Afrique du Sud. Le président Zuma rappelé par l’ANC : et maintenant ?

Lundi soir, le Comité national exécutif (NEC) du Congrès national africain (ANC) a rappelé Jacob Zuma de la présidence sud-africaine. Informé de la situation, ce dernier souhaiterait un préavis de trois mois avant de démissionner. Son parti n’est pas à l’abri d’un scénario cauchemardesque, qui pourrait passer par le Parlement.

Les réunions du Comité national exécutif (NEC) sont soit très courtes, tout le monde étant d’accord, soit très longues, ses membres ayant tous quelque chose à dire. Celle de lundi appartient à la seconde catégorie.

Le Business Day rapporte que Jacob Zuma a demandé à rester en poste un peu plus longtemps. Pour pouvoir présenter son successeur, le président du parti, Cyril Ramaphosa, aux organisations internationales comme l’Union africaine et les BRICS. Une excuse presque aussi pathétique que l’appel de Thabo Mbeki en 2008. Il avait demandé l’autorisation de se maintenir en raison de la tenue d’une importante conférence de la diaspora africaine. Sa requête a évidemment été rejetée.

Aucune confirmation de la décision de la nuit dernière ne devrait intervenir dans les prochaines heures. Mais tous les rapports sont jusqu’à présent unanimes : Cyril Ramaphosa et son secrétaire général Ace Magashule ont quitté la réunion pour demander personnellement à Zuma de démissionner, sous peine d’être rappelé. Il a refusé de quitter son poste, ce qui a abouti à la dernière décision.

Défiance

Malgré tout, Zuma étant Zuma, l’affaire est bien loin d’être terminée. En public, il a fermement refusé de reconnaître des actes répréhensibles. C’est un homme qui s’est battu pour atteindre le sommet de la vie publique, et qui a réussi à se maintenir malgré les obstacles les plus incroyables.

Durant ses mandats, il a créé un Etat quasi-parallèle, contrôlant personnellement l’Autorité nationale judiciaire (NPA) et le Service du revenu sud-africain (SARS). Sans jamais être dérangé par la morale. Les appels à privilégier l’intérêt du pays ou du parti ne risquent pas de porter leurs fruits.

Ramaphosa risque donc de devoir prendre l’option qu’il aurait préféré éviter : aller au Parlement et démettre Zuma par une motion de défiance. Pour l’instant, les règles qui régiraient une procédure d’impeachment (qui enverrait un signal politique fort) ne sont pas finalisées. Evidemment, l’ANC, à travers son contrôle de l’Assemblée nationale par Baleka Mbete, pourrait apporter sa propre motion pour le faire à sa façon.

Mais les Economic Freedom Fighters (EFF), activistes d’extrême gauche, ont demandé une motion de confiance ce mardi. Ils menacent de porter l’affaire devant les tribunaux si aucune réponse n’est adressée dans la matinée. De façon curieuse, le Parlement n’a pas donné de réponse particulière à cette sollicitation. Ce dernier est en consultation avec le chef du groupe des députés du parti au pouvoir. Ce qui laisse vraisemblablement à Ramaphosa la porte ouverte pour autoriser les EFF de déposer leur motion et mettre tout cela sur pied rapidement.

Parti réaliste

Il pourrait être assez humiliant pour l’ANC de devoir voter en faveur d’une motion pour démettre son propre président, en rendant service à un parti d’opposition. A long terme, cette option est donc peut-être la meilleure pour Ramaphosa, plutôt que d’attendre quelques jours de plus. En effet, Zuma va profiter du temps qu’il lui reste pour brûler des documents, supprimer des e-mails et cacher des preuves.  La présidence pourrait aussi faire des annonces pour tenter d’acheter des soutiens politiques. En gros, pour l’ANC, plus vite Zuma est destitué, mieux c’est. Le cauchemar national doit cesser.

Le président du Congrès National Africain (ANC), Cyril Ramaphosa et le président sud-africain, Jacob Zuma (flickr/GovernmentZA).

A la racine de tout ceci réside la question de la discipline du caucus de l’ANC au sein de l’Assemblée Nationale. Divers fervents soutiens de Zuma, ayant le plus à perdre, dont leur liberté, si ce dernier part, pourraient voter contre la motion. Ou encore, le pire de tout, plaider au Parlement pour son maintien. Mais ce scénario, cauchemardesque pour Ramaphosa, semble peu probable.

A l’exception d’un ou deux individus désespérés, comme Des van Rooyen ou Mosebenzi Zwane, la discipline du parti devrait tenir. En effet, le pouvoir politique appartient au comité national exécutif (NEC) : s’il prend la décision de démettre Zuma, alors il serait insensé pour les parlementaires d’agir contre son pouvoir. Pour le dire plus clairement, cela ne serait pas dans leur intérêt personnel à long terme.

Les chances du Parlement de destituer Zuma par ce vote sont donc élevées. Mais il y a aussi d’autres aspects à prendre en compte. Dans ce cas, la Constitution est assez claire : « Si l’Assemblée Nationale, par un vote soutenu par une majorité de ses membres, fait passer une motion de défiance à l’égard du Président, le Président, les autres membres du Cabinet et les ministres députés doivent démissionner. »

Crise durable

Après le vote, Zuma devra donc démissionner. Le plus conspirationniste d’entre nous posera alors une question simple : que se passera-t-il s’il ne le fait pas ? Zuma pourrait tenter de faire appel pour des motifs de procédure et entre-temps refuser de libérer son poste. Le Parlement devrait élire un nouveau Président, ce qui pourrait aboutir à un affrontement tendu.

De bien des façons, avec du recul sur la présidence Zuma, il est clair qu’une issue rapide a toujours été une chimère. Il n’a jamais fait ce qui s’imposait, il ne va pas le faire maintenant. Et finalement, ça a toujours été une affaire de pouvoir. Ce pouvoir dont il a usé et qui va maintenant être utilisé pour le rayer de l’échiquier politique. Il règne un parfum de victoire parmi ses nombreux opposants. Zuma est sur le point de faire encore plus de dégâts au sein de l’organisation qu’il a juré d’aimer, l’ANC.

Stephen Grootes

Publié le 13 février

SOURCE

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