Les jeunes peinent à se nourrir pendant l’épidémie de coronavirus

Les bénévoles de la Croix rouge de Lorient aident de nombreux jeunes bénéficiaires.

La moitié des bénéficiaires des Restos du cœur sont des jeunes de moins de 25 ans, selon un rapport parlementaire, publié mercredi 16 décembre 2020. De Lorient à Toulouse, en passant par Tarbes, nous interrogeons les acteurs de terrain, aux prises avec cette précarité.

Brice* traîne mollement du côté de la gare de Lorient, dans le Morbihan, en compagnie de sa chienne, en plein milieu du mois de novembre. Le jeune homme au visage émacié, comme s’il avait le double de ses 26 ans, se nourrit grâce à l’aide de la Croix-Rouge depuis deux mois et demi. L’ancien cuisinier de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor, a perdu son poste dans un restaurant à cause du confinement. Tout en se séparant de sa compagne.

Il paraît hagard, tant la période l’enfonce dans la tristesse et la précarité. Le blond longiligne, de retour chez sa mère, aide sociale au petit salaire, récupère des denrées pour son nouveau foyer. La voix tremblante, Brice remercie les bénévoles de l’association, lâchant : « Ça fait beaucoup de bien de parler de cette situation. »

L’épidémie de coronavirus et les deux confinements imposés en France, au printemps et à l’automne 2020, grossissent les rangs des bénéficiaires, comme Brice, de l’aide alimentaire âgés de moins de 30 ans. Alors qu’ils quittent à peine l’adolescence et le giron de leurs parents, de nombreux jeunes adultes se heurtent violemment à la précarité.

« Il y a urgence à agir »

Près d’un bénéficiaire sur deux des Restos du cœur n’a pas 25 ans. Le constat de la commission d’enquête parlementaire consacrée aux effets du confinement sur les jeunes peut surprendre. Pourtant, la présidente du dispositif, la députée LREM (La République en marche) Sandrine Mörch et la rapporteure Marie-George Buffet assurent que la situation est bien réelle.

Ainsi, l’ancienne ministre de la Jeunesse nous déclare « qu’elle devait absolument éclairer le sujet de l’aide alimentaire pour les jeunes. Car il y a urgence à agir. La crise sanitaire aggrave beaucoup la situation. Cela pose d’importants problèmes, comme de malnutrition ».

Les deux responsables politiques regrettent que les politiques publiques ne soutiennent pas suffisamment les jeunes précaires. 

Les Restos du cœur des Hautes-Pyrénées, au sud-ouest de l’Occitanie, partagent le constat des députés. Marie-France Perrotet, responsable de la plus grande antenne du département, située à Tarbes, affirme ainsi « accueillir plusieurs dizaines de jeunes personnes par semaine lors des distributions alimentaires. Leur nombre a augmenté depuis le premier confinement ». En tout, l’antenne locale de l’association, la plus grande du département, brasse près de 900 personnes par semaine.

Une honte personnelle

Dans cette situation, certains jeunes s’enferrent dans le mutisme. La demande d’aide alimentaire représente une honte personnelle pour certains, à une espèce de défaite. Ce que résume une bénévole occitane des Restos du cœur ainsi : « C’est déjà très dur pour ces jeunes de venir nous demander de quoi se nourrir. Alors en parler à leurs amis, leurs proches… C’est parfois inconcevable. »

Cette précarité croissante, l’Unef (Union nationale des étudiants de France) la perçoit très clairement. Condamnant des mesures gouvernementales « insuffisantes », Adrien Liénard, chargée des questions sociales au sein du syndicat, regrette que les responsables politiques ne prennent pas suffisamment de mesures pour endiguer le problème. Le ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports n’a pas répondu à nos sollicitations pour réagir à cette affirmation. Le syndicat déclare, par ailleurs, que la pauvreté des étudiants existait avant l’épidémie de coronavirus, s’appuyant sur leur propre étude réalisée en interrogeant des étudiants dans tout le pays. Elle donne que le coût de la vie étudiante a bondi de 27 % entre 2010 et 2020, en dix ans.

Face à ce problème, l’Unef participe à des actions de distributions alimentaires, « notamment à Evry, Nancy et Marseille », détaille Adrien Liénard.

Distribution gratuite pour les jeunes

Dans ce contexte, les universités elles-mêmes prennent les devants. Pour cette raison, l’Université Bretagne-Sud de Lorient organise des distributions alimentaires gratuites, en novembre et décembre 2020. Paniers de fruits et légumes frais, souvent bios, pour tous ceux pouvant justifier d’un statut d’inscrit dans l’établissement. Une initiative inédite pour ce lieu d’étude.

Mais qui se retrouve dans d’autres établissements. Ainsi, l’université de Bordeaux distribue des paniers d’aliments, grâce à des associations, tous les lundis soirs.

Extrait du sondage de l’Ifop, publié mi-octobre 2020.

La jeunesse subit très fortement l’épidémie de coronavirus et les confinements de l’automne et du printemps 2020. Cette population pourtant hétérogène se rejoint autour d’une même idée forte, exprimée dans un sondage de l’Ifop, publié mi-octobre 2020. Près de 50 % des jeunes interrogés se considèrent comme sacrifiés au profit des retraités et personnes très âgées.

Dans ce contexte financier et alimentaire très compliqué, la députée Marie-George Buffet propose une mesure forte : ouvrir l’accès au RSA aux jeunes de moins de 25 ans.

* : le prénom a été modifié

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