Corées: Face à la proposition de Kim Jong-un, les alliés peuvent-ils être unis ?

L’invitation de Kim Jong-un lancée à son homologue sud-coréen apparaît comme une bonne nouvelle pour le dialogue inter-coréen mais risque de diviser les alliés sur la stratégie à adopter face au dictateur.

Kim Jong-un souhaite organiser un sommet inter-coréen. Il a lancé une invitation au président Moon Jae-in afin qu’il vienne à Pyongyang. Dans quelle mesure la Corée du Sud et les Etats-Unis peuvent-ils se coordonner pour profiter de cette occasion et entamer des discussions sur la dénucléarisation du pays ?

Les alliés semblent d’accord sur un point : la Corée du Nord doit faire des progrès sur la dénucléarisation avant toute tenue d’un sommet. Ainsi, Moon s’est dit prêt à accepter l’invitation selon certaines conditions. Il a notamment suggéré à Pyongyang d’œuvrer en faveur de pourparlers avec les Etats-Unis.

Cependant, les défis semblent immenses. Les alliés pourraient s’affronter sur la façon d’atteindre l’objectif de dénucléarisation, selon les analystes. Moon pourrait être confronté à un dilemme : continuer à mettre une pression maximale sur la Corée du Nord, à l’image de Donald Trump, ou bien profiter de la dynamique des Jeux Olympiques pour atténuer les tensions avec le Nord.

« Il s’agit de vendre de la glace aux Esquimaux », selon Shin Beom-chul, professeur à l’Académie nationale de diplomatie, basée à Séoul. « Il est extrêmement difficile de suivre à la fois la stratégie américaine et de construire une relation de confiance avec la Corée du Nord. »

Le refus américain

« Il nous faut convaincre les Etats-Unis, qui voient les récents agissements de la Corée du Nord comme de la propagande, de la nécessité du dialogue avec ce pays. Et en même temps, nous devons expliquer à la Corée du Nord que les pourparlers sur la dénucléarisation sont dans leur intérêt également. »

Sur le chemin du retour à Washington [le 10 février], le vice-président américain Mike Pence a dit aux journalistes que les Etats-Unis, la Corée du Sud et le Japon « restent d’accord » sur la stratégie d’isolement diplomatique et économique de la Corée du Nord tant qu’elle n’aura pas abandonné son programme balistique nucléaire.

« De retour à Washington D.C. Fier d’être unis avec le Japon et la Corée du Sud au sein de notre alliance. Notre politique concernant la Corée du Nord n’a pas changé durant mon voyage. Le président des Etats-Unis a dit qu’il « croit au dialogue » mais que cela ne changera pas nécessairement la situation … »

Le vice-président américain a passé les jours précédant les Jeux olympiques à rappeler le non-respect des droits de l’homme en Corée du Nord. Il a aussi pointé  les provocations militaires menées à la frontière des deux Corées. Il a notamment tenu ce discours en présence de réfugiés nord-coréens lors de la visite du mémorial de Cheonan, un navire probablement torpillé par la Corée du Nord en 2010.

« Malgré de potentielles discussions, et indépendamment du fait qu’elles concernent les Etats-Unis ou la Corée du Sud, de nouvelles sanctions arrivent très rapidement et la campagne de pression s’intensifiera tant que la Corée du Nord n’aura pas abandonné son programme nucléaire. Tous nos alliés sont d’accord. »

La Corée du Sud face à un dilemme

Mike Pence a quitté la Corée du sud sans avoir eu de contact avec la délégation nord-coréenne, présente pour les Jeux olympiques de Pyeongchang. Il s’est dit opposé à toute discussion inter-coréenne tant que le Nord n’aura pas accepté la tenue de pourparlers sur la fin de son programme nucléaire, selon l’agence américaine Associated Press (anglais).

Moon Jae-in a soutenu la politique américaine d’isolement et de sanctions. Mais il ne doit pas être enthousiaste à l’idée que les Etats-Unis puissent accroître la pression sur son voisin et le menacer d’un assaut militaire. « La proposition d’un sommet inter-coréen est la stratégie post-PyeongChang de la Corée du Nord », d’après Nam Sung-wook, professeur au département de la diplomatie et de l’unification à l’Université de Corée, à Séoul, dans une interview à un média local.

« Sans coordination inter-coréenne, les Etats-Unis vont continuer à mettre la pression sur la Corée du Nord. Le sommet avec Moon Jae-Jin est la seule façon de se rapprocher de notre voisin et espérer l’abandon des sanctions internationales. »

Au cours de sa rencontre avec la sœur du dirigeant nord-coréen Kim Yo-jong [le 9 février], le président sud-coréen a affirmé que son voisin devrait fournir plus d’efforts pour entamer des pourparlers avec les Etats-Unis. Des tensions pourraient réapparaître lorsque la Corée du Sud et les Etats-Unis reprendront leurs exercices militaires conjoints dans la péninsule. Des exercices que les alliés ont décidé de suspendre lors des Jeux Olympiques. Mais ils pourraient très certainement reprendre début avril, même si les alliés ne se sont pas encore prononcés sur un calendrier précis.

Risque d’escalade

Dans la région, on s’inquiète de plus en plus de la reprise de ces exercices. Kim Jong-un pourrait répondre à cela par des provocations. L’administration Trump pourrait alors considérer sérieusement l’hypothèse d’un assaut préventif et « sanglant » contre les installations nucléaires et balistiques.

« Je ne crois pas qu’il faille s’attendre à quoi que ce soit des discussions inter-coréennes tant que la relation entre les Etats-Unis et la Corée du Nord ne se sera pas apaisée », explique Kim-Yong-hyun, enseignant à l’Université Dongguk de Séoul et spécialiste de la Corée du Nord. « L’amélioration des relations inter-coréennes peut alimenter un cercle vertueux et avoir une influence positive sur les pourparlers entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. »

Des négociations directes entre la Corée du Nord et les Etats-Unis ont été organisées avant chacun des deux précédents sommets inter-coréens. En 2000 et 2007, l’ancien président Kim Dae-jung puis son successeur, Roh Moo-hyun, s’étaient rendus à un sommet similaire avec le leader nord-coréen Kim Jong-il.

En 1999, le ministre de la Défense américaine William Perry avait lancé le « Processus Perry » pour geler le programme balistique nord-coréen en échange de la normalisation des relations diplomatiques. Avant le sommet de 2007, l’accord du 13 février avait été conclu : la Corée du Nord acceptait de fermer son principal réacteur nucléaire en échange d’une aide américaine.

                                                           Yeo Jun-suk

   Publié le 11 février

Source

The Korea Herald:  Principal journal anglophone en Corée du Sud, ce quotidien a été fondé en 1953. Jusqu’en 1965, il est vendu sous le nom de The Korean Republic puis prend son nom actuel. 50 journalistes, coréens et internationaux, travaillent au sein de rédaction tous les jours.

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