« L’Apparition », la foi en toile de fond d’un brillant thriller psychologique

Au milieu des montagnes, Xavier Giannoli met en scène l’enquête d’un journaliste sur les visions de la Vierge Marie d’une jeune religieuse.

Depuis plusieurs films, Xavier Giannoli se spécialise dans l’imposture. Après François Cluzet, petit escroc propulsé à la tête d’un chantier dans A l’origine, et après Catherine Frot, bourgeoise à la voix de crécelle se rêvant cantatrice dans Marguerite, le réalisateur s’offre l’imposture ultime. L’imposture invérifiable, qui n’est fondée que sur la foi. Le film s’attarde sur le cas d’Anna (Galatéa Bellugi), une jeune religieuse d’un village des Alpes, qui affirme avoir vu la Vierge lui apparaître sur un chemin escarpé. Pour déterminer la véracité des faits, le Vatican confie une enquête canonique à Jacques (Vincent Lindon), un reporter de guerre tout juste rentré en France après avoir perdu un ami photographe dans une explosion au Moyen-Orient. Deux mondes s’opposent durant toute la durée du film. D’un côté, le mystique des religieux du village, la foi des pèlerins venus en masse visiter le site des apparitions. De l’autre, le scepticisme très terre-à-terre du journaliste fondant tout sur la rationalité.

De la quête de vérité au choix du mystère

Jusqu’à la moitié du film, le récit mène une quête de vérité. Un basculement s’opère alors. Xavier Giannoli ne s’attache plus tant à la révélation de la cabale qu’à développer le mystère qui l’entoure. A quoi bon enquêter si les réponses détruisent le mystère, ce mystère qui constitue tout le sel de la foi, ce mystère qui permet à tous de pouvoir choisir. La foi est ce choix, de croire ou de ne pas croire. Imposer la vérité en devient très futile. Un religieux soutient alors que « le réel n’existe pas », et le journaliste, incarnation de la recherche de vérité, devient le mal, la mise à l’épreuve. Sa volonté de certitude fait de lui l’intrus.

Dès lors, le film se concentre sur la notion de liberté. La jeune religieuse and grands yeux expressifs, Anna, magnifiquement interprétée par Galatéa Bellugi, est recluse dans un couvent aux couloirs d’hôpital, surprotégée par le curé, et oppressée par l’armée de fidèles venue pour la voir. Baladée de familles d’accueil en foyers pendant son enfance, Anna, à peine majeure, rêve d’une vie normale. Elle s’échappe régulièrement pour parcourir la montagne, seule, et rejoindre une chapelle perdue sur un col escarpé en plein soleil. D’une sincérité attendrissante, la jeune femme se retrouve dans une perpétuelle quête de liberté, qui se solde de façon attendue mais cohérente.

Entre liberté et captivité

Jacques, le journaliste à la poursuite d’une vérité qu’il sait impossible à trouver, est interprété par un Vincent Lindon en confiance, dans un rôle taillé pour lui et sans aucune nouveauté. Il est le pragmatique en plein doute, qui se prend d’affection pour un personnage fragile et sans attache, en l’occurrence Anna. On l’a déjà vu jouer dans ce registre des dizaines de fois, et s’il ne surprend jamais, il a le mérite d’être convaincant. Tous ces personnages évoluent dans un monde ouvert, que Xavier Giannoli parvient à rendre oppressant. Chacun évolue dans une captivité artificielle dans laquelle ils se sont eux-mêmes placés. La quête de liberté qui s’en suit inéluctablement semble impossible à mener à bien. Le récit reste pourtant efficace, malgré quelques longueurs. En reste une réflexion intelligente sur la jeunesse et l’émancipation, qui a le bon goût de laisser au spectateur la possibilité de choisir, et lui rend ainsi sa liberté.

| France (2h07) | Scénario : J. Fieschi, X. Giannoli et M. Romano. Avec Vincent Lindon, Galatéa Bellugi et Patrick d’Assumçao.

 

Thomas Hermans