Bousculades et applaudissements : ambiance de procès (d’un) politique

En septembre dernier, Jean-Luc Mélenchon et plusieurs de ses associés étaient jugés pour « actes d’intimidation et rébellion » après la perquisition du siège de la France Insoumise, à la fin de l’année 2018. Récit de cette journée depuis l’extérieur de la salle d’audience.

Jeudi 19 septembre, lors du procès du patron de la France Insoumise, la salle des pas perdus du tribunal judiciaire de Bobigny recueillait les laissés-pour-compte de la journée : militants bruyants, justiciables tombés le mauvais jour et journalistes retardataires, interdits de salle d’audience. Dehors, autant de policiers que de militants. Pour les activisites, ce procès est l’illustration du lawfare, soit l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques. Mélenchon serait victime du désir de Nicole Belloubet, garde des Sceaux, de le faire taire politiquement.

A 9h30, le procès commence. A 10h30, premiers bruissements : le procès risque le renvoi, annoncent Twitter et la foule. Raquel Garrido et Danièle Obono sortent l’artillerie lourde dans les chaînes d’infos en continu : « si le procès est renvoyé pendant la période électorale avant les municipales, c’est la preuve formelle de sa connotation politique », lancent-elles en substance, convaincues qu’un procès pendant les élections le desservirait. Fausse alerte, le procès reprend, l’attente aussi. 11h, 11h30, 12h… la sortie de la star se fait attendre. Maître Dupont-Morretti, l’avocat des policiers bousculés, se montre enfin, mais ce n’est pas lui qu’on attend. Tant pis. Les photographes mitraillent, heureux d’avoir quelque chose à se mettre sous la dent.

“Je ne suis pas malade, je fais mon métier monsieur.”

A 12h45, c’est la délivrance pour les militants. Jean-Luc Mélenchon, veste beige sur le dos, sort de la salle d’audience, applaudi par ses soutiens. Pause déjeuner. 14h, il revient, entouré d’Alexis Corbière et Bernard Pignerol, deux autres prévenus. « Résistance, résistance, résistance », les Insoumis assurent leur soutien bruyamment. Mélenchon, Corbière, Bompard lèvent le poing comme des prisonniers politiques. La tension monte. « T’es malade », lance un journaliste à un policier qui l’a bousculé. « Je ne suis pas malade, je fais mon métier monsieur. »

Fin du début de conflit. Les pancartes, elles, assurent le spectacle visuel : « les militants ne sont pas des délinquants », « la colère n’est pas un délit », « stop law fare ». La file se forme à nouveau pour rentrer dans la salle d’audience. Les mêmes déçus se retrouvent penauds, à faire les cent pas devant la salle d’audience.

Peu après 18h, l’audience se termine. Le délibéré est fixé au 9 décembre. Jean-Luc Mélenchon sort de la salle d’audience, une nouvelle fois sous les applaudissements. Devant une forêt de micros, il décide cette fois-ci de ne pas s’exprimer. Le leader de La France insoumise s’empresse de quitter Bobigny et son tribunal judiciaire.

Jean-Luc Mélenchon a été condamné à trois mois de prison avec sursis et 8.000 euros d’amende. Dès l’annonce du délibéré, il a répété ses accusations d’un procès politique. Cependant, le député des Bouches-du-Rhône ne fera pas appel de la décision. « Cela voudrait dire qu’on croit qu’il y a une justice pour moi, il n’y en a pas. Quoi que je fasse, je suis condamné d’avance », s’est-il justifié.

Martin Fort & Robin Legrand