JEAN-MARIE CHARON, SOCIOLOGUE DES MEDIAS : « NOUS SOMMES DANS UN GENRE QUI SE REPENSE »

Jean-Marie Charon, sociologue des médias 

Comment définiriez-vous le slow journalism ?

Le traitement de l’information s’accélère. Le travail journalistique se fait de plus en plus dans l’immédiateté. Les journalistes n’ont plus le temps de prendre du recul et les formats sont toujours plus courts. Le phénomène est double : moins de temps et plus court.

En France, les précurseurs de ce type de journalisme ne sont pas forcément issus du monde de la presse. Quelqu’un comme Laurent Beccaria [co-fondateur de XXI et de 6 mois] vient du monde de l’édition. De culture différente, il a eu l’intuition que le public n’était pas satisfait par le traitement de l’information telle qu’il s’opère dans les médias grand public. Il a vu un espace pour l’approfondissement, la mise en perspective. Il a fait en sorte que le lecteur retrouve une certaine forme de satisfaction dans des formes narratives plus riches.

Le slow journalism, c’est à la fois le long et le lent. Il ne s’oppose pas avec le traitement rapide et instantané de l’actualité. Il n’y pas un public de l’instantané et un public du lent. Ce sont deux formes d’information qui se complètent.

Mais est-ce réellement une nouvelle manière de traiter l’information ?

Bien entendu, il serait facile de dire que les mensuels, les trimestriels se situent dans le créneau du temps long. Oui, il y a toujours eu des grands reporters, des reportages au long cours. Mais nous ne sommes plus du tout dans le même contexte médiatique et économique. Il faut accepter l’idée qu’on est dans un genre qui se repense. Les médias tels que XXI ou 6 mois, parviennent à réunir le fond et la forme. Et ça fonctionne.

Cette forme de journalisme est-elle vraiment en rupture avec le rythme de production classique des médias traditionnels ?

 C’est une rupture. C’est extrêmement frappant de voir le nombre de projets éditoriaux qui tentent de traiter l’information différemment. De manière qualitative plus que quantitative. On voit énormément de journalistes, qui ont eu des carrières assez longues dans les médias traditionnels et le hard news, qui basculent vers ce modèle-là. Un site comme Les Jours (voir le portrait de Patricia Tourancheau) en est un exemple parfait. Ses créateurs sont des journalistes, issus d’un quotidien national. Ils ont décidé de développer un projet éditorial dans lequel les sujets sont traités dans la durée.

Vous évoquiez plus tôt un modèle journalistique qui tend vers toujours plus d’instantanéité et d’immédiateté. Est-ce une conséquence directe du développement numérique ?

 Le fait de lutter contre le temps est un vieux mythe journalistique. La rapidité a toujours été un objectif. Tout comme celui de traiter l’événement pendant qu’il se déroule. La radio et la télévision ont permis cela, bien avant le web. Le point de départ à mon avis, c’est le siège du Parlement de Moscou dans les années 1990. Pour la première fois, on a vu une télévision comme CNN traiter l’événement en live. Mais ce modèle s’est avéré fragile, par les nombreux contresens qu’il a favorisé. Pour l’évènement de Moscou, CNN a mis en place des moyens considérables, jusqu’à ce que la chaîne estime que les évènements étaient terminés. Il a fallu une enquête de la presse écrite pour que l’on découvre qu’il y avait eu une centaine de morts. C’est là le risque du traitement instantané de l’information.

La production d’information sur le long terme permet-elle de lutter contre l’uniformisation des contenus ?

 Aujourd’hui la plupart des médias ont compris qu’ils n’équilibreraient pas leur modèle économique même s’ils réalisent de très grandes audiences. En plus de la monétisation, ils réfléchissent aujourd’hui à renouveler les modèles éditoriaux, à faire de « l’information à valeur ajoutée ». On ne convaincra jamais le public de s’abonner à des fils d’information qui sont le produit des « desk » et qui sont in fine une version retravaillée du fil AFP. A l’avenir, même les sites d’information classiques devront suivre ce chemin.

Statistiques issues de L’information à tout prix de Julia Cagé, Nicolas Hervé et Marie-Luce Viaud

Dans votre rapport de 2015, « La presse et le numérique – L’invention d’un nouvel écosystème » vous décrivez une période de « bouillonnement éditorial ». Est-ce toujours le cas ?

