Allemagne. Merkel face aux critiques suite aux négociations de coalition avec le SPD

La chancelière allemande Angela Merkel souhaite rencontrer les membres CDU de son gouvernement. Objectif : planifier un quatrième mandat malgré les divisions internes au parti.

Angela Merkel a annoncé, dimanche [11 février], sur la ZDF, que la liste de ses ministres devrait « refléter toute la diversité de son parti. » La présidente de la CDU a déclaré qu’il y aurait une « nouvelle équipe » pour diriger les six postes ministériels dont le parti garde la charge. Elle affirme « ne pas penser seulement aux plus de 60 ans, mais aussi aux plus jeunes. » La chancelière a ajouté que les noms des ministres potentiels seraient connus d’ici au congrès de son parti fin février. De nombreux jeunes politiciens de la CDU exigent un rajeunissement radical du gouvernement. Ils ont aussi mis en lumière la question de la succession de la chancelière dans les prochaines années.

La succession de Merkel en question

Le ministre président du Schleswig-Holstein, Daniel Günther est allé encore plus loin en disant que la CDU devait assurer ses perspectives de gouverner au-delà du mandat de Merkel. Les jeunes conservateurs (Junge Union) ont conditionné leur approbation du contrat de coalition à un renouvellement du personnel de la CDU. Angela Merkel n’a pas répondu aux questions concernant sa succession. Elle a cependant précisé vouloir être chancelière durant toute la durée du prochain mandat, comme elle l’avait promis avant les élections fédérales.

« Le prix du pouvoir » – Certaines voix s’élèvent à la CDU pour critiquer l’accord noué avec le SPD par Angela Merkel  / ©Der Spiegel

La chancelière n’a également pas changé d’opinion concernant le fait d’exercer à la fois les fonctions de chancelière et de présidente de la CDU. Si le vote du SPD contre la formation d’une « grande coalition » échouait, et que le président fédéral Frank-Walter Steinmeier proposait à un candidat la fonction de chancelier sans coalition préalable, elle pourrait ainsi y concourir.

La relation entre Merkel, la numéro deux du parti Julia Klöckner et le membre du bureau Jens Spahn devrait être déterminante pour l’ambiance au sein de la jeune génération de la CDU. Suite aux négociations de coalition, Klöckner est pressentie pour devenir ministre de l’agriculture. L’avenir de Spahn, critique vis à vis de Merkel au sein de la CDU, est incertain. Il a regretté mercredi dernier la perte du ministère des Finances, où il était secrétaire d’Etat jusqu’alors.

Un compromis « douloureux » mais « acceptable »

La chancelière a dit comprendre la déception au sein de son parti à ce sujet. Mais selon elle, la CDU a encore un grand rôle à jouer, malgré les faibles résultats obtenus aux élections. Elle considère le compromis à propos du ministère des Finances comme « douloureux » mais « acceptable »  en vue de la formation du gouvernement. En outre, la CDU récupérerait le ministère de l’Economie, « une prise attendue depuis de nombreuses années »  selon la chef de file de la CDU.

Nico Fried

Publié le 11 février

SOURCE

Die Süddeutsche Zeitung : est un des trois plus grands quotidiens nationaux allemands. Créé à Munich en 1945, sa ligne éditoriale est de centre gauche. Il traite de l’information régionale dans ses pages « Bavière ».

 

Allemagne. Martin Schulz poussé vers la sortie par le SPD qui se déchire

Martin Schulz a renoncé à prendre la tête du ministère des affaires étrangères, mais cela ne suffit pas à éteindre l’incendie au SPD. Le parti se déchire sur la « grande coalition » souhaitée par Angela Merkel.

Le conflit au sein du SPD, concernant l’entrée du parti dans une nouvelle coalition avec la CDU et la CSU, a atteint un point culminant ce week-end. Martin Schulz, négociateur du parti social démocrate, à qui était promis le poste de ministre des affaires étrangères, a brusquement quitté la scène politique. Une « bouffée d’oxygène » pour certaines voix au SPD. « Embarrassant » pour d’autres.

