Reportage Photos

Écoquartier du 13e : la bonne pioche ?

Loïc en connaît maintenant un rayon sur les écoquartiers. Mais tout cela est encore très abstrait, il décide d’aller voir de ses propres yeux un de ces spécimens dans le 13e arrondissement.

Au loin, j’aperçois des barres d’immeubles en briques rouges datant de l’ère industrielle. Elles dénotent franchement avec certaines constructions avoisinantes, plus modernes. Il s’agit du site de l’ancienne gare de Rungis, là où le premier écoquartier s’est créé à Paris en 2015.

L’endroit est désormais très accessible : desservi par le RER, métro de la place d’Italie, bus et stations vélib’, cette écoquartier n’est pas isolé. Écolo jusqu’au bout des ongles, j’ai pris mon vélo que je gare à l’entrée. Des panneaux explicatifs me décrivent la genèse du lieu.

L’entrée du parc de l’écoquartier du 13e. Crédits: AM.

Je franchis la porte d’entrée et arrive sur une passerelle qui traverse le jardin principal de part en part et la vision me plait beaucoup. Le calme est prenant et les bâtiments sont bien intégrés au paysage et à la nature environnante. 

Une jolie passerelle en bois traverse le parc de long en large. Crédits: AM.

Mon but, rencontrer des gens et voir si leur mode de vie correspond à mon idéal. Je repère un centre socioculturel Maison 13 Solidaire, espace de vie et d’échanges pour les habitants du quartier. Je pousse la porte …

L’entrée de la maison 13 Solidaire. Crédits: AM.

Waouh ! Les enfants courent partout à travers le marché de Noël, le concert de l’association Demos bat son plein et les parents discutent joyeusement tout autour. Isabelle, directrice du centre, me reçoit rapidement. Elle me présente à Philippe Chéneaux. Ce retraité et résident depuis 20 ans me raconte l’origine de ce quartier.  

Le concert de Noël de Demos enchante l’assistance. Crédits: AM.
Philippe Chéneaux est retraité. Il habite le quartier depuis 20 ans. Crédits: AM.

J’apprends qu’il a remplacé l’ancienne gare de Rungis et un dépôt de papier. Cette zone est restée en friche pendant 35 ans et le projet de réhabilitation a commencé au début des années 2000. Les habitants ont été impliqués dès le début en créant une commission pour l’aménagement de la gare de Rungis. Étant regroupés, ils ont eu plus d’impact sur les décisions. Le partie politique Europe Ecologie-Les Verts proposait un écoquartier dont les logements seraient vendus à des particuliers. Ce projet permettait d’intégrer une mixité sociale par le haut dans ce quartier où le taux de logement sociaux dépassait les 50%. De son côté, Jérome Coumet, maire actuel du 13e mais adjoint en 2004, a validé ce projet après avoir visité les écoquartiers existants en Allemagne et en Angleterre. 

Le hasard faisant bien les choses, je tombe nez à nez avec M. Coumet qui me confirme cette histoire en précisant que la mairie voulait, à l’époque, mettre l’accent sur le caractère innovant de ce quartier. En effet, les eaux de pluie sont réutilisées pour un usage sanitaire et en cas d’orage, un bassin en contrebas permet de contenir les inondations. Les matériaux employés ainsi la réduction de la place de la voiture dans la vie des habitants sont d’autres exemples innovants. 

Au milieu des bâtiments, une aire de verdure fait respirer le paysage. Crédits: AM.

Les allées qui traversent l’écoquartier ont été pensées pour limiter le passage des voitures en intégrant la végétation. Les pavés ont été récupérés de l’ancien site pour limiter l’impact de l’introduction de nouveaux matériaux.

Beaucoup moins de voitures circulent par ici depuis l’installation de ces allées pavées. Crédits: AM.
Vu d’en haut, le projet de « 13 Infuz » s’intègre parfaitement dans le paysage. Crédits: Urbanescence.

Au bout, je tombe sur une parcelle qui vient d’être attribuée à un projet d’agriculture urbaine. Choisi par la ville de Paris et les propriétaires, le projet portée par l’association “ 13 Infuz” vise à produire “les tisanes de la Petite Ceinture”. Sa responsable Lisa m’explique que des ateliers à thème seront organisés et des espaces réservées dans un but pédagogique.

L’équipe de « 13 Infuz » en pleine installation. Crédits: Urbanescence.
Le croquis du projet de « 13 Infuz ». Crédits: Urbanescence.

C’est l’heure de mon rendez-vous avec Jean-François Ravaux qui habite depuis le commencement une des trois tours de résidence de cet écoquartier. Une question me brûle les lèvres. Qui habite cet écoquartier ?

Des aires de jeux en bois font le bonheur des enfants. Crédits: AM.

Jean-François me dit que bon nombre de ses voisins sont arrivés en même temps que lui, pas par conscience écologique, mais parce qu’ils étaient attirés par le caractère attrayant des lieux. Cela m’étonne beaucoup.  

Le parc est propice aux balades et aux bains de soleil. Crédits: AM.

Jean-François me précise que les habitants ont appris à se connaître avant même la remise des clés à chacun. Une communauté s’est formée lors de la présentation des logements sur plan, pour suivre l’avancée des travaux et lors de l’inauguration. Cet esprit est resté et à force d’habiter dans un écoquartier, les gens se sont responsabilisés. Des personnes qui étaient déjà engagées dans l’environnement ont pris à cœur d’éduquer la communauté en organisant des actions et ateliers dans ce sens.

Le bâtiment de la crèche est adossé à l’Ehpad pour mélanger les générations. Crédits: AM.

Aujourd’hui, les gens trient leurs déchets, ont un guide des bonnes pratiques dans les halls de chaque immeuble, une gestion du lombricompost dans les jardins des habitants du rez-de-chaussée et, d’après Jean François, sont responsables quant à l’utilisation de l’électricité ! J’aime beaucoup cette tournure des événements où c’est le quartier en lui même qui a donné un environnement propice à la prise de conscience écologique. C’est comme si les habitants se sentaient redevables des lieux et se laissaient infuser par cet esprit. 

Les panneaux solaires sur les toits de l’Ehpad participent à réduire l’empreinte énergétique des bâtiments. Crédits: AM.
A la fin de la journée, l’écoquartier est paisible. Crédits: AM.

Je remercie Jean-François et je file dans la dernière partie de l’écoquartier que je n’ai pas visitée : l’Ehpad. Les personnes âgées ont une vue saisissante sur la crèche et l’ensemble de l’écoquartier. Pour finir, j’envoie un petit message à Didier.


Photo page d’accueil : vue de l’écoquartier du 13ème. Crédits: AM