 J’entendais beaucoup de gens dire que l’internet était en train de banaliser le travail éditorial. Au contraire je trouve que sur le web comme sur le papier, apparaissent des projets éditoriaux riches et variés. Il y a de la diversité, de l’expérimentation, de la recherche qui s’affranchissent très bien des modèles classiques.

Les sciences sociales et la sociologie de terrain, par exemple, peuvent-elles apporter une plus-value au journalisme ?

Ce n’est pas nouveau. Mais ça ne se fait pas naturellement. Il y a très peu de journalistes qui ont le temps et la motivation de se plonger dans les travaux sociologiques. Mais il faut aussi reconnaître le manque d’efforts des sciences sociales pour développer des productions adaptées à un public tel que celui du journalisme. Je regrette notre tendance à s’enfermer dans un univers académique, et notre incapacité à créer des passerelles avec un certain nombre de professionnels, dont les journalistes.

Statistiques issues de L’information à tout prix de Julia Cagé, Nicolas Hervé et Marie-Luce Viaud

 Ces nouveaux médias favorisent-ils la création d’un lectorat de niches ?

 C’est le problème de l’information approfondie. Elle s’adresse à un public extrêmement typé sociologiquement. Un public éduqué, très intéressé par l’information et qui l’utilise professionnellement ou socialement. Ce sont des lectorats de niche. Ca n’entache en rien la démarche du « slow journalism », mais elle peut être discriminante.

Selon une étude de Columbia, 60% des gens partagent des articles sur les réseaux sociaux sans les avoir lus. Temps long et réseaux sociaux sont-ils compatibles ?

 Le temps long s’adresse à un public de niche, qui fréquente moins les réseaux sociaux. Un des enjeux aujourd’hui est de savoir comment retrouver éditorialement le lien avec ce public friand des réseaux sociaux et de l’instantanéité. J’espère seulement qu’Apple, Facebook ou Twitter n’investiront pas cet espace.

Propos recueillis par KEVIN DENZLER

Dans quel corps vivons-nous ?

NEON vous propose chaque mois d’explorer plus en détail votre cher corps. Au programme : salive, bisous malades et culture d’ovules in vitro.

Le chiffre insolite : 1.5 (litre)

C’est la quantité de salive que notre corps produit en une journée. Autrement dit, pour les 7.1 milliards d’habitants de la planète, ce sont 123 000 litres de salive qui sont produits chaque seconde. De quoi remplir plus d’un million de piscines olympiques chaque année  !

Frozen Pool GIF by Disney - Find & Share on GIPHY

Bisous malades

57% des gens refuseraient d’embrasser une personne malade, révèle un sondage d’une marque britannique de spray nasal. Pourtant le contact avec les mains est tout aussi dangereux, voire plus.

NEON : S’embrasser quand on est malade, c’est dangereux?

Abdelkader Hameurlaine (médecin généraliste) : Le virus de la grippe se diffuse par gouttelettes, c’est un virus aérien. Il circule dans le système respiratoire à travers le mucus qui se propage lui-même via la toux et les éternuements.

Si vous êtes très malade, il est possible que quelques germes restent dans la salive. Vous pourriez les offrir à votre partenaire lors d’un baiser passionné. Et se tenir simplement la main en guise de marque d’affection n’est pas une bonne idée, car les virus se transmettent par les mains en priorité.

NEON : Et si on veut protéger nos collègues de travail ?

A. Hameurlaine : Pour une grippe, l’idéal c’est de mettre un masque et de se laver les mains régulièrement. Si vous voulez protéger vos collègues, il est préférable de leur faire la bise plutôt que de leur serrer la main.

Louis Pasteur, le père de la vaccination, ne serrait jamais la main à ses proches à cause du risque de contagion. Une angine par contre, n’est pas contagieuse : c’est une question d’équilibre entre la personne contaminée et les microbes, à l’intérieur des amygdales.

Culture in vitro d’ovules fécondables

Des scientifiques ont réussi l’exploit de cultiver des ovules humains en laboratoire jusqu’à leur pleine maturité.

Oeufs cassés. © Pixabay (Les oeufs sont les ovules des poules, ndlr)

C’est la première fois que des scientifiques parviennent à cultiver in vitro des ovules prêts à être fécondés. L’étude, parue dans la revue Molecular Human Production, a été réalisée par l’université d’Edimbourg, en partenariat avec des chercheurs new-yorkais. Cette avancée pourrait avoir des applications pour préserver la fertilité des filles atteintes d’un cancer.

