Allemagne. Martin Schulz poussé vers la sortie par le SPD qui se déchire

Martin Schulz a renoncé à prendre la tête du ministère des affaires étrangères, mais cela ne suffit pas à éteindre l’incendie au SPD. Le parti se déchire sur la « grande coalition » souhaitée par Angela Merkel.

Le conflit au sein du SPD, concernant l’entrée du parti dans une nouvelle coalition avec la CDU et la CSU, a atteint un point culminant ce week-end. Martin Schulz, négociateur du parti social démocrate, à qui était promis le poste de ministre des affaires étrangères, a brusquement quitté la scène politique. Une « bouffée d’oxygène » pour certaines voix au SPD. « Embarrassant » pour d’autres.

Difficile d’expliquer ce qu’il s’est passé au SPD au cours des derniers jours. Les sociaux-démocrates ont soudainement envoyé leur « Martin bien-aimé » dans le désert. On pourrait voir dans le renoncement forcé de Schulz une vengeance de Sigmar Gabriel, l’actuel ministre des affaires étrangères et ancien président du parti social démocrate. Mais, cette explication ne suffit pas.

La débâcle aux élections législatives et la conclusion des négociations de coalition ont accru la pression au sein du SPD, comme dans une cocotte-minute. Il est de plus en plus difficile pour de nombreux membres du parti de persévérer dans leur engagement politique, en l’absence d’une ligne logique et continue. Vendredi [9 février], les sociaux-démocrates croyaient pouvoir éviter l’explosion en ouvrant la soupape.

« La direction du parti a tiré le frein d’urgence. Andrea Nahles a fait comprendre à Martin Schulz que ça ne pouvait plus continuer », a déclaré Sabine Wölfle, députée SPD du Bade-Wurtemberg. Loin de Berlin et des contraintes du Bundestag, elle cultive une certaine liberté de parole. Pourtant, elle est mieux informée sur les coulisses du parti que la plupart de ses membres.

Erreur fatale

Wölfle éclaircit : « Récemment acclamé, Schulz doit partir ; non seulement parce qu’il n’a pas tenu sa parole envers Sigmar Gabriel, mais aussi parce qu’il incarne à lui seul le problème de crédibilité des sociaux-démocrates. » Martin Schulz a commis une erreur fatale en annonçant qu’il n’entrerait jamais dans un « cabinet Merkel.» (en allemand). Pas seulement aux yeux des militants de la Ruhr, qui ont exercé la pression décisive sur Nahles en faveur de l’expulsion de Schulz, mais aussi pour beaucoup de membres du parti, dans tout le pays.

Selon Rita Schwarzelühr-Sutter, élue  du Haut-Rhin, « Martin Schulz a placé ses intérêts personnels avant ceux du pays et du parti. » Elle espère « que le débat autour des personnes au sein du SPD est terminé. » Son collègue à Berlin, John Fechner, a déclaré que de nombreux sociaux-démocrates ont souffert de « maux de ventre », en apprenant la volonté de Schulz de briguer le poste de ministre des affaires étrangères.

Curieusement, pendant des semaines, les ambitions ministérielles de l’ancien président du Parlement européen ont été ouvertement mises sur la table. Quelques heures avant la démission forcée de Martin Schulz, deux politologues de Fribourg, Ulrich Eith et Michael Wehner, ont estimé que l’accord de coalition entre la CDU / CSU et le SPD était une « grande opportunité » pour le tandem Merkel / Schulz. En particulier du point de vue de la politique européenne. Et maintenant, le parti devrait se sentir libéré d’un poids ?

Contrairement à la France où un grand parti majoritaire domine les autres, en Allemagne, la formation d’une coalition entre partis est presque toujours nécessaire pour réunir une majorité permettant d’élire le chancelier.

Le parti arrivé en tête des élections mène les négociations du contrat de coalition autour duquel deux ou trois partis s’accordent sur la répartition des ministères, ainsi que sur les lois et réformes à mettre en oeuvre au cours du mandat.

« Beaucoup de frustration dans le parti »

Luisa Boos, la secrétaire générale du SPD au Bade-Wurtemberg, s’efforce d’endiguer la crise  : « Le SPD a obtenu beaucoup de choses dans l’accord de coalition, et pourtant il y a beaucoup de frustration dans le parti. Mais il est faux de croire que l’aile gauche est contre l’aile droite dans les négociations de la coalition, ou les jeunes contre les anciens. Le pour et le contre traversent tout le parti. »

Martin Schulz a payé le prix fort pour avoir incarné les problèmes du SPD. Pour autant, le calme ne reviendra pas dans l’immédiat au sein du parti. Le différend à propos de l’adhésion à la « grande coalition » continue de gangréner le parti et pourrait perdurer au delà du vote au mois de mars.

Le scepticisme règne parmi les militants de Bade-Wurtemberg, en particulier dans les villes de Lorräch et Fribourg-en-Brisgau. Vendredi dernier, les Jeunes Socialistes (Jusos) de Fribourg-en-Brisgau ont envoyé aux autres membres du SPD des cartes postales rédigées à la main, pour dénoncer un possible accord de grande coalition. Ils demandaient également des fonds pour leur action. « Nous sommes un parti plein de vie », commente le chef de section Julien Bender, laissant entendre sa sympathie pour cette campagne. Bender souhaite voter contre la « grande coalition »  et pense qu’il n’y aura pas de majorité en faveur d’une alliance avec la CDU.

Pour lui, le scénario idéal serait un gouvernement minoritaire. Il a fait part de sa déception suite au désistement de Martin Schulz aux affaires étrangères. Bender aurait trouvé cohérent que le candidat, tête de liste du SPD et encouragé lors du congrès fédéral du parti, devienne ministre. Selon lui, il est certain que des pressions ont été exercées par l’entourage de Sigmar Gabriel, le ministre des affaires étrangères encore en activité. Aussi, le chef de section trouve injuste que les critiques de la grande coalition se soient répercutées sur Martin Schulz.

Sa collègue du SPD au conseil municipal fribourgeois, Julia Söhne, se montre également effarée devant la volte-face de Schulz  :  « La reconstruction du parti dépend exclusivement de l’issue du vote des militants sur la grande coalition et non pas d’une quelconque lutte de pouvoir de certains à sa tête. Cette triste scène est complètement hors-sujet et se déroule à un moment très mal choisi. »

Toni Nachbar, Klaus Riexinger

Publié le 11 février

 

SOURCE

Die Badische Zeitung : est un quotidien d’orientation chrétienne, fondé en 1946. Il se définit comme indépendant et non partisan. C’est le journal qui compte le plus d’abonnés dans la région de Bade. Il paraît avec 21 suppléments locaux dans le sud-ouest de l’Allemagne.

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