Difficile d’expliquer ce qu’il s’est passé au SPD au cours des derniers jours. Les sociaux-démocrates ont soudainement envoyé leur « Martin bien-aimé » dans le désert. On pourrait voir dans le renoncement forcé de Schulz une vengeance de Sigmar Gabriel, l’actuel ministre des affaires étrangères et ancien président du parti social démocrate. Mais, cette explication ne suffit pas.

La débâcle aux élections législatives et la conclusion des négociations de coalition ont accru la pression au sein du SPD, comme dans une cocotte-minute. Il est de plus en plus difficile pour de nombreux membres du parti de persévérer dans leur engagement politique, en l’absence d’une ligne logique et continue. Vendredi [9 février], les sociaux-démocrates croyaient pouvoir éviter l’explosion en ouvrant la soupape.

« La direction du parti a tiré le frein d’urgence. Andrea Nahles a fait comprendre à Martin Schulz que ça ne pouvait plus continuer », a déclaré Sabine Wölfle, députée SPD du Bade-Wurtemberg. Loin de Berlin et des contraintes du Bundestag, elle cultive une certaine liberté de parole. Pourtant, elle est mieux informée sur les coulisses du parti que la plupart de ses membres.

Erreur fatale

Wölfle éclaircit : « Récemment acclamé, Schulz doit partir ; non seulement parce qu’il n’a pas tenu sa parole envers Sigmar Gabriel, mais aussi parce qu’il incarne à lui seul le problème de crédibilité des sociaux-démocrates. » Martin Schulz a commis une erreur fatale en annonçant qu’il n’entrerait jamais dans un « cabinet Merkel.» (en allemand). Pas seulement aux yeux des militants de la Ruhr, qui ont exercé la pression décisive sur Nahles en faveur de l’expulsion de Schulz, mais aussi pour beaucoup de membres du parti, dans tout le pays.

Selon Rita Schwarzelühr-Sutter, élue  du Haut-Rhin, « Martin Schulz a placé ses intérêts personnels avant ceux du pays et du parti. » Elle espère « que le débat autour des personnes au sein du SPD est terminé. » Son collègue à Berlin, John Fechner, a déclaré que de nombreux sociaux-démocrates ont souffert de « maux de ventre », en apprenant la volonté de Schulz de briguer le poste de ministre des affaires étrangères.

Curieusement, pendant des semaines, les ambitions ministérielles de l’ancien président du Parlement européen ont été ouvertement mises sur la table. Quelques heures avant la démission forcée de Martin Schulz, deux politologues de Fribourg, Ulrich Eith et Michael Wehner, ont estimé que l’accord de coalition entre la CDU / CSU et le SPD était une « grande opportunité » pour le tandem Merkel / Schulz. En particulier du point de vue de la politique européenne. Et maintenant, le parti devrait se sentir libéré d’un poids ?

Contrairement à la France où un grand parti majoritaire domine les autres, en Allemagne, la formation d’une coalition entre partis est presque toujours nécessaire pour réunir une majorité permettant d’élire le chancelier.

Le parti arrivé en tête des élections mène les négociations du contrat de coalition autour duquel deux ou trois partis s’accordent sur la répartition des ministères, ainsi que sur les lois et réformes à mettre en oeuvre au cours du mandat.

« Beaucoup de frustration dans le parti »

Luisa Boos, la secrétaire générale du SPD au Bade-Wurtemberg, s’efforce d’endiguer la crise  : « Le SPD a obtenu beaucoup de choses dans l’accord de coalition, et pourtant il y a beaucoup de frustration dans le parti. Mais il est faux de croire que l’aile gauche est contre l’aile droite dans les négociations de la coalition, ou les jeunes contre les anciens. Le pour et le contre traversent tout le parti. »

Martin Schulz a payé le prix fort pour avoir incarné les problèmes du SPD. Pour autant, le calme ne reviendra pas dans l’immédiat au sein du parti. Le différend à propos de l’adhésion à la « grande coalition » continue de gangréner le parti et pourrait perdurer au delà du vote au mois de mars.