Les scientifiques pourraient par la suite récupérer les ovocytes immatures à partir d’un morceau d’ovaire des patientes et ils pourraient être conduits à maturité en laboratoire. Ils seraient stockés pour être fécondés plus tard. Il faudra attendre plusieurs années pour la mise en place, mais l’espoir est là…

Marie Hirtzberger

Les Savoirs Inutiles pour briller en société

Vous savez ce qu’on dit : la culture, c’est comme la confiture : moins on en a, plus on l’étale ! Pour briller dans vos soirées branchées, NEON vous propose un florilège de connaissances, peu utiles mais toujours divertissantes. De Charlie Chaplin, en passant par le point G et Clint Eastwood, NEON est ravi de vous présenter ses Savoirs Inutiles du mois !

Top 4 des raisons de voyager en Nouvelle-Zélande

Vous en avez marre de voir le XV de France perdre ? Vous voulez cotoyer de vrais rugbymen? Faites comme notre journaliste. Elle a troqué sa combinaison de ski contre un sweat des All Blacks et visité la Nouvelle-Zélande à bord d’un van.

1. LES EFFLUVES ENIVRANTES DE WAI-O-TAPU

Wai-O-Tapu est une zone géothermale active située en Nouvelle-Zélande. Ici, la « Champagne Pool ». ©Diane Regny

Wai-O-Tapu signifie «Eaux Sacrées» en maori. Située dans le nord de la Nouvelle-Zélande, cette station géothermale fait 18 kilomètres carrés mais seule une partie est accessible au public. Quand j’entre dans la zone, je suis frappée par l’odeur nauséabonde des gaz qui s’échappent des sources thermales.

Le parcours dure moins de deux heures durant lesquelles toute la palette de couleurs se décline sous mes yeux. Des cavités aux fumées grises en passant par le vert pistache du Devil’s Bath (bain du diable) qui contient de l’arsenic. J’ai l’impression de découvrir un monde nouveau.

Pour finir, je me dirige vers la Champagne Pool (voir photo), un bassin naturel d’eau chaude dont les couleurs jaune canari, orangées et bleues me transportent.

 

2. SES ROUTES QUI ONDULENT DANS LE PAYSAGE

Route au nord de la Nouvelle-Zélande. Diane pose, très zen au milieu des montagnes. ©Diane Regny

Si vous souhaitez vous essayer au road-trip, la Nouvelle-Zélande offre une myriade de paysages divers. Je vous conseille de louer un van. La pratique est peu commune en France mais, chez les All Blacks, les engins sont bien équipés et abordables.

C’est donc armée d’un super van que je me suis aventurée sur les routes sinueuses ! En chemin, beaucoup de collines pelées à perte de vue, de forêts lointaines qui élancent parfois leurs branches jusqu’à l’habitacle et de moutons paisibles paissant dans les prés.

La Nouvelle-Zélande, c’est verdoyant et sauvage. Et ça donne envie d’admirer silencieusement ces trésors naturels…

3. LA GROTTE CONSTELLÉE D’ÉTOILES

La Glowworm Cave est une des grottes de Waitomo en Nouvelle-Zélande. ©2il org/Flickr

La grotte de Waitomo tire son nom de la langue maorie. Wai signifie «eau» et tomo «grotte». Une rivière naturelle coule, en effet, dans les entrailles de cette cavité. La lumière décroit à mesure que je descends les marches de bois.

Le guide nous indique une barque et les voix se voilent, comme par respect pour cette pénombre naissante. Bientôt, seule sa voix nous enjoignant de ne pas prendre de photographies (pour ne pas perturber l’écosystème) trouble le clapotis des gouttes.

Au-dessus de nos têtes : une arche de lumière. Des milliers de points lumineux ornent la voûte de pierre. Ce sont des larves qui brillent de mille feux pour attirer leurs proies. Tant pis. Je préfère imaginer des astres ou une cascade d’émeraudes…

4. VOYAGE EN TERRE DU MILIEU

Une des maisonnettes de hobbits à Hobbiton Movie Set en Nouvelle-Zélande. ©Diane Regny

Avis aux fans du Seigneur des Anneaux : La Comté des Hobbits n’est qu’à deux heures de van d’Auckland (à cheval, vous mettriez plus de temps, promis). Hobbiton est un village entier qui a servi de décor aux trilogies Le Seigneur des Anneaux et Le Hobbit.

