L’imperturbable tribunal

Dans les salles d’audience du tribunal de Bobigny la vie suit son cours, en dépit du médiatique procès de Jean Luc Mélenchon. Déambulation au sein du palais.

Dans la 12e chambre correctionnelle de Bobigny, une affaire de trafic de drogue occupe les juges. Survêtements, barbes mal taillées, la trentaine, trois hommes sont dans le box des prévenus. Deux autres comparaissent librement. La juge assesseure qui mène les débats égraine le déroulé des faits. L’un des prévenus est le chef du troisième plus gros point de vente de Seine-Saint-Denis. Les autres, vendeurs, caissiers, nourrices (personne chargée de garder la drogue) sont ses complices et amis. Dans le public, les familles sont également présentes, les yeux rougis.

La porte de la salle d’audience, gardée par un policier, reste ouverte pour laisser l’air circuler. De loin, on peut entendre le brouhaha des journalistes et soutiens du procès de Jean-Luc Mélenchon dans la salle des pas perdus un étage plus bas. Les voix résonnent et montent jusque dans la salle d’audience. Imperturbable, la juge enchaîne les questions : “vous êtes caissier ? – oui. C’est mieux que vendeur ? – oui. Vous avez dit gagner entre 2500 et 3000 euros par mois ? -oui. Un vendeur gagne entre 3000 et 3500 euros par mois ? – Oui. Et vous, vous êtes caissier et vous gagnez moins qu’un vendeur ? Oui, c’est ça.” La juge, exaspérée, finit par laisser courir.

Plus loin, devant une machine à café, l’une des avocates présente soulève un problème logistique. Elle s’inquiète qu’il y ait un déficit de policiers pour escorter les prévenus lors des comparutions immédiates: “Vers 13h, pour les comparutions immédiates, on risque d’avoir un soucis”, pense-t-elle. Sans les escortes suffisantes, la justice pourrait prendre du retard. Les magistrats ne peuvent cependant pas apporter de garanties.

Un dispositif de sécurité aménagé

Pourtant, le tribunal n’a pas lésiné sur la sécurité ce jour-là. Matraques, jambières, gros gilets pare-balles sur le dos, une vingtaine de policiers surveillent les manifestants sur le parvis. A l’intérieur aussi, la sécurité a été aménagée. Les agents ont beaucoup plus de travail, seule une personne a été prévue en renfort. Devant le portique d’entrée, une longue file attend de pouvoir pénétrer dans l’enceinte du palais.

Brehima, inspecte les coursives au dessus du parvis. Il fait partie de la sécurité du tribunal depuis quelques années. S’il admet n’avoir “jamais vu ça”, il salue l’organisation exemplaire en ce jour exceptionnel. Le procès Mélenchon, qui aurait dû se dérouler dans une salle correctionnelle, a été déplacée dans la cour d’assise numéro 1. Elle est plus grande, mais surtout proche de l’entrée, ce qui évite l’encombrement des ascenseurs et couloirs. Les judiciables anonymes entrent et sortent toute la journée, indifférents au tintouin de la salle des pas perdus.

Mathilde Brugnière, Thibault Lecoq, Geoffroy Majnoni d’Intignano