« Affaire Hulot » : l’enquête d’Ebdo accumule les critiques

Le 9 février, le tout jeune magazine Ebdo publiait une enquête qui promettait  des révélations sur des accusations de viol et d’agression sexuelle contre Nicolas Hulot. Une semaine plus tard, les critiques continuent de pleuvoir. 

En titrant sa Une «L’affaire Hulot», Ebdo ne se doutait peut-être pas de la direction que prendrait la polémique. Depuis la parution de son troisième numéro vendredi dernier, journalistes et personnalités politiques se sont élevés contre l’article révélant des accusations de viol et de harcèlement sexuel concernant Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire. Des méthodes employées aux faits rapportés, l’article indigne.

Un manque d’éléments concrets pointé du doigt

Pour nombre de journalistes, il manque cruellement d’éléments qui permettraient à «l’enquête» d’en être vraiment une. Dans un texte publié le 8 février, le directeur de la publication de Libération Laurent Joffrin s’interroge : «Qui ? On ne sait, même si on croit deviner. Quand? En 1997, ce qui n’est pas très précis. Où? Dans une résidence d’Hulot, mais laquelle? Quoi ? Un « acte sous contrainte ». Mais lequel ? Mystère.» Dans de telles conditions, l’enquête d’Ebdo ne serait lors que la simple révélation d’un dépôt de plainte. La publication du papier apparaît comme trop précoce, incomplète, manquant de crédibilité. Beaucoup estiment qu’il n’aurait pas du paraître.

L’article nourrit également le débat public qui a suivi la montée du mouvement #MeToo : peut-on dénoncer des faits sans preuve, à parole contre parole? Dans une tribune publiée dans le Journal du Dimanche, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a jugé le dossier d’Ebdo «irresponsable» : «Je ne sais pas quelle cause [il] sert, mais ce n’est ni la crédibilité de la parole des femmes ni la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.» Schiappa ajoute donc sa voix à ceux qui estiment que le déballage médiatique desservirait la libération de la parole des victimes.

L’enquête d’Ebdo s’étend sur 4 double-pages. Il comprend les témoignages de la victime de viol déclarée et de son père, tout deux anonymisés. ©EBDO

Plus qu’une erreur déontologique, d’autres voient dans l’article d’Ebdo une volonté politique de nuire à Nicolas Hulot. En ligne de mire : le directeur de publication du magazine Thierry Mandon, ancien secrétaire d’Etat de François Hollande et ancien député socialiste de l’Essonne. Agnès Buzin, ministre de la Santé, a ainsi commenté sur France Info : «Ebdo a été fondé par un ancien ministre, Thierry Mandon. […] Il connaît bien l’impact de ces affaires sur un ministre et un homme politique. Il l’a fait en sachant ce qu’il faisait en publiant ce type d’informations.» D’autres membres du gouvernement, dont le Premier ministre Edouard Philippe, ont apporté leur soutien à Nicolas Hulot dès le début de la polémique, comme cela a été le cas lors de l’affaire Darmanin.

Enfin, une accusation pèse sur Ebdo : ne pas avoir réussi à préserver l’anonymat de la victime déclarée de viol. Cette dernière avait pourtant confié aux journalistes : «Je ne veux pas apparaître, ni maintenant ni jamais.» Las, avant même la sortie de l’article, Le Point a retrouvé puis révélé l’identité de la plaignante, dont le nom est désormais connu de tous. Celle-ci est aujourd’hui prise dans une tourmente médiatique qu’elle voulait à tout prix éviter. Patrick de Saint-Exupéry, co-fondateur et directeur de la rédaction d’Ebdo, assure, lui, avoir tout fait pour anonymiser cette source de l’article. Et blâme les médias qui ont choisi de dévoiler son nom.

Les journalistes persistent et signent

Face aux critiques, les journalistes du magazine ont fait le tour des médias pour défendre leur papier : Laurent Valdiguié a ainsi réaffirmé au micro d’Europe 1 la nécessité de la publication de cet article, citant les différents témoignages auxquels il a eu accès : «Nous sommes journalistes, nous avons une information confirmée. Si vous ne la mentionnez pas, vous faites quoi ? C’est le travail du journaliste de dire. Bien sûr que c’est dérangeant, mais c’est une information.» Sur le plateau de Quotidien sur TMC, Anne Jouan, co-autrice de l’article, a confié avoir reçu plusieurs témoignages depuis la sortie de ces révélations.

La militante féministe Caroline de Haas a elle aussi affirmé le 13 février, à France Info, avoir entendu les récits d’autres victimes présumées. De nouveaux éléments susceptibles de donner lieu à une enquête plus poussée ?

Après un week-end de silence, Nicolas Hulot a, quant à lui, annoncé son intention de porter plainte contre le magazine pour diffamation.

– Marie Fiachetti