Vous pouvez visiter ce charmant paysage si vous vendez l’anneau unique forgé par Sauron. En effet, c’est loin d’être abordable. Comptez près de
50 euros pour une visite de quelques heures dans ces collines verdoyantes. Mais le décor est splendide et les maisonnettes charmantes…

Petite déception tout de même quand j’ai découvert l’intérieur vide : ça rompt un peu le charme. Cependant, pour les fans, ça reste une plongée incontournable dans les films de Peter Jackson.

 

Diane Regny

Cédric Villani propose 21 mesures pour rendre les maths plus attractives

Le député LREM Cédric Villani a dévoilé, lundi 12 févrierson rapport pour développer l’enseignement des mathématiques en France. Ses 21 mesures concernent autant la pédagogie des professeurs que leur formation. 

Plus de formation pour les instituteurs, des projets en commun entre les différentes matières et des évaluations pour tester les bases des élèves. Lundi 12 février, Cédric Villani a rendu son rapport pour renouveler la formation aux chiffres. Ses « 21 mesures pour l’enseignement des mathématiques » sont l’aboutissement de la mission confiée par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, en automne 2017. L’élu LREM de l’Essonne a travaillé en collaboration avec Charles Torossian, l’inspecteur général de l’Education nationale. Ensemble ils ont dressé une liste de réformes pour faciliter l’apprentissage des mathématiques chez les élèves, mais aussi la compréhension de la matière par les professeurs. 

 Mieux préparer les enseignants

La priorité de Cédric Villani : « recruter des référents mathématiques qui pourront accompagner sur place les enseignants. » Le député souhaite nommer un conseiller pédagogique, référent des mathématiques, pour guider la coopération entre les professeurs. Autre mesure pour améliorer la fibre des chiffres chez les enseignants, une formation en continue dès la première année d’études supérieures.

80 % des instituteurs ont étudié les humanités avant leur master de formation à l’enseignement

Perfectionner la formation des professeurs est essentiel pour le mathématicien, comme il le constatait le 12 février : « Très peu d’enseignants se sentent à l’aise en mathématiques. » Son rapport explique que 80% d’entre eux ont étudié les humanités avant de se lancer en master Meef (Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation). Or, seules 24 heures de leur formation sont consacrées, en moyenne, aux mathématiques, sur deux ans de master. Une formation continue pourrait donc éviter aux futurs enseignants d’accumuler des lacunes.

Renforcer la coopération entre les disciplines

Le rapport insiste sur les projets d’entraide entre les disciplines et entre les différents acteurs de l’enseignement. Il prescrit des échanges entre les différentes matières dès les plus petites classes. Par exemple, mettre en relation l’enseignement du français avec celui des mathématiques. Cela permettrait aux élèves d’accéder à une compréhension plus globale de l’intérêt des données numériques et géométriques le plus tôt possible.

Une telle coopération se concrétiserait en valorisant la place des mathématiques dans les projets interdisciplinaires, comme les travaux personnels encadrés (TPE). Les lycéens réalisent ces TPE dans le cadre des épreuves anticipées du bac. Ils conçoivent un projet en combinant leurs connaissances et leurs compétences dans plusieurs disciplines. Par exemple, les mathématiques et l’économie. Au collège, la part des maths devrait également augmenter dans les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI).

Un autre niveau de partenariat est envisagé entre les écoles et les associations périscolaires. En associant les deux, Cédric Villani espère développer plus de clubs qui aborderaient les mathématiques de manière ludique – à l’aide « de modélisation, d’informatique, de jeux intelligents, etc. » 

Apprendre les fondamentaux en s’amusant

Cédric Villani et Charles Torossian veulent solidifier l’apprentissage des fondamentaux dès le plus jeune âge. Les élèves seraient évalués trois fois par an sur des calculs simples. Ils passeraient à chaque évaluation un nouveau pallier de connaissances des quatre opérations de base (addition, soustraction, multiplication et division), pour s’assurer de leur bonne maîtrise.

L’apprentissage des mathématiques fondamentales passerait par « un cours structuré et sa trace écrite », la revalorisation de « la notion de preuve » et un enseignement direct et structuré, guidé par le professeur. Le rapport préconise aussi l’utilisation de nouveaux outils pour rendre l’enseignement ludique. Les élèves manipuleraient des objets et réaliseraient des expériences pour mieux visualiser des principes qui peuvent paraître abstraits.

« Aucune proposition révolutionnaire dans notre rapport », affirment les co-auteurs, juste de quoi relever le niveau des élèves français en maths qu’ils qualifient de « catastrophique ». 

Clémentine Sabrié