Le scepticisme règne parmi les militants de Bade-Wurtemberg, en particulier dans les villes de Lorräch et Fribourg-en-Brisgau. Vendredi dernier, les Jeunes Socialistes (Jusos) de Fribourg-en-Brisgau ont envoyé aux autres membres du SPD des cartes postales rédigées à la main, pour dénoncer un possible accord de grande coalition. Ils demandaient également des fonds pour leur action. « Nous sommes un parti plein de vie », commente le chef de section Julien Bender, laissant entendre sa sympathie pour cette campagne. Bender souhaite voter contre la « grande coalition »  et pense qu’il n’y aura pas de majorité en faveur d’une alliance avec la CDU.

Pour lui, le scénario idéal serait un gouvernement minoritaire. Il a fait part de sa déception suite au désistement de Martin Schulz aux affaires étrangères. Bender aurait trouvé cohérent que le candidat, tête de liste du SPD et encouragé lors du congrès fédéral du parti, devienne ministre. Selon lui, il est certain que des pressions ont été exercées par l’entourage de Sigmar Gabriel, le ministre des affaires étrangères encore en activité. Aussi, le chef de section trouve injuste que les critiques de la grande coalition se soient répercutées sur Martin Schulz.

Sa collègue du SPD au conseil municipal fribourgeois, Julia Söhne, se montre également effarée devant la volte-face de Schulz  :  « La reconstruction du parti dépend exclusivement de l’issue du vote des militants sur la grande coalition et non pas d’une quelconque lutte de pouvoir de certains à sa tête. Cette triste scène est complètement hors-sujet et se déroule à un moment très mal choisi. »

Toni Nachbar, Klaus Riexinger

Publié le 11 février

 

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Die Badische Zeitung : est un quotidien d’orientation chrétienne, fondé en 1946. Il se définit comme indépendant et non partisan. C’est le journal qui compte le plus d’abonnés dans la région de Bade. Il paraît avec 21 suppléments locaux dans le sud-ouest de l’Allemagne.

Le fédéralisme allemand, comment ça marche ?

Le 7 février dernier, au bout d’une longue nuit de marchandages à Berlin, conservateurs et sociaux-démocrates se sont mis d’accord sur un projet de coalition gouvernementale. Mais l’Etat fédéral allemand est loin de disposer de tous les pouvoirs.

Pour la dix-neuvième fois consécutive depuis 1949, aucun parti ne dispose d’une majorité de sièges au Parlement fédéral, le Bundestag. Pas de quoi paralyser le pays : la constitution allemande accorde aux régions, appelées Länder, des compétences élargies.

Le fédéralisme à l’allemande garantit des pouvoirs accrus aux régions et communes.

Chacune dispose d’un gouvernement et d’un parlement, eux-mêmes élus et capables de légiférer en matière de formation, de police ou d’environnement. Une répartition des pouvoirs destinée à ne pas reproduire le centralisme du régime nazi, que l’article 79 de la constitution prend même soin de garantir pour l’éternité.

Surtout, ce modèle permet une représentation des diversités régionales. Depuis la création de la RFA, le parti conservateur CSU n’est représenté régionalement qu’au parlement de Bavière, où il a quasiment toujours obtenu la majorité.

Un modèle critiqué

Les régions elles-mêmes critiquent le système. En octobre 2014, la ministre-présidente conservatrice de Sarre, Annegret Kramp-Karrenbauer, déplorait les déséquilibres économiques entre Länder et proposait d’y remédier en passant de seize à huit Länder pour y remédier.

Par ailleurs, les Allemands sont sans cesse appelés aux urnes – deux élections régionales en 2018, trois en 2019 -, ce qui ne facilite pas le dialogue entre Länder et fédération.

Les adhérents du SPD doivent encore donner leur aval au projet de coalition.

Enfin, l’Etat fédéral et les régions se font souvent concurrence. Originellement une compétence de la région, le droit commercial est progressivement devenu du ressort exclusif de l’Etat. Une situation qui pose de nombreux problèmes de droit.

Le fédéralisme est aujourd’hui encore un modèle débattu. Le ministre de l’Intérieur conservateur, Thomas de Maizière, s’est récemment prononcé pour un transfert accru de compétences à l’Etat fédéral. Quitte à s’inspirer du modèle français ?

Louis Belin