Lawfare, tee-shirts et chaînes d’info : le coup de com’ des Insoumis

Les militants LFI étaient venus nombreux pour soutenir Jean-Luc Mélenchon et les cinq autres prévenus, le 19 septembre 2019 au tribunal judiciaire de Bobigny (93). M. Russell

Jean-Luc Mélenchon et cinq de ses proches étaient jugés le 19 et 20 septembre 2019, après des débordements survenus lors de la perquisition du siège de la France Insoumise le 16 octobre 2018. Ils comparaissaient pour « actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire, rébellion et provocation ». Au delà de l’aspect judiciaire, le parti a profité de l’exposition permise par un tel procès pour mettre en oeuvre une stratégie de communication visant à le présenter comme un « procès politique ».

L’arrivée ne laisse rien au hasard. En ce jeudi ensoleillé de septembre, Jean-Luc Mélenchon arrive au tribunal de Bobigny l’écharpe tricolore en bandoulière, le visage conquérant, entouré des autres prévenus de l’affaire. Dans le sillage du député des Bouches-du-Rhône, des dizaines de militants dopés aux slogans contestataires. La rhétorique dénonce une chose : selon eux, le procès qui se tient ce jour-là est un procès politique, visant à affaiblir l’opposant Jean-Luc Mélenchon. 

« On touche pas à Monsieur Mélenchon »

Dans les rangs Insoumis, un mot revient presque systématiquement : «lawfare». Un néologisme, qui désigne un usage stratégique du droit par un acteur du système international, dans le but de faire avancer une cause ou de bénéficier d’un avantage sur ses adversaires. En somme, les militants La France insoumise accusent le gouvernement d’avoir orchestré ce procès. La dénonciation s’affiche sur les pancartes, flanquées de slogans comme : « On touche pas à Monsieur Mélenchon », « Le parquet n’est pas indépendant » ou encore « STOP Lawfare ». 

A coup de rhétorique bien rodée, le discours des militants et élus Insoumis se veut constant et en devient répétitif.  « Ceux qui aujourd’hui nous traînent en justice s’effondrent sous des mensonges, des mascarades. Ce procès est une diversion car sur le fond des affaires, ils n’ont absolument rien », assure Mathilde Panot, députée La France insoumise du Val-de-Marne. Des propos qui visent directement le gouvernement. Les militants réunis autour des poids lourds du parti reprennent les mêmes éléments de communication. Ils portent tous des tee-shirts floqués de slogans comme « La République, c’est moi ! », une référence à la colère de Jean-Luc Mélenchon lors de la perquisition. 

Une organisation bien huilée

Guy est arrivé à la première heure au tribunal judiciaire de Bobigny. Il a 57 ans, et est professeur dans un lycée technologique en grande couronne de Paris. «On a reçu des mails pour nous appeler à venir dénoncer ce procès politique », explique-t-il. Une remarque en contradiction avec Mathilde Panot, qui affirme que la manifestation devant le tribunal « a été initiée par la base du parti, par les militants, qui ont voulu se mobiliser contre ce procès politique ».

Guy, 57 ans, est un fervent militant LFI. Y.Chouiter

Les tee-shirts, le discours, la mise en scène… l’organisation est bien huilée. Ce qui n’a pourtant pas empêché quelques erreurs, comme l’explique Libération : les tee-shirts portés par les militants ont été fabriqués au Bangladesh. « Une erreur due aux délais de préparation de l’événement », s’est excusée la France insoumise.

Mélenchon en première ligne

Cette stratégie de communication a été mise en place plusieurs jours avant le procès, par Jean-Luc Mélenchon lui-même. Selon France 24, qui interroge Denis Salas, historien et magistrat, le leader La France insoumise a opté pour «une stratégie de défense qui consiste à utiliser son procès et les médias comme une tribune pour convaincre l’opinion qu’il est victime d’une volonté d’élimination de la part du gouvernement».

Dès le 12 septembre, 200 personnalités, dont Jean-Luc Mélenchon, publiaient une tribune dans le JDD pour dénoncer le « lawfare ». Parmi les signataires, l’ancien président brésilien Lula, emprisonné pour corruption depuis 2018. Il clame son innocence et affirme être victime d’une manipulation politique. Une façon, peut-être, pour Jean-Luc Mélenchon, de se présenter comme un « Lula français », victime d’une justice corrompue. 

L’engouement médiatique

Le chef de la France insoumise porte également sa bataille en librairie grâce à un livre : Et ainsi de suite, un procès politique en France. Lors de la conférence de presse de présentation de l’ouvrage, le député des Bouches-du-Rhône avait posé les jalons de la communication du parti pour les semaines à venir. Devant les journalistes, il dénonçait déjà un procès organisé par une justice politisée, manoeuvrée par le pouvoir politique et soutenue par un acharnement médiatique sans précédent. Il avait aussi révélé la date de publication : le 19 septembre, jour de son procès.

Il n’en fallait pas plus pour susciter l’engouement médiatique. Devant le tribunal, caméras, journalistes et micros se mêlent aux militants. Adrien Quatennens, Danièle Obono, Raquel Garrido, Eric Coquerel… Toute la journée, les cadres Insoumis se succèdent à l’antenne et dans les colonnes des quotidiens nationaux. Au menu, les mêmes éléments de langage : un procès injuste contre des opposants au pouvoir en place.

Annalisa Cappellini, Marion Russell et Yanis Chouiter

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