#MosqueMeToo: le féminisme atteint la sphère religieuse

Le 5 février, le mot dièse #MosqueMeToo est apparu sur Twitter afin de dénoncer les agressions sexuelles subies par des femmes lors du pèlerinage à la Mecque. Cette initiative fait suite au témoignage d’une jeune pakistanaise posté sur Facebook.

Qui aurait pu imaginer que les pèlerinages religieux, tel que le Hajj, puissent être aussi dangereux pour les femmes ? L’une d’elle, Sabica Khan, a décidé de partager ses déboires à la Mecque dignes de #MeToo sur Facebook. Beaucoup d’autres femmes ont alors osé suivre le mouvement et raconter leur histoire.

La ville sainte de la Mecque est l’une des villes de pèlerinage les plus sacrées de l’Islam. Située à l’ouest de l’Arabie Saoudite, c’est la ville de naissance du prophète Mahomet. De nombreux fidèles se réunissent lors du Hajj (pèlerinage à la Mecque) venus chercher la paix divine de ce lieu saint. Malheureusement, les femmes ont une histoire différente à raconter.

L’une d’elle, Sabica Khan, a raconté sur Facebook ses mésaventures dignes du mouvement #MeToo lors du Hajj. Elle s’est rendu compte qu’elle n’était pas la seule. Beaucoup d’autres femmes de sa communauté se sont jointes à elle, rapportant plusieurs histoires d’agressions choquantes s’étant déroulées dans des espaces religieux du lieu saint.

Après l’horrible témoignage du viol et du meurtre de Zainab, jeune pakistanaise de 7 ans, de plus en plus de femmes ont livré leurs récits d’agressions sexuelles. De nombreux internautes ont alors été choqués d’apprendre que ces pratiques étaient fréquentes dans des lieux saints telle que la Mecque.

*I was afraid to share this because it might hurt your religious sentiments*.While performing my tawaaf around the…

Posted by Sabica Khan on Freitag, 2. Februar 2018

Le post de Sabica Khan du 2 février a généré plus de 900 commentaires et 2700 partages.

« J’avais peur de partager ceci car je ne voulais pas heurter vos sentiments religieux 

Alors que j’accomplissais mon Tawaf autour de la Kaaba (désigne les sept tours effectués par les musulmans lors du pèlerinage à La Mecque), juste après la Icha (prière de la nuit), quelques chose d’extrêmement étrange s’est produit.

 C’était lors de mon troisième Tawaf, j’ai senti des mains posées sur mes hanches. J’ai pensé que c’était une simple erreur de maladresse. Je n’y ai donc pas prêté attention. 

Et puis…je les ai senties à nouveau. Je me suis sentie très mal à l’aise. J’ai continué de marcher. Soudain, pendant mon 6e Tawaf, j’ai senti quelque chose taper contre mes fesses avec agressivité, j’étais pétrifiée, je n’étais pas sûre de savoir si cela était intentionnel ou non. 

J’ai encore ignoré et continué à marcher, lentement comme la foule était compacte. J’ai même essayé de me retourner, mais malheureusement cela était impossible

« Je me suis sentie vraiment souillée. J’étais incapable de parler.  » Sabica Khan.

Alors que j’atteignais l‘angle yéménite de la Kaaba, quelqu’un a essayé de m’attraper et de me pincer les fesses. J’ai alors décidé de m’arrêter pour repousser la main loin de moi mais je ne pouvais pas bouger ni me retourner, j’étais littéralement pétrifiée. 

Je ne pouvais même pas m’échapper, alors je suis restée immobile et j’ai tenté de me retourner autant que j’ai pu pour voir ce qui se passait. Lorsque j’ai finalement réussi…impossible de voir qui avait fait cela.

Je me suis sentie vraiment souillée. J’étais incapable de parler. J’ai dû me taire car je savais que personne ne me croirait, ou prendrait au sérieux, sauf ma mère. Alors quand je suis rentrée à l’hôtel je lui ai tout racontée. Elle était complètement perdue et dévastée. Après cet incident, elle ne m’a plus autorisée à retourner là-bas toute seule.

C’est triste de se dire que même dans les lieux saints on ne se sent pas en sécurité. J’ai été agressée, pas une, pas deux, mais trois fois. Toute mon expérience dans la ville sainte est entachée par cet incident horrible.

Je pense qu’il est parfaitement acceptable de parler librement des agressions sexuelles. Je ne sais pas combien d’entre vous ont déjà subi une expérience similaire là-bas, mais je suis profondément marquée par cet événement.»

Dès que le post est devenu viral sur les réseaux sociaux, d’autres femmes ont partagé leur expérience d’abus sexuels pendant le Hajj grâce au hashtag #MosqueMeToo (Lancé par la militante féministe Mona Eltahawy ndlr).

« J’avais déjà partagé le récit de mon agression sexuelle pendant le Hajj en 1982 alors que j’avais 15 ans. Dans l’espoir d’aider les femmes musulmanes de briser le silence et le tabou qui règne autour les faits d’agressions ou d’abus sexuels dans les espaces religieux ou pendant le Hajj/Oumra, utilisons #MosqueMeToo »

Anjali Jha

Publié le 11 février

SOURCE

The Indian Express : Autoproclamé “India’s only national newspaper”, il est le grand rival du Times of India. Il est connu pour son ton combatif et son “journalisme du courage”, ainsi que pour ses enquêtes sur des scandales politico-financiers.

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