Face à la destruction de leurs marges dans les circuits traditionnels de distribution, des agriculteurs franciliens décident d’opérer localement pour la vente de leurs produits.

Plus de 5.000 exploitations agricoles existent en Île-de-France, et tandis que la majorité opère en circuit traditionnel, 16% ont choisi de distribuer au moins une partie de leur production en circuit court. Plutôt que de vendre leur marchandise à un grossiste, ces agriculteurs décident de ne pas avoir plus d’un intermédiaire dans la distribution de leurs produits. A cette notion de circuit court, s’ajoute celle de proximité, puisque les produits doivent rester dans un rayon géographique limité. Pour ces agriculteurs l’intérêt est avant tout financier.

« Faire des marchés pour moi ça veut dire faire plus de marge », avance Romain Dondaine, agriculteur à Villebon-sur-Yvette dans l’Essonne. Il estime que ne pas passer par un circuit traditionnel, comme le faisaient ses grands-parents agriculteurs, représente une marge près d’1,5 fois plus importante.

« L’une des premières motivations pour opérer dans un circuit court et de proximité, c’est le raccourcissement relationnel entre le producteur et le consommateur qui permet une récupération de la valeur ajoutée sur l’exploitation agricole », affirme Nathalie Corade, maître de conférences en économie à Bordeaux Sciences Agro.

Certains agriculteurs choisissent de vendre directement leurs produits soit sur leur ferme, soit sur les marchés, d’autres adoptent des formes innovantes de commercialisation notamment avec les systèmes de livraisons de paniers directement à des collectivités, ou des entreprises, ou à des plateformes. Ces plateformes, comme la Ruche qui dit oui, ou Au bout du champ, prennent souvent la forme de sites web où le consommateur peut commander un panier de produits de saison, provenant généralement d’une agriculture locale.

Jusqu’à 20% de commissions

En revanche, ce système de délégation de la vente à des plateformes représente un coût pour l’agriculteur,  en plus des coûts de livraison classiques pour une vente sur un marché.  La plateforme se rémunérera avec une commission sur la vente des produits, jusqu’à 20% pour la Ruche qui dit oui.

L’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) souligne dans un rapport un autre avantage des circuits courts pour les agriculteurs : l’acceptation par les clients de produits « hors-calibre », esthétiquement laids, habituellement refusés par la grande distribution. Des produits « pourtant parfaitement consommables », mieux valorisés par la vente directe.

Le développement des circuits courts ralentit en outre le grignotage de l’urbain sur les surfaces agraires alors que les deux tiers des exploitations agricoles franciliennes ont disparu depuis 40 ans. Le mouvement n’est pas nouveau, depuis le XIXe siècle, la ville n’a de cesse de repousser les agriculteurs vers la périphérie. C’est le cas de la famille de Romain Dondaine dont l’exploitation se situe aujourd’hui à près de 30 kilomètres de Paris alors que ses grands-parents ont été expropriés de leur exploitation de Maisons-Alfort, à 8 kilomètres de Paris. « Je n’exclus pas que dans 15 ou 20 ans je sois à mon tour exproprié et poussé plus loin encore », affirme l’agriculteur qui a fait le choix de vendre sa production de choux, tomates, et herbes, directement sur les marchés de la capitale.

« Je n’ai pas de vie personnelle »

Cependant, opérer en circuit court peut également représenter une multiplication des contraintes pour les agriculteurs. « Les circuits courts font changer le métier de l’agriculteur qui devient également transformateur et commercial. Il est dans l’obligation de déployer des compétences qu’il n’avait pas avant », affirme Nathalie Corade de Bordeaux Sciences Agro. Un constat partagé par l’agriculteur Romain Dondaine : « J’arrive à vivre mais je n’ai pas de vie personnelle, je travaille de 5h à 20h et je ne vois pas mes enfants. Il faut aimer ce que l’on fait sinon on ne peut pas le faire. »

Au-delà d’un impact certain sur la vie personnelle des agriculteurs, c’est tout l’écosystème local qui bénéficie des circuits courts. L’ADEME précise ainsi dans son rapport que « la recherche d’une certaine autonomie alimentaire, en produisant localement une partie des besoins, (…) maintient l’économie locale ».

Ce maintien de l’économie locale est possible notamment grâce au maintien de prix plus équitables pour les agriculteurs. Pour Nathalie Corade, les marchés locaux ont ainsi des prix beaucoup moins fluctuants que les marchés internationaux.

Mais cette situation implique également un bénéfice réciproque pour les producteurs et les consommateurs selon Romain Dondaine : « Pour le client, (le circuit court) veut dire savoir ce qu’il mange et créer une relation de confiance avec le producteur. Ce sont les avis des clients qui font que notre métier a de l’avenir. »

Robin Legrand

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