Xavier Morize est agriculteur à Saint-Nom-la-Bretèche, dans la Plaine de Versailles. Depuis son installation en 1981, il propose ses fruits et légumes aux habitants de la région. À la ferme, sur les marchés ou via des réseaux de circuits courts, le maraîcher ne manque pas d’imagination pour écouler ses stocks.

«Vente de légumes 24h/24, 7jours sur 7» annonce le panneau qui indique le chemin pour atteindre la Ferme du Clos d’Ancoigny. À l’entrée de l’exploitation, un drôle de distributeur est niché dans une cabane.

En lieu et place des habituels Kinder Bueno, madeleines Saint-Michel et bouteilles de Coca, une large variété de produits fermiers attendent sagement dans des casiers de trouver acquéreur : potimarrons, navets, chou, confitures, soupes ou jus… 

Ce dispositif étonnant, Xavier Morize l’a découvert au Royaume-Uni, où la pratique est courante. Installé depuis près de quarante ans à Saint-Nom-la-Bretèche, dans la Plaine de Versailles, cet agriculteur d’une soixantaine d’années  a peu à peu étendu son exploitation, qui emploie environ 5 personnes. D’une surface de 6 hectares en 1981, elle en couvre désormais près de 110, que l’agriculteur partage depuis 2006 avec son fils Côme.

Ce dernier gère la surface dédiée à la céréaliculture, tandis que Xavier se consacre à sa passion, choyer ses fruits et légumes. Sur ses terres poussent au fil des saisons fraises, blettes, tomates, chou romanesco, betterave… une trentaine de cultures différentes se succèdent tout au long de l’année dans ses champs. 

Distributeur automatique, Amap, paniers à la sortie des gares…

En dehors des céréales, qu’il fournit à une coopérative, Xavier Morize écoule tout son maraîchage dans la région. « À l’origine, c’est simplement parce que je n’avais pas assez de terres pour vendre en gros. »

L’agriculteur et son épouse Nadine lancent dans les années 1980 la première cueillette à la ferme de la Plaine de Versailles. « Au bout de vingt-cinq ans, on a décidé d’arrêter. L’esprit avait changé. On donnait du loisir, les gens venaient pour se gaver sans payer », se rememore le paysan, amer.

Parallèlement, les exploitants se font une place sur quelques marchés de la région, comme celui de Chavenay, à quelques kilomètres de la ferme. Au milieu des années 2000, le couple fait partie des premiers producteurs à jouer le jeu des Amap. À une période, ils s’associent même à la SNCF, afin de proposer des paniers à la sortie des gares ! 

Depuis 2013, l’exploitation s’est alliée au réseau Au bout du champ, qui distribue dans plusieurs boutiques parisiennes des fruits et légumes cultivés dans un rayon de 150 kilomètres autour de Paris. La moitié du prix revient à Xavier : ce système est moins rémunérateur qu’à la ferme, mais demeure plus lucratif que la vente en gros, « et offre de nouveaux débouchés ». Joseph Petit, un co-fondateurs d’Au bout du champ, passe chaque matin chercher les produits pour approvisionner les points de livraison. «Ils s’occupent du transport, ce qui est aussi un gros avantage».

La Ferme du Clos d’Ancoigny produit autour de 120 tonnes de pommes et de poires par an. Crédit : Nolwenn Jaumouillé

« Distribuer autour de soi exige de proposer de bons produits »

«Vendre localement nous encourage à cultiver des produits de qualité… On ne peut pas vendre de la daube, ça fait fuir le client!» remarque en rigolant l’agriculteur.

La proximité lui permet de valoriser ses produits, et de montrer que l’Île de France est capable de cultiver une grande variété maraîchère et arboricole. «Aujourd’hui, les gens semblent découvrir que les poires ont du goût. Forcément, les nôtres sont cueillies à maturité, contrairement à celles qui sont importées…»

Cette relation directe ou presque avec le client est aussi un atout de la démarche de proximité. La vente à la ferme, via le distributeur automatique ou les paniers, permet de prendre le temps de discuter. «Sur le marché, derrière son étal, on est pressés, il est compliqué d’engager la conversation.»

Alors qu’elle ne fonctionnait pas trop il y a 10 ou 15 ans, la vente sur place attire une clientèle plus nombreuse. Chaque semaine, Xavier Morize fournit autour de 120 paniers de fruits et légumes. 

Le distributeur automatique de fruits, légumes et produits transformés. Crédit : Nolwenn Jaumouillé

Pourtant, si depuis quatre ou cinq ans de nouveaux producteurs tentent de s’installer dans la Plaine de Versailles, l’agriculteur observe que leur nombre a plutôt diminué depuis quarante ans. Une désertion dont les raisons sont claires pour lui : la multiplication des obstacles administratifs et réglementaires coupe les ailes de nouveaux venus. «D’un côté on veut des producteurs locaux, de l’autre on leur impose de plus en plus de normes, on les empêche de construire les infrastructures nécessaires. Certains se découragent au bout de quelques années », regrette-t-il, admettant lui même avoir moins de plaisir qu’auparavant à s’occuper de ses choux.

L’exploitation de Xavier Morize n’est pas cultivée en bio, mais est régie par les principes de l’agriculture paysanne, dont la visée est à la fois environnementale et sociale. Limitation des pesticides, désinfection à la vapeur, utilisation de préditeurs dans les serres pour manger les insectes. « Nous considérons qu’il y a un bon sens paysan. Nous n’utilisons pas les produits à tort et à travers, d’autant qu’ils coûtent parfois plus chers que certaines solutions naturelles. C’est ce que j’appelle une gestion en bon père de famille.»

Nolwenn Jaumouillé

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