En 40 ans, deux tiers des exploitations agricoles en Île-De-France ont disparu, particulièrement en maraîchage, horticulture et élevage. Mais avec une dynamique nouvelle de consommation locale et de circuit court, la reconquête des espaces agricoles est en marche.

Les initiatives se multiplient et de nombreux projets d’agriculture urbaine ou périurbaine voient le jour, mais amènent à s’interroger sur la qualité sanitaire de cultures. Ce qui pousse en Île-de-France est-il davantage pollué qu’ailleurs ? La réponse semble contrastée, car si les sols urbains et notamment franciliens, peuvent sembler plus contaminés qu’en zone rurale, la conséquence sur les légumes reste variable.

La pollution des sols dépend « de leur passé »

Anne Barbillon est coordinatrice du programme REFUGE (Risques-En Ferme Urbaine Gestion et Evaluation) de l’INRA AgroParisTech. Ce programme vise à développer une méthodologie de gestion et d’évaluation des risques pour des projets d’agriculture urbaine. Selon elle, s’il faut être vigilant dans l’exploitation des sols urbains, les situations différent d’un lieu à l’autre : « La ville est un milieu dense, avec un historique propre, des activités industrielles, du trafic de voitures, de nombreux mouvements de terrains et une forte production de déchets. Potentiellement les sols urbains peuvent donc être davantage exposés à certaines pollutions. Mais attention la pollution des sols n’est pas généralisée, cela va dépendre de l’environnement du site, de son historique, de l’usage que l’on fait du sol etc…».

Christian Dron, chargé de mission agriculture et environnement à la DRIAAF (Direction Régionale Interdépartementale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt d’Île-de-France) souligne de son côté que la question reste vaste, et qu’il n’est pas possible d’estimer de manière quantitative la qualité sanitaire des sols en milieux urbains ou périurbains. « Cela reste très conceptuel, ça va dépendre du contexte et ce qui compte c’est surtout le passé du sol. »

Les principales sources de pollution de sol seront donc :

  • L’héritage industriel et les pollutions ponctuelles
  • La pollution atmosphérique et les retombées potentielle de contaminants, à cause notamment de la proximité des axes routiers.
  • Le mélange de sols
  • La production de déchets
  • L’utilisation de produits phytosanitaires et pesticides

Contamination n’est pas pollution

Pour étudier la qualité sanitaire des sols, le programme REFUGE étudie la présence de deux type de polluants :

– Les éléments traces métalliques (ETM)

– Les polluants organiques

Le risque potentiel sera évalué en fonction du taux de contamination par ces polluants, et dépendra de deux facteurs à distinguer : contamination et exposition. « Le risque est fonction à la fois de la présence du polluant donc du danger, mais aussi de l’exposition. L’exposition elle est liée à l’ingestion du légume ou fruit, mais aussi à l’ingestion du sol lui-même, ce qui est une voie bien moins instinctive » explique Anne Barbillon, non sans ironie.

Attention ici à bien distinguer contamination de pollution. Un produit contaminé n’est pas forcément pollué mais indique juste la présence de polluants à des taux supérieurs à la moyenne. Un produit est considéré comme pollué si la contamination présente un risque pour l’homme.

 

Des végétaux plus affectés que d’autres

La possibilité de transfert de polluants métalliques ou organiques du sol vers les cultures est démontrée par de nombreuses études. Cependant ce transfert reste très variable en fonction des espèces, du type de sol, des contaminants et de leurs relations spécifiques : « Le transfert est généralement supérieur sur les légumes à feuilles – type salades, aromatiques etc – que sur les légumes à fruits – ceux dont on mange le fruit : tomates, pommes etc… », explique Anne Barbillon. Elle précise que dans tous les cas, tout produit mis sur le marché est censé être régulé par la réglementation européenne qui fixe les seuils sanitaires en fonction de la dose journalière acceptable pour l’homme. Un produit non conforme dépassant les seuils réglementaires n’est donc pas censé circuler sur le marché.

 

L’Île-de-France dans la moyenne

« D’une certaine manière, l’Île-de-France peut-être davantage exposée de par son caractère urbain, mais actuellement on n’a pas de problème particulier recensé » précise Christian Dron. Selon lui, tout un historique spécifique est à prendre en compte, mais ces pollutions restent marginales et ne concernent qu’une partie minime des sols d’Île-de-France.

Concernant les éléments métalliques, Anne Barbillon explique que les données moyennes de l’Île-de-France sont estimées normales en comparaison des moyennes françaises. Selon elle l’état actuel des connaissances ne nous permet pas dire que les sols agricoles franciliens sont pollués. « Aujourd’hui on est bien conscients que l’on vit dans des environnements de plus en plus pollués à proximité des villes. Tout est impacté d’une certaine manière, et je pense qu’il faut aussi savoir changer d’échelle. Acheter localement va permettre de faire des économies ailleurs. Certes les légumes peuvent parfois être plus exposés mais à côté on renoue du lien social, on diminue les distances et donc potentiellement l’impact environnemental. Il faut savoir balancer les bénéfices et les risques.»

 

Les insuffisances de la réglementation

Aujourd’hui la réglementation européenne fixe des seuils de concentration à respecter sur les produits alimentaires. Le but est d’éviter la contamination des sols vers la plante. Cependant des manques subsistent.

Pour Anne Barbillon de l’INRA, ces seuils imposés fonctionnent et permettent d’évoquer la présence d’un risque mais elle nuance : « L’exposition directe aux sols n’est pas prise en compte, et c’est parfois un manque important. » En effet les sols ne sont pas directement réglementés, sauf boues et épandages. La chercheuse précise « En agriculture urbaine ou dans les jardins partagés l’exposition au sol est aussi une composante majeure. Et sans seuils réglementaires établis directement sur les sols, la gestion des risques est bien plus complexe ».

Pour Christian Dron, le panel de substances réglementées serait parfois insuffisant. « Dans le domaine de l’alimentation la réglementation impose des Limites Maximales de Résidus. Mais là il y a des trous, car pour les végétaux destinés à l’alimentation humaine, seuls le Cadmium et le Plomb sont réglementés. ».

Charlotte Martin

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