont au plus haut. Résidence fictive, compte boîte aux lettres, trusts et autres montages financiers permettent à 600 milliards de dollars d’échapper chaque année aux fiscs du monde entier, selon le Fonds monétaire international. La France perdrait à elle seule entre 60 et 80 milliards d’euros par an.

Cédric Villani propose 21 mesures pour rendre les maths plus attractives

Le député LREM Cédric Villani a dévoilé, lundi 12 févrierson rapport pour développer l’enseignement des mathématiques en France. Ses 21 mesures concernent autant la pédagogie des professeurs que leur formation. 

Plus de formation pour les instituteurs, des projets en commun entre les différentes matières et des évaluations pour tester les bases des élèves. Lundi 12 février, Cédric Villani a rendu son rapport pour renouveler la formation aux chiffres. Ses « 21 mesures pour l’enseignement des mathématiques » sont l’aboutissement de la mission confiée par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, en automne 2017. L’élu LREM de l’Essonne a travaillé en collaboration avec Charles Torossian, l’inspecteur général de l’Education nationale. Ensemble ils ont dressé une liste de réformes pour faciliter l’apprentissage des mathématiques chez les élèves, mais aussi la compréhension de la matière par les professeurs. 

 Mieux préparer les enseignants

La priorité de Cédric Villani : « recruter des référents mathématiques qui pourront accompagner sur place les enseignants. » Le député souhaite nommer un conseiller pédagogique, référent des mathématiques, pour guider la coopération entre les professeurs. Autre mesure pour améliorer la fibre des chiffres chez les enseignants, une formation en continue dès la première année d’études supérieures.

80 % des instituteurs ont étudié les humanités avant leur master de formation à l’enseignement

Perfectionner la formation des professeurs est essentiel pour le mathématicien, comme il le constatait le 12 février : « Très peu d’enseignants se sentent à l’aise en mathématiques. » Son rapport explique que 80% d’entre eux ont étudié les humanités avant de se lancer en master Meef (Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation). Or, seules 24 heures de leur formation sont consacrées, en moyenne, aux mathématiques, sur deux ans de master. Une formation continue pourrait donc éviter aux futurs enseignants d’accumuler des lacunes.

Renforcer la coopération entre les disciplines

Le rapport insiste sur les projets d’entraide entre les disciplines et entre les différents acteurs de l’enseignement. Il prescrit des échanges entre les différentes matières dès les plus petites classes. Par exemple, mettre en relation l’enseignement du français avec celui des mathématiques. Cela permettrait aux élèves d’accéder à une compréhension plus globale de l’intérêt des données numériques et géométriques le plus tôt possible.

Une telle coopération se concrétiserait en valorisant la place des mathématiques dans les projets interdisciplinaires, comme les travaux personnels encadrés (TPE). Les lycéens réalisent ces TPE dans le cadre des épreuves anticipées du bac. Ils conçoivent un projet en combinant leurs connaissances et leurs compétences dans plusieurs disciplines. Par exemple, les mathématiques et l’économie. Au collège, la part des maths devrait également augmenter dans les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI).

Un autre niveau de partenariat est envisagé entre les écoles et les associations périscolaires. En associant les deux, Cédric Villani espère développer plus de clubs qui aborderaient les mathématiques de manière ludique – à l’aide « de modélisation, d’informatique, de jeux intelligents, etc. » 

Apprendre les fondamentaux en s’amusant

Cédric Villani et Charles Torossian veulent solidifier l’apprentissage des fondamentaux dès le plus jeune âge. Les élèves seraient évalués trois fois par an sur des calculs simples. Ils passeraient à chaque évaluation un nouveau pallier de connaissances des quatre opérations de base (addition, soustraction, multiplication et division), pour s’assurer de leur bonne maîtrise.

L’apprentissage des mathématiques fondamentales passerait par « un cours structuré et sa trace écrite », la revalorisation de « la notion de preuve » et un enseignement direct et structuré, guidé par le professeur. Le rapport préconise aussi l’utilisation de nouveaux outils pour rendre l’enseignement ludique. Les élèves manipuleraient des objets et réaliseraient des expériences pour mieux visualiser des principes qui peuvent paraître abstraits.

« Aucune proposition révolutionnaire dans notre rapport », affirment les co-auteurs, juste de quoi relever le niveau des élèves français en maths qu’ils qualifient de « catastrophique ». 

Clémentine Sabrié