La métallurgie, grande consommatrice de gaz, est-elle prête à réduire ses émissions de carbone ?

Le site ArcelorMittal-Dunkerque est le plus gros émetteur industriel de CO2 en France. (La Voix du Nord)

En réunissant les gros pollueurs à l’Elysée, Emmanuel Macron veut accélérer la décarbonation des grandes industries françaises. La métallurgie, responsable de 4% des émissions de gaz à effet de serre du pays, peine à se décarboner, du fait de sa dépendance au gaz.

« L’industrie, c’est 20% du problème, mais 100% des solutions. » Le ministre chargé de l’Industrie Roland Lescure affirme le rôle des industries dans la réduction des émissions de carbone. Ce mardi, le chef de l’Etat reçoit les 50 industriels français les plus polluants. ArcelorMittal, le géant de l’acier, est de la partie. Près de 20% des émissions de gaz à effet de serre en France proviennent de l’industrie. Pour que la France atteigne la neutralité carbone à l’horizon 2050, la transition écologique et la décarbonation des sites industriels semblent indispensables. Cela implique une division par six des émissions de carbone.

Cet objectif ambitieux secoue la métallurgie, un secteur polluant, qui consomme beaucoup de gaz. Le secteur de la métallurgie est à lui seul responsable de 4% des émissions nationales de gaz à effet de serre. Malgré une communication assez « verte », le groupe ArcelorMittal accuse du retard dans sa décarbonation. Le leader français de l’acier part de très loin.

Sur le territoire, les deux sites majeurs du groupe, à Dunkerque dans le Nord et à Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône, ont émis 14 millions de tonnes de CO2 en 2021. Cela correspond aux émissions moyennes d’1,5 million de Français sur un an. En mars 2022, le patron d’ArcelorMittal France, Eric Niedziela, avait annoncé : « Nous allons diminuer de 35% nos émissions de CO2 d’ici 2030 » (BFM Buiseness). Le groupe va aussi investir 1,7 milliards d’euros sur ses sites. 

Une forte dépendance au gaz

Tous les gros secteurs de l’industrie (agroalimentaire, transport, chimie, papier, métallurgie) consomment beaucoup d’énergies pour faire tourner les usines. L’industrie du métal se distingue par sa grande dépendance au gaz. « La métallurgie a consommé près de 1,4 million de tonnes de gaz en 2019 », publie l’Institut national de la Statistique et des Etudes Economiques (Insee). Le gaz représente 28% des énergies consommées par les sites métallurgiques français.

Dans le secteur de l’industrie, la métallurgie représente 23% des émissions de carbone. (Youmatter)

Se séparer du gaz implique un changement profond du processus de production de l’industrie du métal. Dans le secteur des alliages et des produits métalliques, la consommation de gaz est actuellement indispensable. 9 000 entreprises et 370 000 salariés se trouvent en situation de dépendance. L’Observatoire de la métallurgie rappelle que « les activités de fonderie utilisent des fours à gaz » et que « le gaz est aussi utilisé pour alimenter les installations visant à maintenir les métaux en température. »

La fabrication d’automobiles est aussi un secteur de la métallurgie à fort impact environnemental et très consommateur d’énergie. L’Observatoire de la métallurgie affirme : « La production automobile est un processus énergivore à cause de la peinture des véhicules, l’éclairage et le chauffage des usines, souvent très étendues et aux plafonds très hauts, l’utilisation d’air comprimé et la soudure. » Mais l’organisme affirme que les émissions liées à la production de véhicules ont connu « une baisse constante depuis 2010 », d’environ 50%.

Une double impasse

Avec la crise de l’énergie, l’industrie est au pied du mur. « La métallurgie est très exposée à la hausse des prix du gaz, et de l’électricité », constate Thomas Laboureau, économiste chez BpiFrance. La flambée des prix de l’énergie incite les industriels français à trouver des alternatives moins chères. Le gaz est un combustible polluant et trop cher. Les industriels sont donc contraints de trouver des alternatives économiques, qui assurent également la transition écologique du secteur, sans mettre en péril les emplois. Thomas Laboureau rappelle que « l’industrie du métal, c’est 1,5 million de personnes. »

Avec la crise de l’énergie, le prix du gaz a été multiplié par 7 en 15 ans. (Insee)

L’hydrogène vert, produit à partir d’énergies renouvelables, est en passe de devenir la source d’énergie la plus attractive. Il s’inscrit pleinement dans la transition écologique des secteurs, comme la métallurgie, étant difficiles à décarboner. L’hydrogène vert peut remplacer l’hydrogène gris (issu du gaz naturel) et réduire les émissions de carbone des industries. Mais le développement de cette énergie n’en est qu’à ses prémices. Elle représente seulement 1% des 120 millions de tonnes d’hydrogène produites en 2021. L’alternative existe pour remplacer le gaz, devenu une double impasse pour la planète et pour l’industrie. 


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